CHAPITRE IV
DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRAN
CE
I. — La population de la France actuellement et dans le passé. — Les progrès au XVIII* siècle, pendant la Révolution, l’Empire, la Restauration et depuis lors. — Population française ramenée au territoire actuel de la France. — Ralentissement progressif du taux de l’accroissement. — Progrès de la population dans les divers États de l’Europe. — Diminution graduelle de l’importance relative de la France parmi les grandes puissances. — Appréhensions pour l’avenir. — Diminution du chiffre absolu de la population sur une partie du territoire.
II. — Causes immédiates du faible accroissement de la population française. — Ce n’est pas l’excès de l’émigration sur l’immigration ; faiblesse de l’émigration, grand nombre des étrangers en France. — Décadence progressive de la natalité française; diminution moindre de la mortalité; affaiblissement de l’excès des naissances sur les décès. — Natalité et mortalité comparatives des divers États de l’Europe. — La France vient au dernier rang pour l’importance des excès de natalité. — Mortalité française excessive, natalité très insuffisante.
III. — Causes immédiates de l’affaiblissement de la natalité en France. — Ce n’est pas la diminution de la nuptialité. — Nuptialité à peu près stationnaire en France, satisfaisante comparativement à l’Europe. — Diminution progressive du nombre d’enfants par mariage. — Fécondité comparative des mariages dans les divers États de l’Europe. — Généralité du mal eu France. — Différences de département à département. — Profonde individualité des cantons et des communes. — Exemples. — Variations de la natalité selon la classe sociale. — Exemples. — Variations selon l’habitat, parisien, urbain ou rural. — Nouvelle raison de craindre pour l’avenir.
Avant de procéder à la recherche des causes qui ont amené la crise actuelle de la population en France, il est indispensable de fixer un instant l’attention sur la gravité du mal. Il suffira du reste de rappeler en les interprétant des chiffres de toutes parts publiés.
DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE
D’après le Journal officiel, le recensement de 1881 accusait pour la France entière 37,672,048 habitants, c’est-à-dire une augmentation de 766,000 habitants sur le recensement de 1876. A son tour le dernier recensement opéré, celui de 1886, annonçait un chiffre de 38,21 8,903 habitants, c’est-à-dire une augmentation de 546,885 unités sur le précédent.
Tels étaient les résultats bruts. Pris en eux-mêmes, ils n’auraient rien dont on dût s’alarmer ou se féliciter outre mesure. Un accroissement annuel de 100,000 à 150,000 habitants est lent sans doute; cependant il pourrait sembler satisfaisant, s’il était uniformément réparti sur toute l’étendue du territoire, s’il tendait à se maintenir ou à s’augmenter au lieu d’aller en s’affaiblissant, et enfin s’il n’était infiniment moindre chez nous que dans les divers États rivaux qui nous entourent.
Mais comme la France n’est pas seule au monde et qu’elle n’a pas un accroissement relatif de population suffisant pour maintenir son rang en Europe; comme elle compte de nombreux départements où la population diminue et que l’accroissement total n’a lieu que par compensation; comme il est trop certain que la population, progressant de moins en moins vite, marche vers l’état stagnant et bientôt probablement marchera vers la décadence, cette question de la population ne peut constituer pour tout vrai citoyen qu’une source sans cesse renaissante d’inquiétudes et de patriotiques angoisses.
D’après l’estimation de Vauban, qui publia sa Marne royale en 1707, la France comptait alors dix-neuf millions et demi ■d’habitants.
En 1762 suivant d’Expilly, elle en aurait eu un peu plus de 21 millions et demi.
D’après Messance, elle en aurait compté 23 millions en
NATALITÉ ET CIVILISATION
En 1784, les évaluations de Necker lui en attribuaient 25 millions.
La période révolutionnaire, malgré la guerre civile et la guerre étrangère, fut, à cause sans doute des grandes espérances qu’elle éveilla, très favorable à la population. Le recensement officiel de 4801 en fixe le chiffre à 27,349,003 et alors même qu’il ne serait pas, comme on l’en accuse avec raison, inférieur à la réalité, l’augmentation aurait été de près de deux millions et demi en seize ans.
Preuve entre mille que les événements les plus désastreux pour le clergé et l’aristocratie sont ordinairement les plus favorables à la prospérité de l’Étal.
Le Consulatetle commencement de l’Empire furent encore une époque de progrès rapide. Le recensement de 1800 accuse sur le précédent une augmentation de 1,758,422 habitants, et quand bien même une partie devrait en être retranchée au profit de la période antérieure, il est certain que l’accroissement fut très notable à cette époque. La Révolution terminée faisait sentir ses heureux effets. Entre la paix d’Amiens et Austerlitz, la France, à l’apogée de la gloire et du succès, jouit d’une prospérité et d’une confiance dans l’avenir que le passé n’avait point connues et qui ne se retrouveront plus.
Les quinze années qui s’écoulent du recensement de 1806 à celui de 1824, attristées par des guerres sanglantes et la défaite finale, ne présentent ensemble qu’un progrès de 1,350,000 habitants environ.
De 4824 à 1826 l’accroissement est au contraire le plus considérable qu’ait offert aucune période quinquennale, près de 1,400,000. La France convalescente se remet de scs blessures; encore chancelante, étonnée des chocs subis, elle se reprend à vivre et espérer.
Depuis lors les accroissements faibles alternent avec les
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plus forts de période en période, mais avec une tendance marquée chez ces derniers cà devenir ou plus rares, comme durant la période 1846-1856, ou moins satisfaisants.
Le tableau suivant présente les résultats des dénombrements officiels opérés de 1801 à 1886 :
DATES