MORTALITÉ
EXCÈS de natalité.
On voit que la natalité française au xixe siècle est allée constamment en décroissantpar une marche lente et régulière. De la décade 1801-18 10, où la natalité s’élevaità32, 9, jusqu’à l’année 1886, où elle tombe à 23,9, la diminution estde 9 pour 86 ans, c’est-à-dire à peu près un pour mille tous les dix ans en moyenne. Cette diminution se répartit ainsi : de la première à la deuxième période, 1,15; de la deuxième à la troisième, 1,05; de la troisième à la quatrième, 1,8; de la quatrième à la cinquième, 1,5; de la cinquième à la sixième, 1,22; delà sixième à la septième, 0,32; de la septième à la huitième, 0,8; de la huitième à la neuvième, en six ans, 1,7.
Quelque période que l’on considère, elle accuse toujours moins de naissances que la précédente et plus que la suivante. 11 n’y a d’exception que pour la seconde décade du second Empire, qui est en très léger progrès sur la décade
antérieure. La décadence, déjà très active sous la Restauration, s’est accélérée sous le gouvernement de Juillet, s’est momentanément arrêtée sous le second Empire, pour reprendre une marche lente pendant les dix premières années de la République; elle est dans la dernière période étudiée plus rapide qu’elle ne l’ait jamais été.
Cette diminution, par la faiblesse de ses oscillations, présente tous les caractères d’un phénomène permanent; prise en elle-même, elle doit être considérée comme très importante, puisqu’elle s’exprime par une fraction comprise entre un tiers et un quart du chiffre initial de la natalité.
Dans la première décade du siècle, la mortalité française était de 28,6. Si elle était restée depuis lors fixe à ce taux élevé, il y aurait maintenant cinquante ans et plus que le chiffre annuel des décès dépasserait celui des naissances.
Heureusement, la mortalité, elle aussi, a diminué considérablement. Entre le chiffre le plus haut, 28,6, et le plus bas, 22,0, pour l’année 1881, dont à la vérité la faiblesse est exceptionnelle, la différence est de 6,6. La mortalité a donc décru moins vite que la natalité. Il faut ajouter qu’elle a décru aussi d’une manière bien moins régulière. La première décade, correspondant aux guerres de Napoléon I", dépasse la seconde de 2,53, et celle-ci qui comprend encore cinq années de guerres, dépasse la troisième de 1,27. De 1820 à 1840, la mortalité est à peu près stationnaire à 24,8 et 24,65. De la quatrième à la cinquième décade, elle s’abaisse brusquement de 1,45, puis elle reste de nouveau stationnaire ou même en léger progrès pendant quarante ans. Elle ne commence à s’abaisser denouveau d’une manière assez sensible que pendant les six dernières années de la période étudiée.
- Les excédents des naissances sur les décès ont atteint leur maximum pendant la période de la Restauration. De 1821 à 1830, ils s’élèvent à 5,8. Sous le gouvernement de Juillet, ils
DÉCADENCE DE LA NATALITÉ EN FRANCE
tombent à 4,1; sous le deuxième Empire à 2,36 et 3; sous la République, à 1,8 d’abord, pour se relever ensuite quelque peu à 2,5 environ, par l’effet de l’abaissement de la mortalité. En 1880, cet excédent n’était que de 1,4 pour 1000 habitants, le chiffre le plus faible qui se soit jamais produit dans l’ensemble du pays.
C’est à cette diminution continuelle des excédents de natalité sur la mortalité, qu’est due la faiblesse de l’accroissement de la population française. Ce phénomène est en partie attribuable à la mortalité qui ne diminue pas assez vite; mais pour la plus grande part à la natalité, qui décroît beaucoup trop.
Le tableau B ci-dessous permet de comparer en France et dans les divers États del’Europe la proportion pour mille habitants des naissances, des mariages et des décès, ainsi que l’excédent des naissances sur les décès :
Tableau B.
Pour 1,000 habitants combien de mariages, naissances, décès dans les principaux États de l’Europe en 1882 ou 1883.
ÉTATS
NUPTIALITÉ
NATALITÉ