‹ Dépopulation et puéricultureChapitre 15 sur 16 · LE PATRONAGE DES ENFANTS EN RAS AGE · texte numérisé non relu

LE PATRONAGE DES ENFANTS EN RAS AGE

de daines visiteuses des enfants élevés au domicile de leurs parents, répond à un besoin impérieux.

La genèse des maladies infectieuses est établie, la médecine préventive acquiert chaque jour plus d’importance et la lutte méthodique contre la mortalité infantile évitable est théoriquement facile.

A côté de la loi Roussel, fortifiée par des amendements nouveaux, des milliers d’enfants •sont livrés sans défense aux microbes malfaisants. L’heure n’est peut-être pas proche où ces enfants, élevés sous les yeux de leurs mères, seront l’objet d’une surveillance médicale officielle .

Ce que ne fait pas l’Etat, l’initiative privée a le devoir de l’entreprendre, au besoin même pour le complexe l’Etat et de la commune, avec une sorte de délégation officieuse.

En dehors même des enfants assistés par la bienfaisance publique, secoitms par les sociétés charitables, il y a des nourrissons à protéger contre un mauvais élevage, à sauver littéralement de la mort.

Comment découvrir des erreurs monstrueuses, des fautes criminelles, de véritables crimes d’infanticide par imprcidence et par ignorance ou bien par misère, si une înspec-

268 DÉPOPULATION ET PUERICULTURE lion discrète n’a pas lieu? Et, à défaut d’un certificat médical obligatoire, aucun visiteur n’est plus qualifié qu’une dame patronnesse experte, intelligente, qui voit les lieux et examine l’enfant. Il est possible, il est probable même qu’une simple visite suffise à elle seule cà redresser certaines erreurs; la dame patronnesse ne se découragera pas à un premier échec ; elle offrira le conseil gratuit d’un médecin, elle décidera la mère à conduire son bébé à une consultation de nourrissons et elle aura, suivant toute apparence, la récompense de sa bonne action par une victoire remportée sur la routine et les préjugés.

La dame patronnesse saura de quel côté diriger la mère nécessiteuse, à quel appui faire appel; elle aura charge d’existence et elle ne négligera rien pour mettre hors de danger, à l’abri des maladies infectieuses du tube digestif et de l’appareil respiratoire, le, poupon frêle en état d’insécurité. Et quelle joie pour une lomme de cœur d’avoir contribué au sauvetage d'un ou de plusieurs enfants !

Au lendemain de la guerre de 1870, le président d’une société protectrice de l’enfance du canton de Pontoise, M. Serré-Depoin, engageait ses concitoyens, en 1872, à sauver chaque année' dix, vingt enfants. « Songez-y bien.

LE PATRONAGE DES ENFANTS EN BAS AGE 269 Messieurs, disait-il, dans dix ans c’est deux cents jeunes gens bien robustes que nous aurons conservés à la famille et à l’Etat. Calculons ce que trois mille cantons de France, nous imitant, donneraient d'hommes nouveaux dans vingt ans à la patrie : une population de cent mille individus tirée du néant, une armée. » Et, très heureusement, l’orateur patriote et philanthrope glorifiait cette armée conquise sur la mort non naturelle, strr la mort inexorable^ sur ce que nous appelons aujourd’hui, à la lumière des travaux de Pasteur, la mort évitable.

Cette joie était réservée au Patronage des enfants en bas âge à la crèche et à domicile, fondée à Levallois-Perret (Seine) par Octave Allaire. Les fondatrices avaient commencé par le patronage des enfants à la crèche ; elles eurent l’ambition de faire plus et mieux et elles se formèrent en société ayant pour objet de venir au secours des femmes veuves, délaissées, ou des familles chargées d’enfant«, à la condition que dans ces familles se trouve un enfant âgé de moins de trois ans. Le Patronage de Levallois-Perret ne secourt que les mères qui gardent leurs enfants à domicile ou celles qui les mettent à l’asile. Des bons de lait, de bœuf, de charbon, de savon, d’objets de vêtement sont remis après

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enquête aux l'amilles assistées. Pendant l’année 1898, 266 familles ont été secourues, 394 enfants ont été effectivement protégés.

En huit ans, la mortalité des enfants du Patronage a été en moyenne de 4 p. 100, tandis qu’au contraire le taux mortuaire des enfants de cette ville industrielle s’élevait à 22 p. 100; c’est donc un profit ou un gain dé 18 enfants sur cent à l’actif de la Société; en huit ans, pour deux miUe secourus, le sauvetage peut être évalué à 360 enfants.

Et ce qui vient confirmer les comptes rendus du Patronage, les illustrer en quelque sorte, c’est la constatation faite par MM. Palestre et Giletta de Saint-Joseph, dans leurs études statistiques, de la diminution de la mortalité infantile à Levallois-Perret.

L’exemple est au plus haut point encourageant ; il est éloquemment suggestif et probant ; il a déjà gagné la, ville de Conrhevoie où s’est constituée la Société des dames patronnesses des écoles maternelles et de la crèche. Mesdames Le Chippey et Vigouroux, avec l’appui de la municipalité courbevoisienne, ont jelé les bases de la nouvelle Société, déjà florissante, pour secourir les femmes en couches et les enfants au-dessous de trois ans, par une distribution à domicile de linge, layettes, médi-

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