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LA HUITIÈME FÉE

Considère ce qui se passe. Un homme a pris

La France en traître. Avant, on l'avait en mépris,

11 était ridicule; une nuit de décembre,

Il s'insinue, à pas étouffés, dans la chambre

De la loi, la viole et l'étrangle : aussitôt

Ceux qui le méprisaient et le raillaient tout haut

L'acclament; ce n'est pas seulement épouvante,

C'est admiration; l'armée est sa servante,'

La justice se met, quand il passe, à genoux,

Et l'Église lui dit : Seigneur, bénissez-nous!

Et quels sont les heureux du monde? ses complices.

Aux lâches les honneurs, aux vaillants les supplices.

Aux sacripants dont s'est aidé le guet-apens,

Aux pleutres que toujours le succès voit rampants

Les grades, les emplois, les croix, les ministères,

Les ambassades, tout; aux citoyens austères

Qui, sans peur de la mort, ont chargé leur fusil

Pour défendre le droit et le peuple, l'exil

Et la misère, — et pour comble l'ingratitude

Du peuple, car il est l'immense multitude

Et pourrait d'un seul coup de son talon broyer

Cet empire de honte et rendre leur foyer

Aux proscrits ! . . . — C'est de là qu'un fils venant à naître,

Il faut choisir pour lui du bien ou du bien-être

Et que nous doterons nos élus de malheur

Tant que plus malheureux voudra dire meilleur.

LE PÈRE

Fais mon fils excellent, mais non pas imbécile! Si ceux pour qui les bons font tant qu'on les exile Sont ingrats, pourquoi donc combattrait-on du bras Ou de l'esprit pour eux?

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