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A LA RÉPUBLIQUE

Te voilà revenue! Enfin! après vingt ans! Nous le leur disions bien que tu n'étais pas morte, Et qu'on te reverrait, et qu'ils perdaient leur temps A te fermer la porte !

Ils souriaient. Les coups de fusil sont malsains. Ils racontaient gaîment l'effet des projectiles Et qu'ils savaient assez leur métier d'assassins Pour être bien tranquilles.

Puis, très profondément, par un beau jour d'hiver Et les prêtres chantant sous la voûte céleste, Ils avaient enterré ton cadavre, et le ver S'était chargé du reste.

Ils ne remarquaient pas que de tout temps tu fus La mal assassinée et la mal enterrée.

On a de bons canons fermes sur leurs affûts ; On raille; la curée

Des places est grouillante au grand jour des flambeaux : On s'assied bruyamment à la table superbe ; Quant aux morts, ils sont morts ; l'oubli sur les tombeaux Croît plus vite que l'herbe.

Et soudain, lorsqu'ils sont bien assis, lorsqu'ils ont Tout, le consentement des foules souffleter-, La justice, l'encens des évoques qui sont Les grands faiseurs d'athées;

Quand ton meurtrier rit de son premier effroi Et demande à sa cour gorgée et famélique : — Qu'est-ce que c'était donc que ce je ne sais quoi Qu'ils nommaient République ?

Quand, las d'attendre en vain sur la tombe où tu gis, Plus d'un qu'on crut vaillant renonce et te renie... La pierre du tombeau se lève, et tu surgis Vivante et rajeunie!

Tu nous es revenue! Oh! mais à quel moment! Ta revanche n'est pas celle qui t'était due! Dans quel lugubre état de dépérissement La France t'est rendue!

Hier, on la regardait avec des yeux jaloux; Nulle tête ici-bas ne dépassait la sienne; Ah! maintenant elle a sur la face les clous De la botte prussienne!

Elle est à terre; oh! comme on lui fut sans merci! Et ceux que ses drapeaux ont couverts de leur aile, Ingrats et vils, laissaient faire... — Mais te voici! Tu te penches sur elle.

Et c'est doux de te voir, sous ce ciel inclément, Prendre ta pauvre sœur comme on te l'a laissée, Et la ressuscitée essuyer doucement Le sang de la blessée.

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