‹ Dépopulation et puéricultureChapitre 16 sur 16 · LE PATRONAGE DES ENFANTS EN BAS AGE · texte numérisé non relu

LE PATRONAGE DES ENFANTS EN BAS AGE

caments, lait, viande, pain, chauffage, soins médicaux, etc.

La fondatrice du Patronage de Levallois- Perret a formé le projet d’étendre à toutes les communes du départeiiient de la Seine, par la création de sous-comités, les bienfaits de celte association tutélaire.

Il va de soi qu’aucune pensée d’exclusivisme n'a hanté l’esprit des propagandistes et que nulle considération formaliste n’est admissible en cesmatières. C’est le fond qui importe et non la forme de ces interventions. Les sociétés existantes ne disparaissent pas pour autant. S’il y a dans une localité une société protectrice de l’eiifance, elle se prêtera merveilleusement à un agrandissement de ses cadres, à un complément de programme.

Pour les villes et les communes, la 'difficulté est moindre qu’à Paris, où la multiplicité des institutions et des œuvres n'est pas à proprement parler un gage de succès. L’ordre dispersé n’est pas précisément favorable à un redoublement de tutelle et de vigilance. Une fédération des sociétés de l’enfance serait seule en état de conclure un accord avec -les-services publics, ceux-ci, à leur tour, étant reliés en un faisceau compact.

La protection des enfants du premier âge.

soumis à la loi Roussel, incombe à la préfecture de police; les secours aux enfanls légitimes dépendent des bureaux locaux de bienfaisance; l’assistance aux enfants naturels relève d'un bureau central du service départemental des Enfants Assistés. Les refuges pour femmes enceintes et pour nouvelles accouchées sont placés sous l’autorité du directeur des affaires municipales. Cette dispersion des efforts engendre parfois des conflits bureaucratiques; elle est loin de faciliter cette entente méthodique do tous les collaborateurs administratifs concourant ensemble à la même œuvre.

Il est essentiel, à Paris' comme dans toutes les communes, d’établir le partage des attributions. Ce qui manque le plus en ce moment, c’est la protection des enfants pauvres élevés par leurs parents. Le patronage serait de plein droit accordé à toutes les familles se- ■ courues à un titre quelconque, soit par la municipalité, le département, le bureau de bienfaisance, soit par des sociétés charitables.

L’Assistance publique dispose pour la visite mensuelle des enfants secourus sur le budget départemental de dames déléguées, presque toutes préparées à leur mission et dévouées à leur devoir. Quelques bureaux de bienfaisance ont également des visiteuses rétribuées. Ce

■ LE r>ATRONAGE DES ENFANTS EN BAS AGE 2"3 premier organisme, en se développant, complété par un service de-surveillance médicale, s’adapte dans une certaine mesure aux besoins de l’assistance parisienne.

Mais, dans les villes et bourgades, seule l’initiative privée offre les ressources nécessaires pour le recrutement de ces inspectrices. Chaque municipalité, sans se départir de ses obligations fondamentales, aurait un grand intérêt à susciter la formation de ces ligues, sociétés, patronages, exclusivement destinés aux mères et aux nourrissons. Une association de dames patronnasses ferait coup double en assistant la mère, avant et pendant l’allaitement, et en protégeant le nouveau-né pendant les premières années de sa vie.

Toutes les femmes, riches et pauvres, devraient avoir constamment présente à l’esprit celte belle parole de Victor Hugo, dans une lettre à Oscar Comettant : « N’oublions pas que cette douce enfance, toute tremblante et toute nue devant nous, nous apporte dans .ses bras l’avenir. » C’est à travailler pour l’avenir et pour le présent que le, patriotisme et l’humanité les convient.

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Il est pour ainsi dire banal de faire l’éloge des crèches, ces asiles du premier âge si utiles à la population laborieuse des villes industrielles. Le temps n’est plus où Thiers était traité de communiste par Emile de Girardin, pour avoir vanté le mérite des crèches; l'institution a fait ses preuves en France et à l’étranger; elle n’a pas, toutefois, pris tout son développement., elle ne rend pas encore tous les services qu’elle pourrait fournir.

Une crèche permet à la mère, ouvrière ou employée, de conserver son enfant, d’éviter le placement en nourrice, de nourrir elle-même ; elle lui donne -ainsi l’orgueil et la joie d’une maternité complète et prolongée.

Pour que la crèche remplisse son objet, elle est tenue de répondre à des conditions déterminées; elle ne doit pas être, comme on l’a

LA CRÈCHE

dit souvent, une 'simple garderie, une sorte de vestiaire de bébés, parce qu’alors elle risquerait de faire plus de mal que de bien. Une agglomération d'enfants du premier âge offre des dangers; elle réclame une salubrité irréprochable, une surveillance attentive, une direction intelligente. Avec ces garanties, l’établissement devient au contraire une école d’élevage pour les mères, un lieu d’asile privilégié paur les enfants des travailleurs.

A la suite des travaux du Comité consultatif d’hygiène publique de France et du conseil supérieur de l'Assistance publique, grâce aux rapports de MM. Henri Nap'ias et Eugène Marbcau, un nouveau règlement a été promulgué ; il établit les conditions de salubrité des locaux, l’interdiction de l’usage des biberons à tube, ' l’autorité des médecins, dont l’intervention est strictement indispensable. On ne saurait trop insister sur l'importance du rôle du médecin,

■ dont la surveillance continue est un gage de succès pour une crèche. Avec les nouvelles méthodes d’élevage, l’action du médecin a grandi, non pas seulement pour soigner les indispositions et les maladies, mais surtout pour prévenir les accidents.

Il est ordonné, en vertu d’une réglementation récente, de .peser chaque semaine jusqu’à

l’âge d’uu an les enfants reçus dans la crèche municipale, subventionnée, libre, et le résultat de ces pesées doit être soigneusement enregistré.

A Paris et dans le département do la Seine, le Conseil municipal et le Conseil général ont mis pour condition à leurs subventions aux crèches que les enfants allaités artificiellement ne seront nourris qu’au lait stérilisé, pendant le jour, pendant la nuil et durant les jours où la crèche est fermée. Cette prescription, éminemment prudente, n’est pas seulement bonne en soi, parce qu’elle a pour effet de soustraire les nourrissons du lait stérilisé aux risques de: maladies infectieuses du tube digestif, mais encore parce qu’elle transforme les crèches en lieux de distribution de lait stérilisé, en écoles d’élevage rationnel des enfants du premier âge..

La crèche moderne y gagne en sécurité, en importance, en bienfaits; elle est aussi l’école des mères au même titre que le dispensaire et 'la consultation des nourrissons.

Les fondateurs et administrateurs de crèches ont à tenir compte, dans le choix d’un local, de la proximité des manufactures et des ateliers, afin de donner le plus possible à la mère nourrice la faculté de se rendre à la crèche dans la journée. C’est pourquoi les crèches doivent

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être nombreuses, disséminées, ouvrir leurs portes de très bonne heure, les fermer le plus tard possible, pourétre véritablement profitables aux ouvrières et aux employées.

A peine convient-il de rappeler que ces établissements ne doivent jamais servir à une propagande quelconque; ils n’ont pas à s’inquiéter de l’état civil des enfants ; ils sont et doivent être uniquement des abris du premier âge, tenus avec un soin extrême, surveillés avec un-zèle attentif, où les nourrissons soient en sûreté et maternellement traités.

Plus la crèche sera populaire, plus elle aura de clients et moins de nourrissons seront exilés loin des villes, exposés à l’élevage le plus périlleux et le plus meurtrier.

L’amélioration des crèches existantes et la fondation de nouvelles crèches sont des mesures efficaces de protection du pi’emier âge, dont la vie est si fragile et le sort si intéressant.

Les plus savants règlements ne valent qu’à la condition d’être appliqués. Le décret du 2 mai et l’arrêté ministériel du 20 décembre 1897 renferment les clauses les plus protectrices, les garanties les plus sûres du fonctionnement des crèches. Aux termes de la loi, le ministre de l’Intérieur et le préfet ont le droit de faire inspecter les crèches par leurs délégués; ils doi-

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vent se rendre compte périodiquement du fonctionnement des crèches et s’assurer qu’elles se conforment aux conditions qui leur sont imposées. C’est surtout au ministère de l’Intérieur qu’incombe la responsabilité principale, mais, comme les inspecteurs généraux ne peuvent pas tout voir, il est indispensable que, dans chaque département, la crèche soit régulièrement visitée par l’inspecteur des enfants du premier âge. Tous les ans, un rapport d’ensemble permettrait seul de rendre effective cette inspection surtout nécessaire au point de vue du contrôle médical. Une crèche irréprochable influe considérablement sur le taux de la mortalité infantile. Les statistiques de la crèche Hippolytè Noiret àRethel, dressées par le D’’Drapier, sont des plus encourageantes et des plus significatives; il est vrai qu’elles empruntent la plus grande partie de leur succès à l’emploi du lait stérilisé.

Les crèches parisiennes, depuis la résolution de principe du Conseil municipal de réserver ses faveurs aux établissements qui se conforment aux instructions officielles, donnent des résultats de plus en plus satisfaisants. Les épidémies de choléra infantile ne les atteignent pour ainsi dire pas; les étés meurtriers n’y font presque plus de victimes. Mais les praticiens

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expérimentés n’en continuent pas moins à se' montrer fort exigeants pour rinstallalion et le fonctionnement des crèches.

M. le D'' Gauchas, avec son expérience personnelle et son dévouement à l’idée, ne s’est pas fait faute de signaler avec insistance les précautions à prendre pour que cet utile établissement ne dévie pas et qu’il soit à l’abri défont risque.

D’après le D'' Gauchas, la crèche expose les nourrissons aux intempéries du froid dans la mauvaise saison; elle conduit au sevrage prématuré, elle expose les enfants à contracter des maladies contagieuses.

Le danger de refroidissement en hiver n’est pas contestable; il peut être évité dans la plus large mesure si l’enfant est bien couvert. Les dames patronnesses ont à tourner de ce côté leur bienfaisante sollicitude pour que le petit externe supporte sans inconvénient le changement d’air et de température.

Il est en effet certain que .le séjour des babys à la crèche no coïncide pas généralement avec la continuation de l’allaitement au sein, et les doléances à cet égard du Gauçhas sont d’une parfaite exactitude. Mais est-il juste d’accuser la crèche d’une situation dont elle n’est pas responsable? A défaut de la

crèche, l’enfant serait laissé en garde dans les plus mauvaises conditions, et la mère-ouvrière ne s’acquitterait pas davantage de sa fonction nourricière.

M. le D'' Drapier émet toutefois une objection qui a sa valeur : « Quelques mères chercheraient peut-être à nourrir par raison d’économie si elles devaient garder leur enfant chez elles; mais n’ayant pas à acheter de lait puisqu’il est fourni par la crèche, elles trouvent plus commode de ne pas donner le sein. » Peut-être l’honorable médecin exagère-t-il la portée de l’argument; si ces mères médiocres n’avaient pas cette excuse ou ce prétexte, elles auraient une autre raison de ne pas remplir tout leur devoir. La généralité des femmes est animée d’un autre esprit et l’amour maternel n’est pas un vain mot dans le peuple. La prévoyance égoïste et malthusienne sévit surtout parmi ceux qui pos'sèdent; les familles les plus pauvres sont généralement les plus nombreuses.

La crèche est un palliatif, un pis-aller. Assurément, elle n’est pas autre chose. L’idéal serait qu’aucune mère ne fût dans la douloureuse nécessité de négliger l’élevage direct et personnel de son enfant. Dès que la machine est apparue et que le travail à domicile a com-

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mencé d’être l’exception, Michelet a éloquemment dénoncé cette anomalie monstrueuse de l’ouvrière jetée loin du foyer, industrialisée, masculinisée, pour ainsi dire, et ses imprécations prophétiques n’ont rien perdu de leur force, à mesure que se développe l’industrialisme.

Le philosophe est en droit de protester; le législateur et le philanthrope ne peuvent que rechercher les moyens empiriques et imparfaits d’atténuer les conséquences de cette évolution plus forte que les volontés humaines.

Au premier rang de ces moyens se place le repos légal avant et après l’accouchement. Le passage le plus dangereux pour les nourrissons est celui des premières semaines. Si pendant le premier mois, la mère a allaité, si pendant les deux ou trois mois suivants les indemnités ou secours d’allaitement lui permettent ou de travailler chez elle ou de ne fournir qu’un demi-temps de présence à la fabrique, à l’atelier, le défilé est franchi, l’enfant est à peu près sauvé.

Si la crèche n’existait pas, la femme ouvrière, ou employée n’aurait d’autre ressource que celle de mettre son enfant dans une garderie suspecte ou bien de l’éloigner par le placement en nourrice ou en garde. Le

mal serait aggravé, bien loin d’être atténué.

Nous sommes d’accord avec l’excellent D'' Gauchas pour réclamer un redoublement d’efforts et de sacrifices de l’assistance publique et de la bienfaisance privée, pour que la mère-nourrice puisse, le plus longtemps possible, se consacrer à ses devoirs.

Une réglementation trop rigide, qui fermerait les portes de la crèche à tout nourrisson âgé de moins de quatre ou cinq mois, dépasserait le but; elle n’aurait pour effet que d’augmenter le nombre des enfants placés en nourrice, loin de Paris, ou de rendre une clientèle à ces gardeuses professionnelles que le fondateur des crèches, M. Firmin Marbean, a eu la généreuse pensée de faire disparaître.

La stérilisation du lait, sans remplacer l’allaitement maternel, a largement diiiiinué le dailger du sevrage prématuré, de l’aveu même du D'’ Gauchas. Les mères peuvent désormais en toute sécurité pratiquer l’allaitement mixte. Cette méthode d’élevage se concilie avec les exigences les plus pénibles de la vie laborieuse dans les agglomérations industrielles.

Il est vrai, comme Fa constaté O. Gevin- Cassal, inspectrice générale des services de l’enfance, que certaines crèches provinciales sont-complètement détournées, de leur but. Non

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seulement les mères ne savent pas qu’elles pourraient donner le sein à leurs enfants, mais elles sont invitées à attendre que le nourrisson ait gi’andl pour la mise à la crèche. Ces établissements sont ainsi transformés en garderies ; il en est qui font concurrence aux salles d’asiles ! ,

De pareilles défectuosités sont des plus regrettables, des plus blâmables, liaison de plus pour préconiser, comme le dit avec beaucoup de force M™ Gevin-Cassal, l’adjonction à chaque crèche de dames patronnesses- effeciives, semainières à tour de rôle, y goûtant la soupe et le lait, surveillant l’emmaillotagé et le bain, l’appareil stérilisateur et le reste, « et, surtout, parlant aux mères, qui pèchent plus souvent encore par ignorance que par paresse ».

, Quant au péril de contagion, il est réel, à la crèche, à la pouponnière, à l’hôpital, à l’école maternelle et primaire, dans toutes les agglomérations d’enfants. Toutes les fois que, dans une farnille, deux bébés sont en contact,' l’un peut contaminer l’autre; rougeole et coqueluche se transmettent avec une déplorable facilité. Ce sont assurément des dangers sérieux; raison de plus d’établir sur de fortes bases le service médical et de se conformer

à une antisepsie rigoureuse. Le D'' Gauchas lui-même, après avoir indiqué la fréquence des maladies contagieuses contractées à la crèche, énumère les principales mesures de défense et de prophylaxie : 1° crèches limitées, ne contenant qu’un petit nombre de lits ou berceaux; 2° séparation des enfants par groupes; 3° examen, par la directrice, de chaque enfant à l’arrivée le matin; 4° changement complet et désinfection des vêtements de tous les bébés chaque jour à l’entrée ; S° désinfection souvent renouvelée du local; 6° éloignement de la crèche des frères ou sœurs, de l’enfant atteint d’une maladie contagieuse.

Aucune de ces précautions n’est excessive ou chimérique. Une crèche peut ainsi être mise aussi complètement que possible à l’abri des inconvénients ou des dangers nés de toute agglomération infantile. Un personnel instruit, une direction médicale indépendante et véritablement maîtresse, telles sont les conditions primordiales de tout asile du premier âge.

Si le médecin n’a pas l’entière responsabilité, étant bien entendu qu’il est lui-même digne de toute confiance par ce que je me permettrai d'appeler son modernisme scientifique, tous les abus sont à craindre. Et il ne

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faut pas- que plusieurs praticièns soient chargés à la fois ou à tour de rôle de la surveillance et du service médical; le médecin principal peut se faire suppléer et assister, mais il doit assurer d’une manière permanente la direction de l’établissement.

A ce prix, un double profit sera atteint.

D’abord, la petite garderie sera salubre et aseptique; en second lieu, elle deviendra, suivant l’exemple donné par M“' Brès, par les docteurs Belluze et Gauclias, par d’autres encore, la véritable école d’hygiène infantile.

La plupart des fautes qui compromettent la santé des petits externes proviennent de l’inexpérience des parents, de leurs imprudences nuisibles. Aucune mère ne devrait retirer son enfant de la crèche sans avoir fait elle-même son éducation professionnelle de nourrice et d’éleveuse.

C'est la plus grande nécessité des temps modernes, celle d’arracher la femme aux ténèbres, de lui ouvrir l’intelligence, de l’initiera ses. devoirs, à son rôle, à l’art maternel, à tout ce qui constitue la puériculture et la viriculture. Plus la tâche est haute et plus elle est digne de l’épouse et de la mère.

Et, dans cette rénovation, les dames et les demoiselles patronnesses ont leur rôle à jouer;

elles seront les auxiliaires du docteur à la crèche et ses déléguées au dehors, ^dans les visites à domicile.

L’Exposition nous a montré, à Ja classe 112, que les administrateurs de crèches apercevaient tout le parti qu’il convient de tirer de ces établissements pour l’éducation des mères et pour la propagation de l’allaitement maternel. Des exemplaires de Conseils aux mères^ des programmes de conférences d’allaitement, ont été exposés.

Mais ce serait une erreur de croire que la propagande est finie et que l’institution des crèches a conquis son plein développement.

Même à Paris, même dans les grandes villes, ces asiles ne sont pas connus, ils n’apparaissent pas avec leur véritable physionomie, ils passent pour des écoles de sevrage.au lieu de.se présenter comme des postes d’allaitement maternel.

J1 y a presque partout des berceaux inoccupés et un grand nombre de localités urbaines et industrielles sont complètement dépourvues de cet outil de protection.

Aussi, la Société des crèches' que préside M. Marbeau, a-t-elle eu raison de stimuler l’amour-propre de clocher des passants en affichant, à l’Exposition, une carte des crèches de France, avec cet appel : 'Visiteurs! Cherchez

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votre ville, et, si elle n’a pas de crèche, fondez-en une.

Les crèches et les pouponnais ou pouponnières, les externats et les internats du premier âge, peuvent et doivent être déplus en plus des foyers d’élevage perfectionné, des écoles mutuelles, des postes de patronage à domicile, en un mot les boulevards de la résistance aux maladies éluctables des premiers mois de la vie.

Ce sont des institutions admirables qui n’ont pas encore leur maturité, leur adaptation suffisante, nt dont la médecine préventive tirera dans l’avenir un profil de plus en plus considérable.

Moralistes et médecins, écrivains et savants .n’auront jamais trop de sévéïités pour l’élevage mercenaire en dehors du logis des parents. C’est un phénomène monstrueux, antinalurel et antisocial, que celui du divorce prématuré, momentané ou définitif, de la mère et de son enfant. Les droits d’un petit être sacré sont violés, l’intérêt de la race est compromis. Il n’y a pas de question sociale plus grave, plus douloureuse.

Un jour viendra peut-être où les nations auront un véritable budget de puériculture pour permettre à toutes les mères, quelle que soit leur condition, de se consacrer pendant le temps nécessaire à l’achèvement de leur œuvre. Ce jour n’est pas yenu, malheureusement; l’hygiène sociale, avec ses exigences légitimes, se heurte aux préjugés, à l’égoïsme, à la force

d’inertie ; elle se développe lentement, à peine tolérée, subie avec mauvaise humeur et sans cette foi vivifiante qui triomphe de tous les obstacles.

En cette pénible évolution, des sociétés modernes, prisonnières du passé, gouvernées par la barbarie et l’imprévoyance, il ne sert de rien de s’élancer d’un bond éperdu vers l’idéal et vers l’utopie, cette réalité de demain. Chaque progrès partiel, infinitésimal même, n'est obtenu qu’au prix d’efforts sans nombre, souvent infructueux, infatigablement renouvelés.

. 11 a fallu des années de luttes, des moncoaux de livres et de brochures, et l’admirable ténacité d’un Théophile Roussel, saint Yincent de Paul laïque, pour organiser la protection des enfants placés en nourrice. Comment s’étonner que, du premier coup, la perfection n’ait pas été atteinte et que la loi Roussel n’ait pas assez d’ampleur, une efficacité suffisante, l’autorité nécessaire pour être obéie et appliquée dans Ja pensée de son promoteur?

Le théoricien et le moraliste ont pleinement raison de poursuivre la disparition d’un régime de fausse civilisation dans lequel des mères sont impuissantes à conserver auprès d’elles, sous leur garde tutélaire, le frêle héritier dont elles ont la responsabilité vis-à-vis de la société

entière ; ils ont charge de préparer cette réforme morale qui, à son tour, réagira sur l’arsenal législatif. Alexandre Dumas fils n’a pas été le moins utile précurseur de la loi du divorce; M. Emile Zola, par sa peinture saisissante d’un départ de nourrices, M. Brieux, dans ses vibrants plaidoyers du Berceau, des Remplaçantes, sont les pionniers d’un état d’opinion nouveau, plus favorable à la mise en mouvement de l’appareil public pour le plein exercice de la maternité.

Mais à côté des avant-courriers d’une société meilleure, des praticiens plus modestes et moins intransigeants ne sont pas infidèles à l’idéal en s’efforçant de réduire à leur minimum les conséquences d’un état social qu’il n’est pas en leur pouvoir de transformer du jour au lendemain. Ces praticiens tirent le m,oins mauvais parti des instruments dont ils disposent, ils cherchent à améliorer sans cesse l’outillage au moyen duquel s’atténue la brutalité de certains phénomènes économiques.

Telle est la législation du 23 décembre 1874, destinée à préserver de la mort des milliers de nourrissons séparés de leurs mères; tel est l’esprit de tous les amendements qui seront apportés à cette loi inaugurale de protection dont le plus grave défaut est son caractère facultatif.

Malgré ses défectuosités, sans nul doute,la loi n’a pas été stérile ; elle a abaissé dans certains départements le taux de la mortalité infantile; appliquée mollement, désobéie, elle n’est qu’un paravent derrière lequel se commettent les pires méfaits. .

Il est inadmissible qu’un département puisse à son gré déterminer cette surveillance des enfants placés en nourrice. La première condition d’une loi viable et efficace est d’être obligatoire, sans quoi elle n’a qu’une existence nominale.

Ce n’est pas pour le plaisir d’amasser des papiers et des paperasses que la loi de 1874 a été faite, elle a surtout pour but de diminuer la mortalité infantile. C’est une loi de prophylaxie, de santé publique, dont le fonctionnement est à peu près exclusivement de la compétence du médecin.

A quoi bon instituer des commissions sur le papier, si les petits protégés ne sont pas l’objet d’une surveillance constante et éclairée, s’ils ne sont pas mis sur le pèse-bébés, si les nourrices sèches ont toute liberté d’administrer un laitage suspect au moyen d’un biberon à long tube.

C’est à vrai dire la dictature du médecin qui s’impose dans un intérêt public. Seul le méde-

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cin responsable, competent, rétribué, a qualité pour apprécier si la nourrice est apte à nourrir, si elle habite un logement convenable, si elle mérite confiance ; seul il est capable de diriger, par ses conseils, le double élevage concomitant, celui des deux frères de lait jadis ennemis, aujourd’hui réconciliés et solidaires sous le régime de l’allaitement mixte.

Il convient d’assurer en cas de besoin à tous les nourrissons mis en nourrice, en sevrage ou en garde le bénéfice de la loi d’assistance médicale gratuite pour que jamais un de ces petits exilés ne soit laissé sans soins médicaux, du fait de la nourrice ou du fait des parents. Les salaires de nourrice doivent aussi, dans la plus large mesure, être garantis par un fonds de caisse ou par un procédé d’assurance.

Quant aux nourrices sur lieu, le médecin inspecteur, ayant seul qualité pour leur délivrer un certiûcat de placement, appréciera^ suivant les circonstances, ce que comporte IJintérêt de l’enfant communément sacrifi^^’article 8 de la loi Roussel interdit à ces nourrices professionnelles d’exercer leur métier lucratif si leur propre enfant est âgé de moins de sept mois ou s’il n’est pas allaité par une autre femme. Cet article est journellement méconnu, avec' la complicité des maires et des secrétaires de

mairie. D’après le D’’ Lédé, sur 81.756 nourrices venues pour se placer à Paris, 62.354 laissaient chez elles un enfant âgé de moins de sept mois, et sur 24.100 filles-mères, 21.873 se trouvaient dans la même situation.

Une clause limitative est des plus utiles, à moins que la nourrice sur lieu n’emporte avec elle en placement bourgeois son propre baby.

C’est vers ce but que doivent converger les efforts des médecins. Un supplément d’hospitalité accordé à ce petit paysan serait le rachat des mères volontairement ou involontairement défaillantes.

Une campagne d’opinion est à mener dans cette voie, pour qu’au moins, en tout état de cause, les enfants de nourrices cessent de payer leur épouvantable tribut. C’est le correctif indispensable de l’allaitement mercenaire à domicile, évidemment inéluctable dans certaines circonstances.

Pour les enfants élevés en dehors du domicile de leurs parents, sans prendre son parti d’un tel expédient, il faut bien accepter le fait afin de le rendre moins nuisible et de l’adapter aux lois de l’hygiène.

La première de toutes ces lois est, cela va sans dire, l’allaitement au sein par la mère. Si cette condition primordiale n’est pas remplie,

quel est le maximum de précautions à prendre pour que l’exode en nourrice cesse d’êlre aussi meurlrier? Le pouvoir réglemenlaire de l’Etat, en pareille matière, est pour ainsi dire illimité; la puissance maternelle ne va pas jusqu’à la liberté de l’assassinat ou du meurtre des nouveau-nés. Depuis le bureau de placement des nourrices jusqu’à la fin de l’élevage, le droit de l’enfant est délégué à l’autorité publique, tutrice du faible, du mineur et de l’incapable.

Cette autorité n’a pas le droit de se désintéresser du transport des nourrissons protégés, ou, pour mieux dire, de ceux qui devraient être protégés. Aujourd’hui, moins sans doute qu’au temps de la diligence et des convois sur route, l’expédition de ces colis vivants comporte des aléas considérables. Les maladies des voies respiratoires, broncho-pneumonies et autres, résultent fréquemment d’un coup de froid en wagon ou en gare, et ces maladies augmentent pour une part très élevée le contingent mortuaire de la première enfance.

Le ministre de l’Intérieur a très timidement demandé à son collègue des travaux publics que des cloisons montantes pleines fussent réservées aux nourrices dans les wagons de troisième classe; la demande n’a rien d’exa- ‘géré, tant s’en faut; elle est au contraire insuf-

fisante et un long temps se passera, suivant toute probabilité, avant que cette humble requête soit accueillie.

Le moins qu’on doive réclamer tant que l’élevage mercenaire à distance subsistera,, c’est le transport dans des compartiments dûment aménagés, aseptiques, pourvus des ustensiles strictement indispensables; trop d’enfants meurent, sinon en route, du moins à leur arrivée en nourrice.

Depuis l’interdiction du biberon à tube jusqu’à l’emploi de la balance, combien de mesures à prendre pour que la surveillance médicale ne soit pas illusoire, pour qu’elle ait lieu d’après les procédés scientifiques de pesage, pour que le lait stérilisé soit la boisson de remplacement toutes les fois que la source mammaire sera tarie! L’extension du rôle du médecin inspecteur est la clé de voûte de toute la réforme.

Une visite mensuelle du médecin, dans l’hypothèse où elle a lieu réellement, n’offre pas des garanties suffisantes dans les premiers mois de la vie. En tenant compte des possibilités, des difficultés de service, un enfant au sein doit être vu deux fois par mois, un enfant au biberon trois fois par mois dans les six premiers mois. C’est sans contredit une question

d’argent, mais aucune dépense n’esl plus productive, puisqu’elle a pour résultat et pour profit un sauvetage d’entant en péril.

Il est assez malaisé d'évaluer avec précision le bien accompli par la loi Roussel en dépit de ses lacunes et de ses imperfections. M. le D'' Armaingaud lui attribue un abaissement de mortalité de 20 à 8 p. 100 parmi les enfants du premier âge.

D’après les estimations officielles, la mortalité des nourrissons confiés à des nourrices de campagne était en 1789 de 91, en 1815 de 75, en 1824 de 60, en 1874 de 51,6 p. 100 à Paris et même de 75 p. 100 dans quelques départements. L’hécatombe était effroyable. Où en sommes-nous aujourd’hui? Les statistiques manquent de solidité ; elles accusent néanmoins un progrès sensible.

Avant la loi (1857-1866), sur lOOO enfants nés vivants, 204 succombaient dans le cours de la première année; après la loi, suivant M. Henri Monod, de 1877 à 1886, celte mortalité, en moyenne, n’était plus que de 165,9

M. le D'’ Lédé affirme qu’avant la loi Roussel la mortalité des enfants en nourrice était de 60 p. 100 et qu’elle est réduite aujourd’hui à 20 p. 100. Le D' Jacques Bertillon objecte au

contraire que le chiffre d’une mortalité générale de 60 P. 100 pour les enfants en nourrice n’a jamais été observé. Le D‘’ Prompt, allant plus loin dans le doute, estime que les enfants en nourrice ne meurent ni plus ni moins que les autres, le taux de mortalité de 20 p. 100 pour la première année de la vie étant à la fois constant et général; il n’en pense pas moins que cette mortalité est réductible, étant donné que les tables servant aux calculs des compagnies d’assurances françaises ne donnent plus qu’une mortalité de 4 p. 100 dans la clientèle aisée qui est la leur,

Quelle que soit l’incertitude des statistiques, la preuve est faite que la loi Roussel, sévèrement appliquée, est salutaire et profitable. A plus forte raison aura-t-elle des avantages amplifiés le jour où elle aura été consolidée par les amendements que tous les juges compétents sont d’avis de lui apporter. Il n’est pas jusqu’au bureau de nourrices lui-même qui ne soit appelé à disparaître au profit d’offices de renseignements créés sur le modèle de celui qui existe dans les Vosges.

Il s’en faudra certes que l’industrie nourricière, même sévèrement réglementée, doive être considérée comme normale dans un état supérieur de civilisation; le remplacement

maternel est en soi un non-sens ; il est la résultante des mœurs et la loi n’a pas de prise sur lui. Ce que la société peut faire, c’est mettre les conditions les plus rigoureuses à 1 ’exercice d’une profession d’où dépend en grande partie le relèvement de population d’un pays.

Toutes les faiseuses d’anges, toutes les pourvoyeuses de cimetières, n’ont point disparu.

L’ignorance, la cupidité, la routine continuent à faire des coupes sombres parmi les jeunes générations. Il y a des villages où, comme au temps de Brochard et de Monot, on fait des petits morts, suivant la forte expression de Zola. Le scandale dure sans provoquer l’indignation, sans susciter un émoi profond.

Il n’y a qu’un moyen de mettre un terme à ces tueries, tant que l’industrie nourricière n’aura pas été abolie, c^est d’organiser fortement, d’une manière obligatoire, la surveillance médicale de tous les enfants élevés en dehors du domicile de leurs père et mère, de tous les enfants de nourrices sur lieu, de tous les enfants illégitimes, et, par voie d’extension progressive, de tous les enfants élevés au biberon, de tous les nourrissons du premier âge visités par le médecin de famille ou par le médecin officiel.

Les reproches d’inquisition apparaîtront;

des scrupules exagérés d’individualisme accueillent à leurs débuts toutes les tentatives interventionnistes, quelles qu’elles soient.

Lorsque la loi Roussel obligatoire et vivifiée donnera la supériorité aux enfants mis en nourrice, il faudra bien se préoccuper du sort des enfants de mères secourues, de mères nécessiteuses livrées à elles-mêmes; l’enquête médicale et démographique mettra en lumièrela nécessité d’étendre à l’armée entière des innocents les mesures de protection et de sollicitude prises par l’État pour préserver un certain nombre d’entre eux du massacre.

L’élevage mercenaire, dûment surveillé, ne vaudra pas l’allaitement maternel; il restera toujours un pis aller; au moins ne sera-t-il plus comme avant la loi de 1874, comme aujourd’hui encore, une des principales sources de dépopulation de la France. C’est assez dire que la révision de la loi Roussel, accomplie sous les auspices de son illustre auteur, est au premier rang des mesures essentielles de puél’iculture nationale.

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Le programme est vaste, l’effort complexe pour protéger l’adulte contre les causes accidentelles de déchéance et d’usure. C’est par l’association pour la vie, par un redoublement de solidarité, par une application croissante des découvertes scientifiques, en un mot par l’hygiène sociale érigée en science du gouvernement, que la part des maladies évitables sera progressivement réduite. C’est la lutte angoissante de l’humanité contre la misère et contre l’égoïsme.

Contre les excès réductibles de la mortalité infantile, le plan de campagne est facile à dresser. Il n’y a pour ainsi dire plus de données inconnues. Les moyens d’intervention sont nombreux, variés ; ■ aucun d’eux n’est inaccessible.

Les progrès de la civilisation ne ramènent

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point l’homme en arrière, ils ne lui imposent pas de rançon. L’auteur de la Philosophie de la Longévité, M. Jean Finot, a démontré que la moyenne de notre existence ne cesse de grandir et nous ne sommes qu’à l’aube de la révolution microbienne. La défense contre les maladies s’ébauche à peine, les découvertes de Pasteur et de ses élèves ouvrent à l’optimisme des perspectives presque illimitées. La découverte de l’évitabililé de certaines maladies ; tuberculose, diarrhée infantile, fièvre typhoïde, variole, etc., a bouleversé de fond en comble la conception du rôle de l’État au double point de vue de l’hygiène et de l’assistance. Jusqu’à la fin du xix“ siècle, jusqu’à Pasteur, la prophylaxie sanitaire officielle se réduisait à la résistance aux maladies épidémiques, pestilentielles et exotiques, peste, choléra, fièvre jaune. Les épidémies permanentes, à l’exception de la seule variole, avaient libre passage et circulation, et elles apparaissaient comme une dîme, prélevée impitoyablement par le destin sur les sociétés humaines.

A partir du jour où la science a permis de prévenir, c’est-à-dire d'éviter, ces maladies meurtrières, un devoir nouveau a surgi, non seulement pour les individus, mais pour les gouvernements elles administrations.

La puissance féconde de l'hygiène moderne .

est loin d’ètre reconnue par l’opinion publique, par l’opinion dirigeante elle-même. Les pouvoirs publics ne se rendent pas encore compte de l’énorme moyen d’action que la science met ■ entre leurs mains. Les préjugés ont la vie dui’e et le scepticisme est le mol oreiller de l’égoïsme.

Il est bien vrai que le respect des lois de l’bygiène collective est de nature à accroître les dépenses publiques; il est bien vrai que la reconnaissance de l’hygiène sociale conduit nécessairement à l’extension des services d’assistance sociale. L’une et l’autre conséquence doivent être envisagées, bravement, acceptées de plein cœur.

Il y aura, du fait de l’hygiène sociale appliquée aux adultes comme aux enfants, une aggravation de charges pour la communauté politique et administrative. Quelle que soit l’élévation de dépense, elle ne sera pas payée trop cher si elle a pour résultat et pour compensation un arrêt de dépopulation pour les peuples en voie de décroissance numérique et la France est hélas! dans celte situation inquiétante au plus haut point.

Les graphiques sont plus éloquents que les chiffres eux-mêmes; ils montrent aux yeux l’infériorité de la France sur le terrain de la

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population. Voici les chiffres comparatifs de l’excédent des naissances sur les décès, d’une part en 1861-70, et de l’autre en 1898, pour rAutriche-Hongrie, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, la Russie et la France.

Pendant la période de 1861 à 1870, cet excédent était pour l’Autriche-Hongrie de 7,16 p. 1.000 habitants ;' pour l’Italie de 7,26; pour l’Allemagne de 10,33; pour l’Angleterre de 12,18; pour la Russie de 12; pour la France de 2,57.

En 1898, le même excédent s’élève pour l’Autriche-Hongrie à 10,60; pour l’Italie à 10,70 ; pour l’Allemagne à 15,60 ; pour l’Angleterre et la Russie à 11,20; pour la France à 0,81.

Le rapprochement est instructif, il justifie les alarmes des démographes qui dénoncent, depuis de longues années, le péril national du dépeuplement de la France.

En se plaçant au seul point de vue de la défense nationale, la comparaison entre l’Allemagne et la France se passe de commentaires.

Le patriotisme le plus avisé ne permet pas de s’abstraire de ce tableau comparatif dont l’influence sur les registres du recrutement militaire éclate aux yeux.

Dans la paix ou dans la guerre, les peuples

les plus forts, les nations les pins prospères, ont le plus grand excédent des naissances sur les décès.

Accroissement de natalité, diminution de mortalité, tels sont les deux termes du problème redoutable à résoudre pratiquement, en' dehors de toute illusion systématique, dans les limites où il peut l’être par la volonté de l’homme.

C’est par la division du travail et la sériation des efforts que le mal de la dépopulation sera le plus efficacement combattu.

Il est avéré que des avortements et des infanticides affaiblissent l’apport de vies humaines; il est non moins certain que l’assistance maternelle, dont nous avons essayé de poser les bases et de décrire le fonctionnement, augmentera le nombre des naissances vivantes. Premier profit dont il est impossible d’évaluer l’importance; fût-il modique, il ne serait pas négligeable pour autant, surtout en raison de son caractère humanitaire et de son aspect réparateur.

Il est établi par des faits constants, des observations sûres, des statistiques irrécusables, que le plus grand nombre des décès du premier âge sont évitables, qu’ils sont le fruit de l’ignorance et de la misère, qu’ils tiennent

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pour une part à Vabsencè de soins maternels, pour l’autre à des altérations du lait. La protection des mères et l’assistance des nourrissons, convenablement organisées par tous les moyens que nous avons passés en revue, élèveront d’un seul coup et comme par enchantement lés chances de vitalité des nouveau-nés et des enfants d’un jour à un an. D’un seul bond, la colonne générale des morts s’abaissera, le gain de population sera considérable.

Il n'y a pas la moindre utopie dans cet espoir; les essais locaux, partiels, de puériculture hygiénique et philanthropique démontrent avec une clarté lumineuse l’efficacité souveraine d’une lutte méthodique contre la mortalité infantile.

Cette conviction ardente des médecins, des hygiénistes, des philanthropes n’a pas encore pénétré dans les masses populaires, elle se heurte même à l’inertie gouailleuse des hommes du monde et d’un grand nombre d’administrateurs et de législateurs.

Hélas! quelle leçon faudra-t-il aux indifférents et aux sceptiques pour comprendre la gravité du mal et pour adhérer aux mesures de salut public et d’intérêt national que le patriotisme suggère et que l’humanité ratifie?

Quelles que soient les résistances à vaincre.

l’œuvre est si noble et si pure qu’elle ne permet pas le découragement et qu’elle exige, au contraire, une propagande infatigable, un prosélytisme sans relâche. La France, la plus haute personne morale qui soit au monde, vaut bien qu’on lui consacre cet apostolat nécessaire et que les éducateurs de toute condition, les dirigeants de'tout grade, fassent assaut de dévouement et de zèle pour enrayer la dépopulation, c’est-à-dire la déchéance, ne fût-ce que par lé sauvetage et la préservation des enfants menacés de mort évitable.

Cette œuvre de patriotisme et d’humanité réclame impérieusement la coopération des efforts privés et publics, elle appelle aux armes contre la mortalité infantile toute la nation debout et unie, comme aux jours de danger public et d’invasion du territoire.

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