‹ DepuisChapitre 37 sur 37 · DANS LE CIMETIÈRE DE VILLEQUIER · texte numérisé non relu

DANS LE CIMETIÈRE DE VILLEQUIER

Lorsque j'étais petit, quand tu m'avais le soir Couché dans mon berceau, je te voyais t'asseoir Tout contre et, doucement sur moi penchée, attendre Que je fusse endormi, souriante et si tendre Que mes rêves n'étaient qu'anges et paradis.

Comme tu te penchais sur mon berceau jadis, C'est moi qui maintenant me penche sur ta tombe.

Pourquoi, mère bénie, à l'heure où la nuit tombe, Yiens-je m'agenouiller en ce lieu, comme si J'allais t'y voir? Je sais que tu n'es pas ici, Que ce qu'un jour d'hiver, par un ciel sans lumière,

J'ai douloureusement couché sous cette pierre

Est ce qui meurt de nous et que c'est autre part

Que tu vis — si tu vis ! Oh ! depuis ton départ

Que de fois, du soleil levant à la nuit noire,

Ma pauvre raison flotte entre douter et croire!

Je veux croire ! Je veux que tu vives ! Je crois !

Oui, vous cinq dont les corps sont gisants sous ces croix,

Et les cinq de Graville, et tous ceux que je pleure,

Je vous retrouverai quand ce sera mon heure...

— Puis le doute revient brusquement me saisir.

Si ma croyance, hélas! n'était que mon désir!

Si c'était l'éternel adieu que le glas sonne ?

Non ! vous vivez ! Tu vis, mère ! Où? comment? personne

Ne le sait ; mais tu vis, j'en ai la douce foi ;

Et quand, croyant ainsi me rapprocher de toi,

Je reviens à la place où nous t'avons laissée,

Quelque chose me dit qu'une même pensée

Ty fait de ton côté venir en même temps,

Et que, si tu ne peux te montrer, tu m'entends.

Ne te reproche pas de m'avoir mis au monde. J'ai sans doute eu des jours de tristesse profonde Où j'aurais aimé mieux n'avoir jamais été;

A PARIS ET A V1LLEQUIER. 22:i

Mais combien d'autres jours où j'aurais arrêté

Le temps et qui faisaient l'existence si belle

Que j'aurais souhaité qu'elle fût éternelle !

D'abord, tu m'as donné cette immense douceur

De t'avoir, et mon père, et mon frère, et ma sœur,

Et tout ce dont mon cœur est plein, — et puis la joie

D'admirer, de sentir, quand le couchant flamboie

Ou devant un des grands poèmes, se mouiller

Mes paupières, — et puis celle de travailler,

De produire, d'avoir le théâtre et le livre

Pour y chercher le grand et le beau, de poursuivre

Un idéal que j'ai quelquefois cru tenir,

Et d'avoir le journal pour hâter l'avenir,

Pour pouvoir de plus près, dans mon humble mesure,

Gêner les trop puissants, aider ceux qu'on pressure,

Venir en aide au droit, et, si j'ai réussi

A faire quelque bien parfois, mère, merci !

Pourquoi ne fait-on pas que du bien? C'est le rêve. Mais quand la passion vous prend et vous enlève, Comment lui résister? On devient son valet, On fait ce qu'elle veut, on est ce qu'il lui plaît,

■1-l't DEPUIS.

Toute velléité de lutte est disparue, On ne voit que l'objet du désir, on s'y rue Éperdument ; on a des plaisirs achetés Par tant de trahisons et tant de lâchetés Qu'on rougit d'être heureux ! Et puis la jalousie Vous saisit et vous souffle au cœur sa frénésie, Et vous martyrisez un doux être opprimé, Et vous le punissez de vous avoir aimé!

Mais si, dans la chaleur du sang que rien ne dompte, J'ai pu subir parfois des accès dont j'ai honte, Au moins je n'ai jamais fait de mal froidement. Quand, pour m'ètre insurgé contre le faux serment Et pour avoir voulu barrer la route au traître, Des magistrats lécheurs de la botte du maître, Oubliant qu'ici-bas les destins sont changeants, M'ont six mois privé d'air et de jour, quand des gens Dont j'avais droit d'attendre un peu de gratitude M'ont blessé dans ma vie ou dans mon œuvre, oh ! rude Fut mon premier moment de colère, et, mauvais, Je ne leur aurais pas fait grâce, et je n'avais Pour envie, enragé de leur vile morsure, Que de les en pouvoir payer avec usure; Mais j'ai, quand je l'ai pu, cessé de le vouloir; N'ayant qu'à dire un mot pour la leur revaloir,

A PARIS ET A ViLLEQUIEH. 22;

Plus d'une fois il a suffi que je les visse .Malheureux pour leur rendre une injure en service.

Et sachant par moi-même à quel point l'homme est prompt

Au mal, je ne suis pas de ceux qui se rueront

Sur les fautes d'autrui. Qu'une femme tombée

Cherche à se relever, quand plus d'un inhumain

La repousse du pied, moi je lui tends la main.

J'ai pour religion de ne damner personne.

La société frappe à tâtons, emprisonne,

Décapite des gens qui pourraient bien souvent

Lui dire que leur faute est la sienne. Trouvant

Du mal dans le meilleur et du bien dans le pire,

Réfléchissant, voyant les excuses, l'empire

Des sens, des appétits, des exemples malsains,

De l'ignorance, nuit propice aux noirs desseins,

Et de l'hérédité qui coule dans les veines,

Je tâche d'adoucir la dureté des peines.

Et j'ai vécu, luttant, croissant, acquérant; mais Combien j'en ai perdu des êtres que j'aimais!

Oh ! comme je voudrais, mère, père, à cette heure

Où le travail a fait ma fortune meilleure,

Pouvoir vous rendre un peu de ce que je vous dois î

Oh ! si je vous avais chez nous comme autrefois !

Mais c'est l'infirmité de notre destinée :

On naît chétif ; la mère, attentive, obstinée,

Voulant qu'on vive ! estlà ; que de nuits sans sommeil!

Et l'enfant pâlissant devient l'enfant vermeil;

Et, pour nourrir l'enfant et la mère, le père

Navigue, et, que le temps soit hostile ou prospère,

Par les midis brûlants et par les nuits d'hiver,

Par la lame en fureur dont le pont est couvert.

Par la rage du vent qui casse la mâture,

Il va chercher le pain, — puis l'autre nourriture

Quand on grandit ; cela coûte, l'instruction,

Mais le père et la mère ont cette ambition

Que leur tîls soit de ceux qui savent et qui pensent.

L'argent qu'il faut, quel temps et quel cœur ils dépensent

L'un à le gagner, l'autre à l'économiser!

Que de choses tous deux ont dû se refuser

Qui leur plaisaient, cher père! ô mère bien-aimée!

Tout ce qu'on a, santé, bien-être, renommée,

Intelligence, est fait de leurs privations.

Oh ! comme ils étaient seuls lorsque nous les quittions

Pour le lycée et puis pour suivre notre voie !

A PALUS ET A VILLEQUIEU.

Et, quand le jour arrive où l'on pourrait, ô joie !

Leur donner à son tour, quand il serait si doux

De leur dire: Tout est de vous! tout est à vous!

Prenez ! et de n'avoir po" • rêve et pour étude

Que de les entourer de la sollicitude

Dont ils nous entouraient quand nous étions petits,

Quand on pourrait les faire heureux, — ils sont partis !

Sans même avoir connu le succès de leur peine!

Et l'on prend en remords et par moments en haine

Ces injustes bonheurs de la vie ou de l'art

Qui sont leur œuvre et dont ils n'ont pas eu leur part !

Ma mère avait sa chambre à côté de la mienne. Le matin, j'entendais qu'on ouvrait sa persienne, Et de mon lit, les yeux éveillés à demi, .Je lui criais : Bonjour, mère! as-tu bien dormi? Et rien que sa réponse : Et toi? m'emplissait d'aise; Car nous avions subi plus d'une heure mauvaise, Et mon père et mon frère et les deux beaux petits Et d'autres, tant des miens étaient déjà partis Et j'avais tellement peur de la voir les suivre Hue tout mon cœur sautait à la rentendre vivre Et qu'après tant de chers êtres perdus j'avais Comme l'impression que je la retrouvais!

(Juand je rentrais trop lard pour qu'elle eût pu m'atlendre

Et quelle était eouchée et dormait, quel soin tendre

Je prenais de ne pas la réveiller, marchant

Sur la pointe du pied et vite me couchant

Après avoir fermé doucement ma croisée,

Pour que le lendemain la trouvât reposée!

Ah! maintenant je peux marcher d'un pas pesant

Sans troubler son sommeil! dans son lit d'à présent,

Quelque bruit qui se fasse, on dort sa nuit entière.

Je me suis assuré ma place au cimetière

Tout contre celle où nous l'avons couchée, afin

De sentir là tout près la mère au cœur divin

Que vivante j'aimais et que morte j'adore.

Et, comme si cela nous rapprochait encore,

Je veux qu'à son tombeau le mien soit ressemblant.

Ainsi, mourir n'aura pour moi rien de troublant, Et ce sera reprendre une habitude ancienne Que de ravoir ma chambre à côté de la sienne.

L'homme et la femme, nus, grossiers, pareils aux bêtes, Sans souci de ce qui rayonnait sur leurs têtes, Sans pitié de ce qui souffrait sous leur talon, Végétaient dans l'Eden. Au dernier échelon Des êtres, le serpent rampait dans les ordures, Et, ses peines étant de toutes les plus dures. Parfois, rageant, debout de son long, l'œil en feu, Il s'efforçait d'atteindre au ciel pour mordre Dieu. Mais il n'en retombait que plus bas dans sa fange.

— Oh! cria-t-il, il faut pourtant que cela change! In jour qu'Eve était seule et rêvait vaguement, Il vint tout auprès d'elle, et dans son sifflement Eve entendit :

— La femme et l'homme sont bien lâches Qu'es-lu? iju'espères-tu? Qu'attends-tu? Tu remâches Toujours la même vie et tu bois le même air: Aujourd'hui c'est demain, et demain c'est hier! Les jours te sont égaux, les nuits te sont léger»-: Tu vas, tu viens, tu dors, tu manges, tu digères, Et, pas plus que le bœuf qui broute le gazon, Tu ne cherches à voir par delà l'horizon. Ah ! malédiction sur ton insouciance !

L'arbre de la science et de la conscience Est là tendant vers toi ses fruits; il ne faudrait Qu'un geste de ta main pour ouvrir le secret, Et tu ne le fais pas! Pourquoi? par peur du maître. Il te l'a défendu. Je crois bien! tu peux être Autant que lui demain, tout de suite! Qu'il soit Peu pressé de cela, la chose se conçoit; .Mais que toi qui peux être à son rang, tu te vautres Dans une intimité plus basse que les nôtres Puisqu'elle est volontaire, et que, pouvant saisir L'inconnu, le futur, le ciel, tout! ton plaisir

L'ARBRE. 23b

Soit de te dégrader... Tiens, moi que ton pied brise, Moi le reptile, Adam et toi, je vous méprise, Brutes qui, pour un mot d'un despote odieux, Restez pourceaux ayant le moyen d'être dieux!

Eve avait écouté d'abord avec colère.

Puis, comme les sommets qu'une aube vague éclaire,

Son front se colora d'une pâle rougeur.

Puis le serpent la vit lever un œil songeur

Vers l'arbre dont les fruits l'appelaient, et, pensive

Longtemps, subitement d'une main convulsive

En saisir un, et, sombre, y mordre!...

Adam trembla Quand il le sut, et dit : — Eve, qu'as-tu fait là? — Je t'ai donné l'exemple! Et, la trouvant plus belle Qu'il ne l'avait trouvée encore, il fît comme elle. Et ce fut dans tous deux un trouble inusité, Un mélange inouï de honte et de fierté, Comme un vautour divin qui leur rongeait le foie, Comme de la douleur qui serait de la joie, Comme une inexprimable ivresse de souffrir, Comme une fusion de naître et de mourir!

Le Dieu d'alors était terrible. Il fit un geste,

Et, se précipitant de la hauteur céleste, Les chérubins, l'éclair d'une épée à la main, Jetèrent nu dehors le pauvre couple humain. Quand Adam fut chassé, quand Eve fut chassée, Sans même avoir besoin d'expliquer sa pensée, Dieu montra l'arbre, et dit : Faites ce que je veux! Et les valets de Dieu, prenant l'arbre aux cheveux, L'arrachèrent du sol, hachèrent avec rage Le branchage sensible aux coups moins qu'à l'outrage, Donnèrent le feuillage à la dent des troupeaux, Firent du tronc superbe un vil tas de copeaux — Ah! tu vas périr, toi, puisque tu les fascines! — Et dans l'immensité lancèrent les racines !

Noé ne trouvait pas le bois qu'il désirait.

Il avait déjà presque épuisé la forêt.

Mais à quoi bon chercher plus longtemps? Quelles planches

Supporteraient le ciel croulant en avalanches?

Donc Noé s'écria : — Renonçons. Je ne vois

Aucun arbre possible.

— Et moi? dit une voix.

— Qui donc parle?

Noé ne vit qu'un arbre énorme, Dont il ne connaissait ni le bois ni la forme, Et qui, haut à sembler près de prendre son vol. Prodiguait une mer de branches jusqu'au sol:

Isolé; ses voisins se tenaient à distance

Par crainte ou par respect. Superbe sans jactance,

Il lançail hardiment dans l'espace son front

Comme pour y venger on ne sait quel affront,

Défiait l'ouragan de ses puissantes masses,

Et paternellement laissait ses branches basses

Tremper dans l'herbe avec la douceur d'un baiser.

Noé ne tarda pas à se tranquilliser Devant ce formidable et tendre solitaire Qui menaçait le ciel et caressait la terre.

La voix reprit : — « Ils ont cru qu'ils m'avaient tué.

.le vis! Je suis celui que tu cherchais. Noé,

Cham, Sem, Japhet, allons, frappez. Souffrir pour l'homme

M'est doux ! Ne craignez pas de me blesser. » Et comme

Ils restaient hésitants et tremblants : — « Frappez donc! »

Et, lorsque leur cognée eut entaillé son tronc,

Lui nouant à l'épaule une corde qu'ils tirent,

Le patriarche et ses trois aides l'abattirent.

— « Bien! la scie à présent, fils, et de la vigueur!

Je voudrais vous verser ma sève dans le cœur!

Sciez, brûlez, clouez! C'est moi qui vous réclame!

Prenez ma chair, prenez mon sang, prenez mon âme!

Faites l'arche! »

Depuis que l'homme avait mordu Au fruit amer et doux de l'arbre défendu, 11 avait tellement grandi de la pensée Que toute la nature en était offensée Et que les éléments, effrayés et jaloux, Voulurent en finir. — Que vient faire chez nous Cet étranger? dit l'eau. Ça ne fait que de naître, Et devant les aînés ça prend des airs de maître! Ce ver nous utilise! et nous y consentons! Terre, il te fait nourrir ses bœufs et ses moutons, 11 te déchire avec sa charrue, il éventre Tes monts majestueux pour s'y creuser un antre, Ou bien, pour se bâtir un misérable nid, Il t'arrache du cœur des morceaux de granit! Et tu fleuris! Et toi, le feu, sans résistance Tu souffres qu'il t'emploie à cuire sa pitance Et, quand le jour s'éteint, à violer la nuit! Aussi, n'étant gêné par personne, il poursuit Ses outrages. C'est peu du sol, il faut que j'aie. Moi, l'affront des radeaux sur lesquels il s'essaie A mes fleuves; pourquoi pas à mes océans? Il y viendrait! Et toi que tes gouffres béants Rassurent contre lui, toi, l'air, qui me regardes De si haut, sois moins fier et tiens-toi sur tes gardes, Car, grâce à nous, il croit tellement tout pouvoir

Que je ne serais pas surprise de le voir Tenter jusque chez toi des routes inconnues Et comme sur mes tlots naviguer sur tes nues! Alors, ses vils talons nous auront tous foulés. Alors, nous cessons d'être. Eh bien, si vous voulez, C'est lui qui va cesser!

Le feu, l'air et la terre Dirent : — Nous le voulons!

— « Mère ! j'ai peur. Fais taire Ce que j'entends ! Oh ! mais j'ai peur! » Un grondement De tonnerre roulait dans tout le firmament, Et contre l'ouragan la porte fut mal close. Et brusquement ce fut comme si quelque chose S'était rompu là-haut et comme si le ciel Se vidait sur la terre! Un jet torrentiel Creva le toit. La mère arracha de la hutte Sa h lie. Mais dehors ce fut pire. La chute De l'effroyable pluie augmentait les ruisseaux. Les rivières, les lacs, les fleuves, et les eaux Commençaient à sortir de leur lit. — « Fuyons vite! » Dit la mère empoignant la fille. Oh! quelle fuite!

Foule. Clameurs. Appels. Par là! Non, par ici! Montons! montons! montons! Mais l'eau montait aussi.

— « Mère, mère, j'ai peur! tu vois bien, l'eau nous gagne! » On s'écrasait. Tant pis pour les vieux! La montagne Etait raide; on était repoussé par le vent

Et par l'averse; l'eau, d'en bas vous poursuivant, Vous rejetant d'en haut, était votre maîtresse; A chaque instant, c'était un pauvre être en détresse Qui, se sentant saisir par le monstrueux flux, Criait à l'aide et puis bientôt ne criait plus. Et quand à tout cela la nuit ajoutait l'ombre! 0 pêle-mêle affreux d'agonisants! Leur nombre Décroissait d'heure en heure; un flot en prenait vingt, Un autre cent. Lutter, à quoi bon? L'instant vint Où plus d'un attendit que l'eau montât le prendre Stupidement assis. D'autres, sans même attendre Qu'elle arrivât, les poings serrés, grinçant des dents, Se retournaient de rage et se ruaient dedans.

— « Lâches ! » disait la mère. On n'était plus qu'à peine Quelques-uns, n'ayant plus même figure humaine.

— « Toi, tu vivras! » Les soirs succédaient aux matins Et les matins aux soirs. L'un après l'autre atteints, Tous misérablement disparurent sous l'onde.

Et la mère et l'enfant furent seules au monde.

— « Tu vivras! » Le talon moins que le cœur saignant,

Tantôt portant sa fille et tantôt la traînant,

Elle montait toujours, toujours, toujours, encore,

Et, ne distinguant plus le soir d'avec l'aurore,

Folle, fauve, enfonçant ses ongles au rocher,

Défiant tout, disant au ciel : Tu peux cracher!

Echevelée, ayant des serpents sur la tête,

Et ne s'interrompant d'insulter la tempête

Que pour rire à l'enfant que sa voix ranimait,

La mère exaspérée atteignit le sommet

Du plus haut mont du monde. Impossible de faire

Un pas de plus. Et l'eau montait. 0 pauvre mère!

— « Tu vivras! je le veux ! » Et quand l'eau fut au ras

De leurs pieds, elle prit son enfant dans ses bras:

Et l'eau montait toujours, et fut à sa cheville,

Et fut à ses genoux ; elle leva sa fille ;

L'eau féroce toucha son ventre, puis ses seins;

Pour soustraire l'enfant aux grands flots assassins,

Elle dressa ses bras de toute leur portée;

L'eau montait, et saisit son cou, puis, irritée.

S'engouffra dans sa bouche; il lui resta les yeux

Dont l'éclair essaya de foudroyer les cieux :

L'eau les envahit, puis le front, puis la crinière:

Et, lorsque la mère eut disparu tout entière,

Lorsqu'elle fut noyée et morte, ses bras morts •

Tinrent encor sur l'eau le pauvre petit corps.

L'eau montait; et l'enfant dut aussi disparaître, Et le vaste linceul couvrit le dernier être, Et de tout ce qui fut il ne resta plus rien...

(Jue l'arche!

— Ah! toi, tu crois me résister? eh bien, Tu vas voir!

Mais ce fut vainement que l'orage Et le vent et la grêle et la foudre et la rage S'acharnèrent; ce fut vainement qu'en hurlant Tout le ciel s'épuisa sur ce bois insolent; Tout sur lui ne fut rien; et l'arche, foudroyée, En proie au noir assaut des éléments, noyée Sous le vomissement du sombre réservoir, N'avait même pas l'air de s'en apercevoir. Si bien qu'après beaucoup de jours et de semaines, Voyant avec fureur qu'elle perdait ses peines, L'eau renonça.

Le ciel s'éclaircit. Le soleil Fut pâle quelque temps, puis redevint vermeil. Quarante jours après qu'avait cessé la trombe, Noé se dit : « Je vais lâcher une colombe Et je saurai si tout est encor d'eau couvert. »

La colombe revint avec un rameau vert

Sur qui Noé porta vite une main ravie,

Car un rameau vivant prouvait un arbre en vie !

L'eau s'en allait! C'était le recommencement

De tout! Noé baisa la branche doucement,

Puis l'admira... — Soudain il crut la reconnaître,

Et se précipita, pâle, vers la fenêtre;

Il n'y fut pas depuis un instant qu'ébloui,

Et prêt à chanceler, il s'écria : C'est lui!

Sem accourut, Japhet après, Cham le troisième.

Noé voyait — tenez — l'arbre étrange, oui, le même

Dont sa hache pourtant avait brisé les os,

Majestueusement surgir des grandes eaux.

D'abord la tête, puis l'épaule, puis le torse,

Puis tout le corps.- Pas même une entaille à l'écorce.

L'arbre sublime avait repoussé brusquement,

Et n'avait éprouvé du noir ruissellement

Qui l'assaillait avec la fureur des revanches

Qu'une plus effrénée éruption de branches

Et qu'un plus violent accès de verdoyer.

On eût dit que, buvant ce qui dut le noyer,

Il avait à sa sève ajouté le déluge!

Et la colombe, ayant indiqué ce refuge,

Y retourna bien vite, et, quand le jour finit,

L'ARBRE. ïï-y

Les rameaux monstrueux berçaient déjà son nid ; Et, faisant signe à ses trois fils, le patriarche Que l'arbre avait sauvé leur dit d'amarrer l'arche Au tronc prodigieux du grand ressuscité. Cela fait, confiants dans sa complicité Et sans peur maintenant que le ciel recommence, Tous les êtres vivants bénirent l'arbre immense Qui, plus fort que le fer, plus doux que le roseau, Décourageait l'abîme et rassurait l'oiseau.

Le peuple de Palos est nombreux dans l'église, Les alcades font signe au notaire qu'il lise. Le notaire royal lit :

— « Peuple de Palos, Tu dois au roi, pourvus de tous leurs matelots, Deux navires. Il t'est enjoint de les remettre, Pour qu'il en ait le libre usage et qu'il soit maître De les conduire aux mers où le soleil descend, A Christophe Colomb, de Gène, ici présent. »

Et la voûte se fût sur les tètes brisée

<Jue la ville n'eût pas été plus écrasée.

Car les eaux du couchant auxquelles don Fernand

La condamnait, on n'en parlait qu'en se signant.

Et ce n'est que tout bas qu'on nommait, même à terre,

Cette mer ténébreuse où la nef solitaire

Voit soudain une main colossale sortir

De l'abîme, la prendre à même, et l'engloutir.

Quand ce n'est pas la main du gouffre, c'est la serre De là-haut; l'effroyable oiseau Rock, ô misère! Vous enlève, broyant le bois, le fer, les os, Et, joyeux, en rejette aux vagues les morceaux! Cette mer est chez elle et ne veut pas de l'homme! Personne n'en revient. Nous n'irons pas! — Et, comme Des oiseaux qu'un chasseur épouvante, le soir Et la nuit qui suivit, les astres purent voir Les navires du port s'enfuir à tire-d'aile Et gagner quelque crique obscurément fidèle, Quelque havre perdu dans un creux de rocher, Où la fureur du roi ne vînt pas les chercher.

Le roi les eût laissés peut-être aux trous des grèves.

Car don Fernand était peu confiant aux rêves

Qui des aventuriers visitent le chevet,

Mais la reine croyait à Colomb, elle avait

La curiosité des choses inconnues,

Et le roi ne savait que baiser ses mains nues.

Donc, un homme, trois jours après ce que j'ai dit, Vint à Palos, fouilla tous les rochers, bondit Sur une caravelle en un trou rencognée, Et, comme une évadée aux cheveux empoigûée Et qu'un geôlier brutal traîne sur les genoux,

L'homme saisit d'un poing plus dur que les verrous

Et traîna dans le port la pauvre caravelle.

Et ce fut chez les gens une terreur nouvelle

Pire que la première et telle qu'aussitôt

Tous dirent : — « Nous devons deux navires. Il faut

Livrer l'autre. » Palos l'offrit, l'autre navire.

Et plus d'un vieux marin retint mal un sourire

En le voyant.

Colomb le regarda, pensif.

C'était une caraque à qui plus d'un récif Avait laissé sa marque et qui semblait très vieille. Que Colomb l'acceptât, c'aurait été merveille. Il la considérait. Sur l'arrière et l'avant, Sur le pont que la vague avait lavé souvent, Sur les mâts qui gardaient des traces de tonnerre, Sur tout, Colomb fixait son œil visionnaire; Il semblait que le bois parlât à son esprit.

Et Christophe Colomb non seulement la prit, La caraque dont tous riaient, mais c'est sur elle Qu'il mit son pavillon. — Et maintenant, qu'il grêle, Qu'il tonne, que la mer se fâche s'il lui plaît, En avant! en avant!

Et la caraque allait,

Solide, droit au but, bravant le vent, la brume,

L'inconnu, recrachant aux lames leur écume,

Impassible, trouvant l'ouragan puéril,

Certaine d'arriver, effrayant le péril,

Refusant d'écouler ce que disait la sonde,

Folle de la lierté de nous donner un monde!

La quille brisait l'eau, les mâts criaient : Allons!

Colomb sentit frémir le pont sous ses talons

Quand, ne voyant après deux mois rien apparaître,

L'équipage sauta furieux sur le maître

C)mme sur le dompteur son tigre qui le mord;

l'ont, quille, mats, son bois n'était certes pas mort;

Les voiles lui faisaient un énorme feuillage;

On aurait dit, à voir l'élan de son sillage,

Qu'en le déracinant on l'avait délivré.

Et lorsque enfin la terre où le front est cuivré

Apparut et qu'on eut franchi l'infranchissable,

Les Indiens, en foule accourus sur le sable,

Se demandaient, tremblant et plusieurs se sauvant,

Ce qu'allait faire d'eux ce grand arbre vivant.

On est à table; on rit; l'existence est sereine;

Un homme entre. Il te montre un papier. Il t'entraîne.

Une porte de fer. Un sombre corridor.

Un escalier. Descends. Descends. Descends. Encor?

Toujours. Baisse la tète. Une effroyable cave,

Ténébreuse, lugubre, où l'humidité bave.

Entre donc! On te scelle au mur. C'est ton logis.

Pour combien de temps? Nul ne te répond. Tu gis

Dans cette nuit, ni mort ni vivant. Veux-tu boire?

Voici la puanteur d'une cruche d'eau noire.

La nuit, si tu parviens à t' endormir, souillé,

Sur un lit d'excréments, tu seras réveillé

En sursaut par des rats qui te mordront la face

Ou par le glissement visqueux d'une limace.

Souhaite de crever! Qu'as-tu donc commis? Rien.

L'ARBRE. -2:;i

Ah! si fait, un couplet contre un ministre. Ou bien Tu n'as pas consenti qu'on instruisit ta fille Au Parc-aux-Cerfs. Voilà ce qu'était la Bastille. Oh! comme brusquement on était enfoui!

Le poids de la Bastille était sur tous. Celui Qu'elle ne prenait pas, elle pouvait le prendre. Même libre, on était prisonnier. Se défendre? Comment! On n'était pas même accusé. Sur leurs Actes, sur leurs projets, sur leur amour en fleurs, Sur leur droit de marcher librement dans la rue, Sur leur félicité par leur travail accrue, Sur leurs petits enfants entre leurs bras, sur eux Tout entiers, tous sentaient cet édifice affreux Qui noircissait le ciel du côté de l'aurore. La Bastille étouffait l'avenir près d'éclore; Elle était la rougeur de Paris; les passants, Troublés, hâtaient le pas sous ses murs malfaisants; Son ombre s'allongeait sur l'âme universelle; Le monde regardait avec terreur vers elle Et tout le genre humain disait : L'enfer est là.

Tout à coup, la prison formidable trembla. Elle voyait planter une maison hardie Qui jour à jour croissait de l'Encyclopédie A la Bibliothèque universelle. Etant

Faite d'ombre, ce grand édifice éclatant

L'emplissait d'une sombre et morne inquiétude.

Elle en voyait déjà le reflet sur Latude.

Quelle menace à l'ombre, aux cachots, au passé,

Une bibliothèque! Au fond de Vin pace

Où gît le genre humain enchaîné, c'est par elle

Qu'une clarté d'espoir à nos peines se mêle;

Par elle qu'en mourant on dit : Je revivrai!

Par elle que le beau, le bon, le grand, le vrai,

La profonde lueur de la cause première,

Jettent dans notre nuit un frisson de lumière

A l'étincellement des étoiles pareil,

Et l'on dit ses rayons comme pour le soleil !

Ses rayons, de quel bois les faire? Quel érable Pour Miguel Cervantes peut être assez durable? Quel cèdre du Liban déracinera-t-on Qui mérite l'honneur de recevoir Platon? Et quel chêne dira qu'il est digne d'Homère!

La Bastille essaya de se moquer : — « Chimère! Qu'est-ce que ton papier peut contre mes gros murs? » Et lorsque, dans le mois où les épis sont mûrs Un matin que Juillet incendiait les âmes, I ne foule parmi laquelle étaient des femmes

L'ARBRE. 2b3

(Et qui s'étonnerait de les voir accourir

Où l'on souffre?) somma les grilles de s'ouvrir.

— Viens y mordre! cria la prison. — Tout de suite!

Dit le peuple, et, marchant au danger qui l'excite,

Il commença le duel où, pour être sans peur,

L'un avait le granit et l'autre avait le cœur.

Mais l'horrible prison bientôt cessa de rire.

Ses huit tours, qu'est-ce donc que cela voulait dire?

Ne la défendaient plus; quelque chose semblait

Aux gueules des canons retenir le boulet;

Les assiégeants sentaient qu'une force inconnue,

Une vague puissance on ne sait d'où venue,

Irrésistible, aidait et doublait leur effort:

Et les blessés, avec les yeux qu'ouvre la mort,

Virent une invisible et splendide phalange

D'êtres plus grands que l'homme et plus libres que l'ange.

Armés de flamme, ayant des éclairs pour cimiers,

Se joindre aux assaillants, et dans les trois premiers

Reconnurent Rousseau, Diderot et Voltaire.

Et bien d'autres, forçant les canons à se taire,

Jetant de toutes parts un effroi radieux,

Ainsi que dans la grande Iliade les dieux

Se mêlent aux héros, philosophes, poètes,

Savants, tous ceux de qui les nations sont faites,

Vous tous qui, créateurs, trouveurs, libérateurs,

Ouvreurs de l'avenir éblouissant, dompteurs

De la fatalité, tueurs de la torture,

Briseurs de toute chaîne et de toute clôture,

Vous qui, vainqueurs de l'ombre où nous nous lamentions,

Nous faites évader des superstitions,

Vous qui crevez du pied ce cachot, l'ignorance,

Vous qui, continuant partout la délivrance,

Arrachant l'homme un jour aux dieux, le lendemain

Aux éléments, donnez au pauvre genre humain.

Si longtemps accroupi sous une voûte basse.

Historiens, le temps, astronomes, l'espace.

Lyriques, l'infini! tous, tous, ceux d'autrefois

Et ceux d'hier, Milton qui condamna les rois,

Et toi qui du rocher déclouas Prométhée,

Eschyle, Juvénal par qui fut souffletée

La face des Césars, Descartes, Rabelais,

Newton qui dans Féther est comme en son palais,

Tous les grands morts vivants, de haine et d'amour ivres.

Sortaient éperdument de la maison des livres,

Se ruaient à l'assaut, enjambaient le fossé.

Et s'engouffraient dans l'antre infâme du passé.

Ils cassèrent les durs verrous, ressuscitèrent

Les pâles prisonniers que les cachots enterrent,

Dirent à l'ombre, au meurtre, aux crimes entassés,

Aux chaînes, au granit, à l'épouvante: Assez?

L'ARBRE. 25ii

Et, la démolissant mur à mur tout entière,

Broyèrent du talon la géante de pierre

Comme le pied écrase à terre un fruit pourri.

Et la Bibliothèque alors jeta un cri :

— <( Mes rayons sont du bois de l'arbre de la Bible ! »

Et c'est pourquoi Ton voit de la place terrible Jaillir un tronc d'airain de la cime duquel Un génie en chantant s'envole dans le ciel!

- « Caïn! Gain! Gain! qu'as-tu fait de toa frère? 0 triste humanité, qui pourra te soustraire A la fatalité du fratricide? Hélas!

Combien d'égorgemenls, et vous n'êtes point las De vous tuer! Quel mal vous ont donc fait vos mères? Vous craignez de durer trop longtemps, éphémères? Vous trouvez que la mort vous néglige? C'est peu De tout ce qui la fait venir plus tôt, du feu Qui sous l'écroulement de vos toils vous écrase, De la trombe de vent et de grêle qui rase D'un coup d'aile un village avec ses habitants? C'est peu des tremblements de terre, et des gros temps Où l'Océan avec une fureur si grande Fracasse les vaisseaux aux rocs qu'on se demande

D'où lui vient cet accès de haine et quels griefs

Mystérieux l'eau peut avoir contre les nefs?

Et le train qui déraille, et le grisou des mines!

Le typhus vous paraît sans verve? Les famines

Ne couvrent les chemins de morts que par milliers?

C'est piteux. Il est bon que vous vous fusilliez

Et vous vous bombardiez pour achever les restes

Des fléaux. Vous joignez les conquérants aux pestes.

Le choléra parfois demande grâce, mais

Le héros le supplée. Et pour qu'à tout jamais

La race des boucliers d'hommes se perpétue,

Vous érigez au cœur des places la statue

Des grands tueurs coiffés de gloire et de lauriers

Et vous vous prosternez devant vos meurtriers! »

Que de fois il avait fallu dire et redire

Ces choses! Mais, après des siècles de délire,

L'homme avait entendu. La guerre avait cessé.

On déterrait parfois un vieux boulet cassé,

Un informe débris d'épée humiliée

L'humanité, calmée et réconciliée,

Ne divinisait plus de gens pour la tuer.

L'histoire avait fini de se prostituer

Aux assassins en grand. On n'avait plus de guerre

Que contre l'ignorance et contre la misère.

On montait à l'assaut des superstitions.

Contre l'ombre qu'il faut qu'à la fin nous domptions

On faisait avancer des bataillons d'idées,

Et les erreurs étaient de livres bombardées.

Et les héros étaient désormais les penseurs,

Philosophes, savants, poètes. Les faiseurs

De cadavres avaient fait place aux faiseurs d'hommes.

D'où nous venons, où nous allons, ce que nous sommes,

Comment substituer à la haine l'amour,

Les astres, tel était un des ordres du jour

De la grande Assemblée internationale.

Car le monde en était à la Chambre finale

Où les Peuples-Unis étaient représentés.

De la tribune aux pans solidement plantés,

Aux planches qu'aucun pas humain n'eût ébranlées,

On voyait s'envoler des paroles ailées

Qui largement, du pôle austral au boréal,

Portaient le vrai, le beau, le juste, l'idéal!

Et si Paris était en querelle avec Londre

Ou Pétersbourg avec New- York, au lieu de fondre

Des balles de calibre ou des obus de poids,

Ils donnaient des raisons, et l'on allait aux voix.

Le condamné n'avait pas même la pensée

D'opposer à l'arrêt une guerre insensée

Que les peuples auraient bientôt mise à genoux !

Le grief de chacun étant celui de tous, Le moindre De l'univers.

Le moindre bourg avait la force colossale

Et quand, dans cette auguste salle, On repensait aux chocs terribles de jadis, Au fratricide en masse, aux hurlements maudits Des peuples se ruant l'un sur l'autre, aux entrées Dans les villes à coups de canon éventrées Aux hommes devenus tigres, aux triomphants Massacres de vieillards, de femmes et d'enfants, A tout l'affreux passé de rage et de tuerie, Au noir ruissellement d'humaine boucherie, Aux rudes conquérants, ces demi-dieux démons, Inondant les cités, les plaines et les monts, On croyait, en voyant dans cette paix profonde Sur les rouges torrents qui noyèrent le monde La tribune dresser son bois retentissant, Voir l'arche dominer un déluge de sang.

Et l'arbre grandissait et grandissait encore

Et grandissait toujours. Et chaque fois l'aurore

Se disait: — Est-ce lui que j'éclairais hier?

Et, d'instant en instant plus robuste et plus fier,

Il éclatait en jets prodigieux. Sa cime

Montait éperdument à l'assaut de l'abîme

Et par moment semblait saisir l'illimité.

Et l'arbre grandissait, et son énormité

Décourageait le mètre et ses branches le nombre,

Et ce que nous nommons la nuit était son ombre,

Et c'était de ses fruits que la nuit s'étoilait.

Et sous l'arbre toujours croissant, jamais complet,

Deux êtres grands et forts, une femme plus belle Que ce qu'on avait cru l'idéal et, près d'elle, Un homme en qui vivait toute l'humanité, Éblouis, se montraient ces pommes de clarté. Et, tous deux à la fois, de terribles envies Les prenaient d'y porter leurs mains inassouvies, Quand même Dieu devrait, pour ses ordres enfreints, Leur enfoncer l'épée archangélique aux reins! Et, vaguement distinct dans l'immensité bleue, Un monstrueux serpent qui se mordait la queue Contemplait, ardemment dressés sur leurs orteils, Cette Eve et cet Adam qui cueillaient des soleils.

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V RÉFACE

ni.

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