‹ Dépit amoureuxChapitre 31 sur 43 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MASCARILLE

Ez que Tobscurité régnera dans la ville, le me veux introduire au logis de Lucile :

Va viste de ce pas préparer pour tantost, Et la lanterne sourde, et les armes qu'il *';^33nr'^f faut.

Quand il m'a dit ces mois, il ifi'a semblé d'entendre. Va vistement chercher vn licou pour te pendre. Venez-ça, mon patron ; car, dans Fétonnement Où m'a ietté d'abord vn tel commandement, le n*ay pas eu le temps de vous pouuoir répondre; Mais ie vous veux icy parler, et vous confondre : Deffendez-vous donc bien, et raisonnons sans bruit. Vous voulez, dites-vous, aller voir cette nuit Lucile i ouy, Mascarille. Et que pensez- vous faire? Vne action d'amant qui se veut satisfaire.

Vne action d'vn homme à fort petit cerueau,

Que d'aller sans besoin risquer ainsi sa peau.

Mais tu sçais quel motif à ce dessein m^apelie :

Lucile est irritée. Et bien, tant pis pour elle.

Mais Pamour veut que i'aille appaiser son esprit.

Mais Tamour est vn sot qui ne sçait ce qu'il dit :

Nous garantira-t'-il cet amour, ie vous prie,

D'vn riual, ou d'vn père, ou dVn frère en furie?

Penses tu qu'aucun d'eux songe à nous faire mal?

Ouy vrayement, ie le pense; et sur tout, ce riual.

Mascarille, en tout cas, l'espoir où ie me fonde,

Nous irons bien armez, et si quelqu'vn nous gronde.

Nous nous chamaillerons. Ouy; voilà iustement

Ce que vostre valet ne prétend nullement :

Moy chamailler I bon Dieu! suis-ievn Roland? mon Maistre,

Ou quelque Ferragû? c'est fort mal me connoistre.

Quand ie viens à songer, moy qui me suis si cher,

Qu'il ne faut que deux doits d'vn misérable fer

Dans le corps, pourvous mettre vn humain dans labierre,

le suis scandalisé dVne étrange manière.

Mais tu seras armé de pied-en-cap. Tant pis ;

l'en seray moins léger à gagner le taillis :

£t de plus, il n'est point d'armure si bien iointe,

Où ne puisse glisser vne vilaine pointe.

Oh ! tu seras ainsi tenu pour vn poltron.

Soit : pourueu que^tousiours ie branle le menton :

A fable contez-moy, sî vous voulez, pour quatre ;

Mafs contez-moy pour rien, s'il s'agit de se batre :

Enfin, si l'autre monde a des charmes pour vous,

Pour moy, ie trouue Tair de celuy-cy fort doux :

le'n^ay pas grande faim de mort ny de blessure.

Et vous ferez le sot tout seul, ie vous asseure.

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