‹ Dépit amoureuxChapitre 38 sur 43 · FROSINE, POLIDORE · texte numérisé non relu

FROSINE, POLIDORE

VALERE

i-L ne le fera pas, Quand il ioindroit ao sien encor vingt autres bras.

AMOVREVX. i39

le le plains de deffendre vne sœur criminelle : Mais, puis que son erreur me veut faire querelle, Nous le satisferons, et vous, mon braue, aussi.

ERASTE

le prenois interest tantost à tout cecy ;

Mais enfin, comme Ascagne a pris sur luy TafTaire,

le ne veux plus en prendre, et ie le laisse faire.

VALERE

C*est bien hït : la prudence est toujours de saison. Mais....

Il sçaura pour tous vous mettre à la raison.

VALERE

Luy?

POLIDORE

Ne t^ trompe pas : tu ne sçais pu encore Quel estraoge garçon est Ascagne.

ALBERT

Il rignore :

Mais il pourra dans peu le luy faire sçauoir.

VALERE

Sus donc que maintenant il me le fasse voir.

MARINETTE

Aux yeux de tous ?

GROS-RENÉ

Cela ne seroit pas honneste.

VALERE

Se mocque-t-on de moy? ie casseray la teste A quelqu'vn des rieurs. Enfin, voyons l'effet.

ASCAGNE

Non, non, ie ne suis pas si meschant qu'on me fait : Et, dans cette auanture où chacun m'intéresse, Vous allez voir plustost éclater ma foibiesse, Connoistre que le Ciel, qui dispose de nous.

Ne me fit pas vn cœur pour tenir contre vous, Et qu'il vous reseruoit pour victoire facile, De finir le destin du frère de Lucile. Ouy, bien loin de vanter le pouuoir de mon bras, Ascagne va par vous receuoir le trépas :

Mais il veut bien mourir, si sa mort nécessaire Peut auoir maintenant dequoy vous satisfaire, En vous donnant pour femme en présence de tous Celle qui iustement ne peut estre qu'à vous. ]

VALERE

Non, quand toute la terre après sa perfidie, Et les traits effrontez....

ASCAGNE

Ah ! souffrez que ie die, Valere, que le cœur qu^ vous est engagé D'aucun crime enuers vous ne peut estre chargé : Sa flame est toujours pure, et sa constance extrême; Et l'en prens à témoin vostre père luy-mesme.

POLIDORE

Ouy^ mon fils, c'est assez rire de ta fureur. Et ie voy qu'il est temps de te tirer d'erreur. Celle à qui par serment ton ame est attachée, Sous l'habit que tu vois à tes yeux est cachée ; Vnjnterest de bien dés ses plus ieunes ans Fit ce déguisement qui trompe tant de gens; Et depuis peu l'amour en a sçeu faire vn autre, Qui t'abusa ioignant leur famille à la nostre. Ne va point regarder à tout le monde aux yeux; le'^te fais maintenant vn discours sérieux :

Oûy, c'est elle, en vu mot, dont l'adresse subtile La nuit receut ta foy sous le nom de Lucile, Et qui par ce ressort qu'on ne comprenoit pas, A semé parmy vous vn si grand embarras.

Mais puis qu'Ascagne icy fait place à Dorothée, Il faut voir de vos feux toute imposture ostée. Et qu'vn nœud plus sacré donne force au premier.

ALBERT

Et c'est-Ià iustement ce combat singulier, Qui deuoit enuers nous reparer vôtre otfence, Et polir qui les Edits n'ont point fait de deffence.

POLIDORE

Vn tel éuenement rend tes espris confus ; Mais en vain tu voudrois balancer là-dessus.

VALERE

Non, non ; ie ne veux pas songer à m*en deffendre; Et, si cette auanture a lieu de me surprendre, La surprise me flate, et ie me sens saisir De merueille à la fois, d*amour, et de plaisir. Se peut-il que ces yeux?

ALBERT

Cet habit, cher Valere, Souffre mal les discours que vous luy pourriez faire. Allons luy faire en prendre vn autre ; et cependant Vous sçaurez le détail de tout cet incident.

VALERE

Vous, Lucile, pardon, si mon ame abusée

LVCILE.

L'oubly de cette iniure est vne chose aisée.

ALBERT

Allons, ce compliment se fera bien chez nous. Et nous aurons loisir de nous en faire tous.

ÉRASTE

Mais, vous ne songez pas en tenant ce langage, Q,u'ii reste encore icy des suiets de carnage : Voila bien à tous deux nostre amour couronné. Mais de son Mascarille, et de mon Gros-René, Par qui doit Marinette estre icy possédée ?

Il faut que par le sang Taffaire soit vuidée.

MASCARILLE

Nenny.«nenny,monsangdansmon corps sied tropbien: Qu'il Tespouse en repos, cela ne me fait rien. De l'humeur que ie sçay la chère Marinette, L'hymen ne ferme pas la porte à la Beurette.

MARINETTE

Et tu crois que de toy ie ferois mon galand^ Vn mary, passe cncor; tel qu'il est, on le prend ; On n'y va pas chercher tant de cérémonie :

Mais il faut qu'vn galand soit fait à faire enuîe,

GROS-RENÉ

Escoute, quand l'hymen aura ioint nos deux peaux, lé pretens qu'on soit sourde à tous les Damoiseaux.

MASCARILLE

Tu crois te marier pour toy tout seul, compère?

GROS-RENÉ

Bien entendu, ie veux vne femme seuere :

Ou ie feray beau bruit.

Eh ! mon Dieu, tu feras Comme les autres font : et tu t*adouciras.

Ces gens auant Thymen si fâcheux et critiques DTegeherent souuent en maris pacifiques.

MARINETTE

Va^ va, petit mary : ne crains rien de ma foy : Les douceurs ne feront que blanchir contre moy : Et ie te diray tout.

MASCARILLE

Ohl las! fine pratique !

Vn mary confident i

MARINETTE

Taisez-YOuSj as de pique.

ALBERT

Pour la troisième fois, allons nous en chez nous, Poursuiure en liberté des entretiens si doux.

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