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Depuis

Ce volume de vers n'est pas ee qu'on entend d'ordinaire par un volume de vers, c'est-à-dire un recueil de pièces sans autre lien entre elles que la façon de voir et de rendre de l'auteur : celles dont il se compose forment une sorte d'autobiographie.

Dans un volume précédent, j'ai raconté ma vie jusqu'à la Révolution de Février. Celui-ci contient ce que j'ai l'ait, s enti et pensé ■< depuis ».

Mai 1894.

KNTRÉE DANS L'ACTION

Alors, nous étions tout l'un pour l'autre. Les choses Du monde se passaient ailleurs. L'été venu, INous allions nous aimer et respirer les roses Dans un bourg inconnu.

Oh! quel oubli profond de la ville lointaine Quand, dans le cher sentier qui moule vers le bois. Tu remplissais tes mains à la claire fontaine Et lu me disais : Bois I

Comme ils étaient charmants au lever de l'aurore Les prés que notre amour plus qu'elle ensoleillait ! Et, tiens, dans ce moment, il me semble être encore A la nuit de juillet

Où, radieusement par la lune éclairée, La Seine nous montra le magique tableau Du passage des bricks et des chasse-marée Noirs dans l'argent de l'eau.

L'hiver nous ramenait à Paris. Alors, l'âtre Brillait. Nous nous serrions l'un contre l'autre. Au lieu Du bois et du soleil, nous avions le théâtre Et la rampe de feu

Dont la lumière crue, et quelquefois cruelle Nous donnait de la vie et de l'humanité Une image idéale ensemble et plus réelle Que la réalité.

D'autres soirs, nous prenions un livre, roman, drame, Epopée. Et, riants ou bien les yeux en pleurs, Les poètes divins nous parlaient, et notre âme S'agrandissait des leurs.

Ils nous versaient le beau de haut à coupe pleine. Les morts vivaient; Milton nous emparadisait ; Comme le mont a l'aube, Homère avait Hélène; Eschyle nous disait

Le dieu du jour plaidant devant l'Aréopage Contre le talion, cet éternel boucher; — Et nous sentions, penchés tous les deux sur la page, Nos têtes se toucher.

Ainsi, de poésie et d'amour éloilée, Notre existence en paix coulait, quand brusquement Il s'est fait dans Paris un grand bruit de mêlée, Puis un écroulement.

C'était un trône encor que le peuple en furie Ecrasait aux pavés... le peuple, jusque-là Vaguement entrevu dans notre rêverie.

Alors, il nous parla!

Je sus que sa colère était de la souffrance Et que tous peinaient dur, du couvreur au mineur, Et le remords me prit de notre indifférence Et de notre bonheur.

La vie était pour nous, à chaque heure qui sonne, Si douce et souriait si bien aux. amoureux Qu'il ne nous venait pas à l'esprit que personne Put être malheureux.

.Nos deux cœurs, que le lendre hymen qui les enlace Porte à croire que lout est dans l'état normal, Étaient si pleins d'amour qu'il n'y restait plus place Pour la haine du mal.

Chacun se doit à tous. Que tous les maux soient nôtres ! Ayons pour idéal de faire un peu de bien. Ce n'est qu'en travaillant au bien-être des autres Ou'on mérite le sien.

Désormais j'appartiens aux souffrants, je partage Leur lutte, et nous avons le droit d'être joyeux, VA nous ne pourrions pas nous aimer davantage, Mais nous nous aimons mieux.

La lutte sera rude et peut-être mortelle; Demain sera bon, mais le présent est mauvais: Il semble par instant que l'avenir appelle A son secours. J'y vais !

Tu me mépriserais si, lorsque tout s'embrase, Lorsque le tocsin crie au feu, lorsque les cieux SVmpourprent, je restais abîmé dans l'extase De contempler les yeux.

Je suivrai le devoir à quoi qu'il me convie ; Je me jette sans peur dans le gouffre enflammé : Je peux mourir, j'aurai vécu toute la vie, Car tu m'auras aimé.

Avril 1848.

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