L'ABANDON SECRET
En conformité de ce vote, l'avis suivant est affiché dans la salle d’attente- du bureau d’admission de l’hospice de la rue Dcnfert-Rochereau ; « Toute personne qui présentera un enfant en vue de l’abandon est avertie que des questions vont lui être posées dans l’intérêt de l’enfant, mais qu’il lui est loisible de ne pas répondre ou de ne- fournir qu’une partie des renseignements demandés. La production du bulletin de naissance ne sera pas non plus obligatoire. » ■ ■
Les facilités d’abandon nn sauraient être plus grandes. Non seulement les enfants d’origine mystérieuse peuvent être inscrits, sur les registres de l’état civil comme nés de père et mère non dénommés, mais encore ils sont accueillis à Paris sans bulletin de naissance, sans interrogatoire d’aucune sorte. Le' sauvetage de l’enfance prime toutes les autres considérations; le co'nseil général de la Seine, très conscient de son œuvre, a mis au-dessus du souci des finances départementales le - salut d’une existence d’enfant parisien ou provincial. Français ou étranger, quels que puissent être les inconvénients d’une hospitalité sans limites.
v A toute heure de jour et de nuit, la petite porte de l’hospice dépositaire des Enfants-
Assistés est accessible aux visiteurs; à toute heure de jour et de nuit, le bureau d’admission est ouvert; une dame déléguée, dont le tact et le dévouement sont éprouvés, reçoit sans témoins les déposants.
Le bureau secret poss^e tous les avantages du tour sans avoir aucun de ses défauts; il ne se prête pas à la remise de cadavres, il n’expose pas la vie d’enfants chétifs à qui un refroidissement serait fatal. En revanche, il a sur le tour une supérioi’ité marquée, éclatante, indiscutable.
Un coup de désespoir amène souvent à l’hospice dépositaire des parents qui sont hors d’état d’élever un nouveau venu; la misère est le générateur le plus puissant d’abandon. A la place d’un instrument passif sans yeux pour voir et sans bouche pour révéler, la mère prend contact avec une personne humaine, avec une femme compatissante ; elle n’hésite pas à parler, à dire le motif de sa résolution désespérée. Une parole de sympathie hémeut, une promesse de secours la réconforte et lui rend le courage évanoui.
Si celte malheureuse reçoit l’assurance que, pendant un'an, dix-huit mois, pendant la période la plus difficile de l’élevage, un secours mensuel lui sera délivré, l’horrible hantise