EFFET DU NOUVEAU PRINCIPE DE POPULATION SUR LE GROUPEMENT DES RACES
Origines de la population française. — Epoque quaternaire, les deux races autochtones. — Persistance de leur type jusqu’à nos jours. — Premières invasions, datent du commencement des temps actuels. — Répartition des races à l’aurore des temps historiques. — Essai d’identification. — Les Ligures. — Les Basques. — Les Celtes descendent des envahisseurs de la pierre polie. — Leur caractéristique. — Etendue de l’ère qu’ils occupèrent.— Les Galates, nouvelle race dolichocéphale. — Sa caractéristique. — Date et mode de leur invasion. — Ils ont et communiquent aux Celtes une langue et une religion aryennes. — Division des races de civilisation aryenne. — Les Celtes ne sont pas des Aryas. — Galates, Européens aryanisés. — La conquête romaine. — Analogie des invasions germaniques et des invasions galates. — Energie des Aryas et passivité des Celtes. — Progrès de leur race. — Les montagnes sont le conservatoire des plus anciennes populations. — Exemples. — Phénomènes qui ont lieu au contact de deux civilisations très inégales. — Civilisation des vaincus, poison pour les barbares vainqueurs. — Exemples lors des grandes invasions. — Régénération de la natalité par la destruction de la civilisation. — Rôle de l’infiltration.
— Relèvement des vaincus, réoccupation de leur ère primitive. — Elimination progressive des vainqueurs. — Exemple : élimination des dolichocéphales de l’Aveyron. — Infiltration des Celtes, prouvée par l’onomatologie.
— Conséquence : rénovation de la population. — Elimination des envahisseurs dans l’ordre inverse de leur arrivée. — Cette élimination a lieu à raison de la situation géographique et du rôle social, non à raison de la race.
— Influence sur le caractère national. — Comment elle est contre-balancée.
Je me propose de montrer dans les pages qui vont suivre comment le nouveau principe de population, en amenant le déplacement incessant des molécules sociales, modifie insen-
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siblement le rapport des éléments ethniques qui constituent un peuple et transforme tousses caractères.
Pour cet objet, il est indispensable de résumer brièvement ce que l’on peut affirmer dans l’état actuel de nos connaissances sur l’origine des diverses races qui occupent aujourd’hui notre territoire.
C’est au commencement de l’époque quaternaire, alors que la France, jouissant d’un climat chaud et humide, possédait encore une faune et une flore quasi tropicales, que l’homme, transformation probable de l’anthropopithèque tertiaire, apparaît comme autochtone dans l’Europe occidentale. Dans tous les spécimens que l’on en possède, la race de Neandertbal est caractérisée par sa grande dolichocéphalie, un front plat et déprimé, d’énormes arcades sourcilières surmontant des orbites ronds, un prognathisme trèsprononcé, descanines volumineuses, un ensemble bestial qui rappelle les singes anthropoïdes.
Si l’on évalue, avec M. de Morti llet, la durée du quaternaire
deux cent vingt-deux mille ans, celle des temps préhistoriques à dix mille et celle des temps historiques à six mille, on est conduit à faire remonter son antiquité à deux cent trente-huit mille ans.
Depuis lors, malgré les siècles, malgré les changements de température, l’extension et le retrait des glaciers, l’extinction ou l’émigration sans retour de nombreuses espèces animales, notre sol n’a jamais cessé d’être habité par l’homme. Les débris que l’on en possède sont encore bien peu nombreux eu egaid a 1 immense duree de la période quaternaire ; mais les lacunes, si grandes qu’elles soient, sont simplement l’effet de notre ignorance ; de nouvelles découvertes tendent chaque jour à les combler, et d’ailleurs les armes de silex, mieux conservées que ses ossements, sont des témoins qui attestent la continuité de sa présence. Le sang de notre antique ancêtre
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s’esl perpétué sans tarir jusque dans nos veines, de sorte qu’en dépit des croisements, son type peut s’observer encore assez fréquemment aujourd’hui, reproduit par l’atavisme.
A la fin du quaternaire et au commencement de l’époque actuelle, l’homme primitif, transformé par une évolution de deux mille siècles, s’est notablement élevé et anobli. Le crâne a conservé son caractère dominant de dolichocéphalie prononcée, mais il est devenu large et volumineux; d’une capacité supérieure à celle de nos jours, la saillie des arcades ' sourcilières et le prognathisme ont disparu, le nez est leptorhinien,la face large et les orbites énormes. Une haute taille une lorce musculaire considérable, des tibias aplatis en lame de sabre complètent son portrait. Cette race, dite de Cro-Magnon, nomade et guerrière, vivant sous un climat de dix degrés plus froid que celui d’aujourd’hui, a laissé sur ses ustensiles d’os et d’ivoire de nombreuses gravures exécutées avec un vif sentiment de la réalité, une habileté de main remarquable.
C’est dans la France centrale, dans les vallées de la Yézère, du Tarn, de l’Aveyron, de la Saône et de la Seine, qu’elle avait son centre principal. Elle s’étendait d’une part jusqu’au Pas-de-Calais, sur les bords de la Meuse et dans l’Allemagne du Nord, de l’autre sur les rivages de la Méditerranée, où on la retrouve à Menton, et sur les côtes du Portugal, où ses ossements sont ensevelis parmi les amas de ses débris de cuisine. Sur cette aire si vaste, où elle était sans doute assez clairsemée, elle apparaît comme remarquablement homogène dans tous les traits de son squelette, de ses armes de pierre taillée ou de corne de renne, de son industrie rudimentaire, maitresseincontestée ou plutôt maîtresse unique du sol dans toute l’Europe occidentale.
Au commencement de l’époque actuelle, la race autochtone n’a point disparu; mais elle n’est plus seule. Une nouvelle
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES RACES, race d’hommes, petite et brachycéphale, est venue d abord en petit nombre, puis en flots de plus en plus épais, se mélanger à l’ancienne, l’altérer par ses croisements, l’absorber en partie, en partie aussi sans doute l’exterminer ou la refouler vers le Sud. Pendant la période néolithique, quatre types se sont superposés aux dolichocéphales de la pierre taillée : des brachycéphales atteignant l’indice céphalique de 86, d’autres brachycéphales à indice légèrement inférieur, des sous-brachycéphales et des mésaticéphales.
En même temps que la population, la géographie, le climat, la faune et la flore se sont modifiés et sont devenus ce qu’ils sont aujourd’hui. Dans l’industrie et la manière de vivre, l’homme a fait des progrès considérables. 11 n’a pas encore renoncé au cannibalisme; mais déjà il connaît l’agriculture, il est sédentaire et non plus nomade; il connaît le blé et l’orge, possède des animaux domestiques, accumule ses provisions dans des magasins et sait les fortifier contre les attaques de l’ennemi; il construit des grottes artificielles, d’abord pour les habiter, puis pour y ensevelir ses morts; il sait se creuser des barques et va s’établir dans les îles, dans les habitations sur pilotis qu’il élève au milieu des lacs; il sait forer des puits de mine et des galeries pour extraire le silex qu’il a appris à polir sur les roches dures et qui fournit les haches caractéristiques de l’époque néolithique. Pendant les quelques milliers d’années qu’embrasse cette période, la population nouvelle a franchi une étape énorme vers la civilisation.
À l’aurore des temps historiques, les historiens anciens connaissaient comme établis depuis un temps immémorial sur le sol gaulois les Ligures et les Ibères, les Celtes et les Galates. Ils signalaient les Ligures, non seulement sur la côte actuelle de Ligurie; mais dans tout le massif des Alpes entre le bassin supérieur du Pô et celui du Rhône, dans le
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sud do l’Espagne, sur la Loire à quelque distance de son embouchure, en Grande-Bretagne, au nord-est de la Tamise et dans Tllalie centrale.
Les Ibères occupaient l’Aquitaine et les deux versants des Pyrénées, la plus grande partie de l’Espagne, la Sicile, la Sardaigne, la Corse et, dans les lies Britanniques actuelles, la Cornouaille, le pays de Galles et le sud de l’Irlande.
Les Celtes s’étendaient au nord des Aquitains et des Ligures jusqu’à la Seine, et les Galates, depuis ce fleuve jusqu’à la forêt Hercinienne.
Serait-il possible d’identifier ces diverses races avec celles que révèle l’anthropologie dans les âges préhistoriques? On est tenté de se laisser séduire par la simplicité d’un système qui reconnaîtrait dans les Ligures les descendants restés purs des envahisseurs de la pierre polie, dans les Ibères les descendants des hommes de Cro-Magnon, mélangés d’une petite quantité de sang ligure, enfin dans les Celtes de l’Auvergne et de la Bretagne, la postérité du dernier ban des brachycéphales bruns croisée en proportion faible quoique très-variable avec la race de Cro-Magnon soit pure soit déjà mélangée aux Ligures.
Il faut, en ce cas, nécessairement concevoir ces invasions ou infiltrations comme s’étant prolongées durant une longue série de siècles. Si les derniers venus des Ligures étaient, comme il semble, déjàaryanisés et parlaient une langue voisine de l’osque et du latin, il va de soi que tout autres étaient les premiers brachycéphales, lorsqu’au début de la période néolithique, ils vinrent se mêler aux peuplades autochtones.
Le type ligure, caractérisé par la petitesse de sa taille, un crâne très brachycéphale, haut, de laihle capacité, dépourvu de saillie occipitale, uniront peu élevé, aux hosses saillantes, cassé et non bombé comme celui du Celte, des os grêles, des
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extrémités délicates, des yeux bruns et des cheveux très noirs, une peau légèrement bistrée, des tissus secs, un tempérament ardent, courageux, plein de feu, apparaît comme le représentant le plus pur des brachycéphales bruns. Dans les vallées alpestres laissées libres par le retrait récent des glaciers et vierges encore de pas humains, ils formèrent l’assise la plus ancienne de la population. Bien que recouverts plus tard par une mince couche de Celtes, ce sont eux que l’on retrouve encore aujourd’hui dans une partie du canton des Grisons et du canton de Vaux sur les bords du lac de Genève et dans la Savoie. Non sans doute qu’ils se soient établis en nombre considérable dans ces stations désavantageuses ; mais ceux que le hasard y plaça n’y avaient point trouvé d’habitants, les conquérants des époques postérieures ne vinrent point les y déranger et ils multiplièrent autant que les ressources du pays le leur permirent.
Dans les plaines au contraire, des croisements se produisirent fatalement. Ils donnèrent lieu à une race nouvelle, les Ibères, que les historiens anciens associent si souvent aux Ligures et qui participa des caractères opposés des deux races mères. Les Ibères et les Basques, leurs descendants, avec leur langue préaryenne d’un système si particulier, furent tantôt dolichocéphales comme à Zaraus, tantôt au contraire brachycéphales. Seulement dans l’aire qu’ils ont occupée, le type de Cro-Magnon se laisse parfois apercevoir à l’état pur ainsi qu’on l’a observé dans la région des causses et même à Paris, tandis que bien plus fréquemment le ligure reparaît avec sa caractéristique complète dans le midi ou même à l’état sporadique dans le centre de la France.
Les Celtes, frères puînés des Ligures, apparaissent, eux aussi, comme les descendants d’une partie des envahisseurs de la pierre polie, croisés en toute proportion avec les dolichocéphales primitifs. Ils ont pour caractères : « crâne
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volumineux, brachycéphale ou sous-brachycéphale, à région antérieure large et saillante, à diamètre vertical considérable ; lace large, os courts, en rapport avec une taille peu élevée, cheveux châtains, bruns, droits; yeux à iris gris; dépression naso-frontale considérable; visage arrondi; menton rond, assez large; teint frais et coloré; cou assez court; épaules larges horizontalement placées; poitrine large et bien développée; courbes rachidienne, cervicale, dorsale et lombaire peu prononcées; membres bien musclés; conformation générale un peu trapue; système pileux très développé1. »
Venue probablement des rivages sud-orientaux du Pont- Euxin par la vallée du Danube, cette race a occupé la Bavière, une partie de l’Alsace et de la Lorraine, la vallée du Pô, la Gaule à peu près entière, la Grande-Bretagne et l’Irlande. On la retrouve aujourd’hui en masses compactes dans les départements du plateau central et l’intérieur de la Bretagne. Mais dans ces deux groupes et dans le second surtout, le croisement avec les autochtones, dolichocéphales, leplorhiniens, à indice orbitaire faible, lui a valu une moindre brachycéphalie, un nez moins large et des orbites moins élevées. Sous tous ces rapports, le crâne auvergnat tient le milieu entre le crâne savoyard et le crâne breton. Plus les montagnes ont été hautes, le pays maigre et difficile d’accès, plus la race brachycéphale y est demeurée exempte de mélange. Ce n’est pas que les Celles, non plus que les Ligures, aient choisi de préférence un habitat incommode et des terroirs ingrats ; agriculteurs et sédentaires, ils ont dû tout au contraire se fixer principalement dans les plaines fertiles. Mais là, ou bien ils sont devenus méconnaissables à force de croisements, ou bien ils ont été dépossédés à leur tour.
Les peuples nommés par les anciens Belges, Gaëls ou