À MADAME
La montagne parfois cache en ses rudes flancs
Une fraîche vallée, Surprise de verdure aux pics, aux gouffres blancs,
A la foudre mêlée.
Bois, eaux vives, rayons, c'est la fête des yeux;
L'herbe de fleurs est pleine; Pour mieux continuer l'escalade des cieux,
Le mont reprend haleine.
Le Devoir est un mont difficile à gravir, Surtout en ces temps rudes
Où l'orage en fureur ne cesse de sévir Oue sur les platitudes.
Beaucoup rampent en bas, humbles adorateurs
De la force mauvaise; Mais il en est dont lame a besoin des hauteurs
Pour respirer à l'aise.
Ils vont! ils sont raillés, calomniés, haïs
Des laquais de Brumaire , Il leur faut tout quitter, sortir de leur pays,
S'arracher de leur mère.
Ils vont! ils vont toujours, laissant sous eux un bruit
De lâches et de traîtres.
L'armée est l'avalanche et l'empire est la nuit.
Et quels corbeaux, les prêtres!
Idéal, avenir, lumière, liberté,
Leur volonté tenace Vous atteindra là-haut! Le roc est irrité
Et l'aigle les menace;
Ils vont! Les appétits lèchent l'affreux vainqueur;
Ils vont, que leur importe?
La République gît, un poignard dans le conir;
Mais elle n'est pas morte!
Ils la relèveront et la réveilleront,
Et l'heure souhaitée Arrive où l'on verra resplendir le beau front
De la ressuscitée.
Mais le moment est dur! Ils iront jusqu'au bout, Sans qu'aucun se repente;
La raideur croît; la trombe éclate... — Tout à coup, Dans le pli d'une pente,
Ils vous rencontrent! blonde et dorant le chemin,
Ayant des yeux d'aurore, Exilée avec eux hier et qui demain
Risquez de l'être encore;
Et, gracieusement mêlée au grand esprit
Révolutionnaire, Votre jeunesse en fleur semble un jardin qui rit
Dans les coups de tonnerre.