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AUGMENTATION ANNUELLE GÉOMÉTRIQUE POUR 1000 HABITANTS

Pour 1000

Grèce

Hollande

Danemark

Angleterre et pays

Royaume Uni de \

de Galles

Grande-Bretagne

Écosse

et d’Irlande.

Irlande

Saxe-royale

Prusse

Thuringe

Empire d’Allemagne.

Bade

Bavière

Wurtemberg

Alsace-Lorraine.

Belgique

Autriche

Suède

Norwège

Portugal

Italie

Suisse

Hongrie

Espagne

France

Ainsi, sous le rapport de l’accroissement delà population, l’on voit que c’est la France qui est de beaucoup la plus mal partagée.

Aussi depuis deux siècles sa place dans le monde ci\ilisé va-t-elle se rétrécissant de plus en plus. En 1689, il n’y avait

1. Dr A., Chcvin, Histoire statistique de la population française (Ile vue scientifique, 12 juin 1889).

que trois grandes puissances en Europe, la France, la Confédération germanique et l’Angleterre : la France figurait pour près de deux cinquièmes dans la population de ces trois grands États.

En 1789, la Russie s’était élevée au rang des grandes puissances et comptait environ 25 millions d’habitants; mais elle était en grande partie incapable d’utiliser ses forces, et la France, avec une population égale, était encore la première puissance du monde civilisé. Sans l’enthousiasme pour la raison et la liberté, il est certain que la Révolution n’eût jamais triomphé de l’Europe coalisée ; mais la supériorité relative de la population d’alors fut un des éléments du succès qu’il n’est pas permis d’oublier. La France comptait alors pour 28 p. 100 dans la population totale des grandes puissances.

En 1815, la Prusse est parvenue au rang de grande puissance et l’importance relative de la population française n’est plus que de 20 pour 100.

Enfinà l’heure actuelle, si l’on tient compte des États-Unis et de l’Italie, la population proportionnelle de la France parmi les grandes puissances n’est plus que de 11 p. 100. La Russie, l’empire d’Allemagne, les États-Unis, nous dépassent en population, l’Autriche nous égale à peu près. La Grande- Bretagne, donL le sol, comme le nôtre, est entièrement occupé depuis des siècles et qui n’a cessé d’envoyer des émigrants en Amérique, en Australie, en Nouvelle-Zélande, a vu, malgré cette énorme exportation d’hommes qui peut être évaluée à plus de dix millions de têtes, sa population s’élever en moins d’un siècle de douze millions à trente-six : nous pouvons compter qu’avant vingt ans elle nous dépassera. L’Italie, qui n’était jadis qu’une «expression géographique» forme désormais sur nos lianes une nation très dense et très ambitieuse de 29 millions d’hommes.

Que le taux actuel de l’accroissement de la population se maintienne chez les diverses puissances de l’Europe, et dans moins d’un demi-siècle les Français ne formeront plus que 7 p. 100 parmi la population des grandes puissances C’està-dire que, porte-drapeau de la République et de la libre pensée, la France sera à la merci de l’Europe monarchique et réactionnaire. Tel est l’avenir inéluctable, a moins que nous ne sachions étudier notre mal, trouver les remèdes encore inconnus, les appliquer avec courage, et exercer enfin sur nos destinées une action modificatrice infiniment plus énergique et plus profonde qu’aucun peuple ne l’a jamais fait en aucune circonstance de son histoire.

S’il fallait une preuve que le lent accroissement de notre population est non seulement un péri-1, mais bien réellement un cas de pathologie sociale, on la trouverait dans l’inégale réparti on du faible excédent que nous avons constaté. Sur quatre-vingt-sept départements, il y en a encore cinquantesept où la population augmente; mais dans les trente autres elle diminue non seulement relativement, mais absolument. De 1841 à 1881, le Var, les Basses-Alpes, le Lot-et-Garonne, le Jura, la Meuse, l’Orne, l’Eure, le Calvados et la Manche ont perdu plus de 10 p. 100 de leur population. En dix ans, de 1876 à 1886, la Normandie a perdu, malgré la fertilité de son sol et les progrès de sa richesse économique, malgré l’existence de deux grands centres comme le Havre et Rouen, 47,104 habitants. Les départements voisins, la Sarthe, la Mayenne, l’Eure-et-Loir, suivent le même mouvement. Les Vosges, la Haute-Marne, la Haute-Saône, la Côte-d’or, Vaucluse, les Hautes-Alpes, la Savoie, Tarn-et-Garonne, le Gers, les Hautes-Pyrénées, l’Ariège, les Basses-Pyrénées sont à des degrés divers atteints du même mal. Ce sont les départements pauvres, qui sont en progrès. De 1876 à 1886, la Bretagne seule a gagné 107,271 habitants.

DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE

La cause immédiate de la faiblesse de l’accroissement de notre population est facile à trouver. L’État ne peut acquérir de citoyens que par trois voies : la natalité, 1 immigration et l’annexion politique; il ne peut en perdre que par trois autres voies : la mortalité, l’émigration ou la conquête étrangère.

Nous avons tenu compte précédemment des modifications dues à l’annexion volontaire de Nice et de la Savoie, ainsi que de celles qui résultent de l’asservissement par l’Allemagne des 1,600,000 citoyens français habitant l’ Alsace-Lorraine. La cause de l’appauvrissement social doit donc résulter, soit de l’excès de la désassimilation par émigration ou mortalité, soit de l’insuffisance de l’assimilation par immigration ou natalité.

Il faut écarter l’explication qui résulterait d’un excédent de l’émigration sur l’immigration. On sait que la France exporte fort peu d’émigrants et reçoit au contraire un nombre de plus en plus considérable d’immigrants. Les Français d’aujourd’hui ont très peu l’esprit d’aventure, ils n’ont ni le goût, ni la nécessité d’aller s’établir en dehors de leur pays. En 21 ans, de 1854 à 1875, l’émigration française a été seulement de 60,245 individus, soit moins de 3,000 par an. Par contre, l’immigration, qui est sans importance dans les autres pays de l’Europe, prend en France des proportions qui devraient puissamment contribuer au rapide accroissement de la population. Comme les pays neufs de l’Ouest américain, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, notre vieux sol reçoit un courant continu d’immigrants par toutes ses frontières. Les Belges, les Allemands, les Italiens, les Anglais, viennent en nombre chaque jour croissant s’établir soit à Paris, soit dans les départements les plus voisins de leur pays d’origine. C’est au recensement de 1851 qu’on a commencé pour la première fois à les compter à part. Le tableau suivant donne

G6 NATALITÉ ET CIVILISATION

leur nombre à chacun des recensements et leur proportion pour 1,000 Français:

DATES

NOMBRE DES ÉTRANGERS en France.

PROPORTION pour 1000 Français.

« La population étrangère croît sur notre sol treize fois plus vite que l’élément indigène, de telle sorte que, si cela continue, dans cinquante ans la France comptera dix millions d’étrangers1. » Ils fournissent plus du cinquième de l’accroissement de population qui s’est produit entre les deux derniers recensements. Leur peu d’empressement à se faire naturaliser, l’hostilité sourde et parfois ouvertement déclarée d’une partie d’entre eux, tendront sans doute de plus en plus à en faire un embarras, un danger. Le législateur ne tardera pas de se trouver dans la nécessité soit de leur fermer les portes de la France, soit, en les leur laissant ouvertes, de leur imposer dans un certain nombre de cas le service militaire et la naturalisation. Mais quelle que soit l’opinion qui prévale à cet égard, il est du moins certain que, si la population française ne s’accroît que trop lentement, la cause n’en est point attribuable, tant s’en faut, à l’excès de .l’émigration sur l’immigration.

Il ne reste plus qu’à la chercher dans le rapport du nombre des naissances à celui des décès.

Le tableau ci-dessous (A) exprime l’histoire de la natalité,

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