SUR
J eanChoisnin naquità Châteilerault, en 1 53o, deparens assez obscurs. Ayant reçu une excellente e'ducation , il essaya d'abord d'entrer au service de la reine de Navarre, Jeanne d'AUiiet, mère de Henri iv, à laquelle son frère aîné e'toit attaché; puis, au commencement du règne de Charles ix, il vint à la cour de Catherine de Médicis , où son mérite fut apprécié , et où il parvint à devenir le principal secrétaire de Jean do Montluc, évêque de Valence, qui jouissoit d'un grand crédit.
Il avoit déjà aidé ce prélat dans plusieurs missions importantes , lorsqu'en iSyo les circonstances donnèrent lieu à une négociation qui offroit en apparence les plus grandes dilficultés. Charles ix, âgé de vingt ans, se croyoiten état de régner par lui-même : il supportoit avec peine la tutelle de Catherine de Médicis sa mère; et il étoit surtout tellement jaloux du jeune duc d'Anjou son frère, qu'il vouloit, à quelque prix que ce fût, l'éloigner de son royaume.
Catherine, par des motifs ])ien différens, avoit les mêmes vues sur ce prince qu'elle chérissoit. Les astrologues lui avoient prédit qu'elle verroit tous ses (ils sur
^ NOTICE SUR CHOISNIN
le trône, ce qui sembloit annoncer qu'ils mourroient jeunes, et qu'elle leur survivroit. Pour détourner ce pre'sage, qui s'e'toitde'jà réalisé par la mort prématurée de François ii, elle cherchoit à procurer au duc d'Anjou une couionne étrangère. Des démarches avoient été faites pour le marier avec Elisabeth, reine d'Angleterre, et elles n'avoient été suivies d'aucun succès ; mais une idée beaucoup plus singulière occupoit depuis quelque temps la Reine-mère : c'étoit d'obtenir du sultan Sélim ii, pour le duc d'Anjou, l'investiture du royaume d'Alger, auquel on auroit joint les îles de Corse et de Sardaigne (0. L'évéque de Valence qu'elle consulta lui fit sentir l'extravagance de cette idée, et lui soumit un plan pins raisonnable, quoique l'exécution en parut très-difficile.
Il lui représenta que Sigismond ii, roi de Pologne, étoit attaqué d'une maladie mortelle, et qu'il ne seroit peut-être pas impossible de lui donner le duc d'Anjou pour successeur. La Reine accueillit avec empressement cette ouverture, et elle fut tlattée dans ses espérances par un gentilhomme polonais nommé Jean Crasoski , qui, étant sur le point de repartir pour sa patrie, promit l'assistance de tous ses amis. Il fut décidé que Ralagny, fils naturel de l'évéque de Valence, iroit en Pologne avec Choisnin pour disposer les esprits en faveur du nouveau candidat.
Comme le prélat dirigea seul cette négociation, qui fait l'objet des Mémoires de Choisnin, il convient d'entrer dans quelques détails sur sa vie, qui offrit les contrastes les plus singuliers.
Jean de Montluc étoit frère du fameux Rlaise de
(') Pierre Mathieu, Histoire de Charles ii, liv. ii.
Montluc, dont nous avons déjà donné les Méinoiresj et jamais deux frères ne se ressemblèrent moins, soit par le caractère, soit par les mœurs, soit par les goûts. Le maréchal fut le persécuteur le plus acharné des protestans, tandis que l'évêque s'en montra le partisan et le soutien ; le premier, d'un caractère inflexible, ne connoissoit que la force; le second, doué de l'esprit le plus fm et le plus délié, arrivoit presque toujours à son but par l'adresse et par la ruse; l'un, endurci par les fatigues de la guerre, menoit volontairement la vie la plus austère et la plus dure; l'autre, malgré son extrême activité, recherchoit toutes les jouissances. Il en résulta que, dans une lutte où. presque toujours les sentimens de la nature furent étouffés, ces deux frères ne se trouvèrent jamais ouvertement opposés l'un à l'autre , et que, sans être amis, ils ne s'écartèrent point des égards qu'ils se dévoient.
Jean de Montluc, qui devoit jouer en Europe un si grand rôle, fut d'abord destiné à passer ses jours dans la retraite la plus profonde. Ayant pris très -jeune l'habit de dominicain, il fut remarqué par Marguerite, reine de Navarre, sœur de François i, qui visita son couvent. La princesse goûta son esprit, ^e l'attacha , et le fit connaître à son frère, qui le chargea d'une mission à Constantinople. Henri ii lui témoigna la même confiance; et ses succès dans diverses cours, ainsi qu'un talent fort distingué pour la chaire, lui firent obtenir en i553 l'évêché de Valence. Ce fut aux fêtes de Pâques de cette année qu'il prononça, dans la chapelle de la Cour, un sermon qui excita le plus vif enthousiasme, et que Castelnau, par un effort extraordinaire de mémoire, retint nu point de pou-
f) NOTICE SL'll CHOISKIN
voir, quelques jours après, le re'citer tout entier, avec l'accent et les gestes de l'orateur (').
Le nouveau pre'lat profitoit de ses talens oratoires pour servir une cause entièrement opposée à celle qu'il étoit appelé à défendre. Attaché secrètement au parti protestant depuis qu'il avoit eu des relations avec la reine de Navarre, mais condamné à une grande réserve, tant par la dignité dont il étoit revêtu que par la sévérité de Henri ii à l'égard des sectaires, il cherT choit à préserver ces derniers de la persécution , en aflectant le langage de la charité et de la tolérance. Malgré sa circonspection, sa conduite privée étoit conforme à ses principes : il vivoit avec une jeune personne fort belle, nommée Anne Martin, et il en avoit eu un fils, qui, comme nous l'avons dit, fut envoyé en Pologne avec Choisnin, et qu'il étoit parvenu à faire légitimer quatre ans auparavant.
Cependant sa dextérité n'empêcha pas que vers la fin du règne de Henri ii, au moment où une grande fermentation agi toit les esprits, sa docliine ne devînt suspecte aux catholiques; il fut dénoncé au pape Pieiv par le doyen de Valence, et condamné à Rome comme hérétique. Cette condamnation ne l'effraya point, parce qu'elle ofïroit quelques défauts de forme; il traduisit le doyen devant le parlement de Paris, et gagna son procès [i/} octobre i56o].
Cette affaire n'étoit pas encore terminée, lorsque, sous le règne de François ii, le chancelier de L'Hôpital, effrayé de l'ascendant que prenoient les Guise, convoqua une assemblée de notables qui se réunit à
(0 Voyez la Notice sur Castdnau, loin, x.nxhi, pag. 5, première snie (le noire coUeclion.
ET SUR SES MÉMOjçRES. 7
Fontainebleau [janvier i56o].Là,Montluc, voyant que lesprotestans , secrètement prote'gés par la Reine-mère , prenoient l'attitude d'un parti redoutable, ne craignit pas de laisser entrevoir ses sentimens. Il prononça un discours très-remarquable, par lequel, après avoir demande, comme les protestans le de'siroient, un concile national, il insista pour que pre'alablement on rassemblât les plus savans des deux partis, afin de disputer et conférer ensemble. i< Si l'on tombe d'accord, ajouta-t-il, « le peuple ne fera puis après plus de difficulté de se « réunir aune mesme religion, ou, pour le moins, ceux « qui viendront au concile trouveront les matières prête parées à y mettre une ])onne fin (0. « Cette idée, qui mettoit sur la même ligne les évêques catholiques et les ministres protestans, fut réalisée Tannée suivante, sous le règne de Charles ix ; mais le colloque de Poissy n'eut pour effet que d'augmenter l'animosité des deux partis. Pendant la première guerre civile, qui suivit de près cette assemblée, Montluc fut le principal agent de Catherine de Medicis près du prince de Condé : il eut un moment l'espoir que les protestans, soutenus par la P\eine-mère, prévaudroientj mais la résistance opiniâtre des catholiques lui ayant donné la certitude que l'ancienne religion seroit maintenue malgré les efforts désespérés de ses ennemis, il tint dès lors la conduite la plus circonspecte, évita soigneusement de se compromettre , et fut souvent appelé aux conseils secrets de Catherine, jusqu'au moment où elle le chargea de l'importante négociation dont les Mémoires de Choisnin nous présentent toutes les particularités.
(') Ce discours a clé conservé dans les Mémoires de Condé, tome i , paije 3 H).
8 UrOTICE SUR CHOISKIIf
Choisnin, qui, comme on l'a vu, avoitprécédë son maître en Pologne, lia des relations avec plusieurs seigneurs de ce pays; et, sans de'ployer aucun caractère public, il pre'para fort habilement les esprits à la proposition officielle qui devoit bientôt être faite. Lorsqu'il apprit la mort, depuis long-temps pre'vue, du roi Sigismond, il dépêclia Balagny en France pour hâter l'arrivée de son père, et resta seul chargé de la négociation. Mais la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy, qui parvint en Pologne sur ces entrefaites , pensa rompre toutes ses mesures. Il fit ses efforts pour en diminuer l'horreur, et surtout pour disculper le duc d'Anjou de la part qu'on l'accusoit d'y avoir prise.
Cependant Montluc s'étoit mis en route pour la Pologne sept jours avant ce massacre, où il eût été probablement compris s'il se fût trouvé dans la capitale. Ayant prévu cette catastrophe, il avoit saisi avidement l'occasion de s'éloigner, et il avoit en vain conjuré ses amis d'en faire autant. Il courut de grands dangers avant de pouvoir sortir de France, et il eût été assassiné à Saint-Mihiel si des ordres de la Cour n'eussent forcé le gouverneur de cette ville à le laisser partir. Arrivé enfin à sa destination , après avoir éprouvé bien des obstacles dans son passage par l'Allemagne , il servit les intérêts du duc d'Anjou avec un zèle qu'on devoit difficilement attendre d'un homme qui venoit d'échapper à la plus affreuse proscription.
Les candidats pour le trône de Pologne avoient la plupart de puissans moyens de succès : c'étoient l'archiduc Ernest, fils de l'empereur Maximilien ii, et frère de la reine de France; Jean Basilovitz, czar de Moscovie ; Jean , roi de Suède ; le duc de Prusse et le
prince de Transilvanie. Le premier soin de Montluc fut de faire sentir aux Polonais que les trois premiers pouvoient menacer leur liberté, que les deux autres n'avoient pas en Europe une consistance suffisante, et qu'un prince français pouvoit seul leur convenir. Mais le plus grand obstacle qu'il eut à vaincre fut d'effacer la terrible impression que le massacre de la Saint- Barthélémy avoit produite sur les esprits. Les adversaires du duc d'Anjou fliisoient répandre avec profusion des peintures où toutes ces horreurs étoient représentées, et où le prince paroissoit diriger les poignards des assassins. Montluc leur opposoit des portraits de ce prince, dans lesquels il étoit offert avec toutes les grâces de la jeunesse et tous les traits de la douceur et de la bonté. Il publioit en même temps des relations où il ne se faisoit aucun scrupule de déguiser une grande partie de la vérité.
L'élection ne devant avoir lieu que dans quelques mois, il eut le temps de disposer tous ses moyens. C'est dans ses relations avec les gentilshommes de toutes les classes qu'on peut remarquer son adresse et son habileté. Il ménage toutes les opinions , se prête à tous les préjugés nationaux , ne prend que les engagemens qu'il est assuré de pouvoir tenir, fait sans s'abaisser une cour assidue aux sénateurs et aux grands, mais ne néglige rien en même temps pour se concilier la multitude qui doit en définitive décider l'élection.
Quoiqu'il eût chargé Choisnin d'une grande partie de sa correspondance, son travail fut immense pendant l'intervalle qui s'écoula entre son arrivée en Pologne et la réunion de la diète. Il calcula que dix rames de papier avoient été employées à des lettres écrites de
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sa main ; et cet efibrt dut lui être d'autant plus pénible , que, ayant perdu depuis plus de quarante ans l'habitude d'écrire, il dictoit ordinairement ses dépêches à des secrétaires. Ce qu'il y a de très-remarquaijle dans cette négociation si importante, c'est que Montluc n'eut besoin de se servir d'aucun moyen de corruption: des oflres d'argent eussent révolté des hommes tels qu'étoient alors les Polonais; et la preuve que Choisnin donne de cette assertion, qui a été contredite par quelques historiens, c'est que l'aml^assadeur n'avoit emporté avec lui que quatre mille écus, et que les négocians polonais sur lesquels il avoit un crédit n'auroient pu tout au plus lui en procurer que dix mille.
Le discours qu'il devoit prononcer à la [diète d'élection avoit été principalement l'objet de tous ses soins. Quelques-uns de ses adversaires, tels que les ambassadeurs de Moscovie et d'Autriche, avoient, à cet égard, un grand avantage sur lui, parce qu'ils pouvoient s'exprimer dans la langue du pays. Réduit à ne parler que le latin, langue qui étoit généralement entendue en Pologne, mais dont la majorité des gentilshommes étoient loin d'apprécier les délicatesses , il employa toutes les ressources de son esprit, très-fécond en expédiens, pour obtenir du moins que son discours eût toute la publicité possible.
Dans ces occasions, l'usage étoit que les ambassadeurs des prétendans à la couronne ne distri])uassent à la noblesse que trente-deux exemplaires de leurs discours manuscrits. Montluc résolut de faire imprimer le sien en latin et en polonais, et d'en faire tirer un grand nombre d'exemplaires. Choisnin, chargé de cette opération, prit des arrangemens avec un libraire de Cra-
covie, et l'éditiun fut faite, dans le plus profond secret, bien long-temps avant l'ouverture de la diète.
Mais un incident que Montluc n'avoit pas pre'vu , pensa rendre cette combinaison inutile. Il fut tout à coup de'cidé que les ambassadeurs ne seroient entendus qu'une seule fois à la dièle, et qu'ils le seroient le même jour, afin qu'ils ne pussent prévoir les raisons alléguées parleurs adversaires. Montluc, qui sentoit l'importance de se trouver en état de réfuter d'avance les argumens dont on ne devoit pas manquer de se servir contre le duc d'Anjou, feignit d'être malade le jour où les ambassadeurs furent appelés -, et dès le soir même il trouva le moyen de se procurer des copies de leurs discours. Heureusement ils contenoient très - peu d'objections qu'il n'eût prévues, mais il n'en fallut pas moins faire quelques changemens à l'édition imprimée de sa harangue. Il y employa vini^t copistes qui travaillèrent jour et nuit. Lorsque tout fut prêt, il déclara qu'il étoit rétabli. Admis à la dièle, il prononça son discours, qui produisit le plus grand effet, et aussitôt après il en fit distri])uer les exemplaires, qui furent lus avec avidité par toute la noblesse.
Ce discours, qui valut au duc d'Anjou la couronne de Pologne, ne se trouve pas dans les Mémoires de Cboisnin. Il parut à Paris en 107 3, imprimé séparément, chez Jean Richei', in-80. Nous allons en donner une idée.
L'orateur commence ainsi : « J'ay délibéré de n'user « point de fraudes et tromperies, ny de petits messages a secrets, n}- de paroles feinctes accomodées au temps « seulement, ny de calomnies faulcement et impudem- « ment controuvée?, ny de prières ambitieuses, ny de
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« libelles diffamatoires et de'tractions semés à l'encon- « tre des autres compétiteurs, ny de vaines promesses « difficiles ou du tout imposibles à tenir; mais estant « françois de nation, et conséquemment fianc, simple « et ouvert de nature, j'ay proposé de ti aicter avec vous « rondement, véritablement et sincèrement. »
Il compare les Polonais à de bons pères de famille, qui, lorsqu'ils veulent marier leurs filles, prennent beaucoup de renseignemens sur les prétendans; et il annonce qu'il leur en donnera de satisfaisans sur le duc d'Anjou.
Avant de traiter ce point, il fait un parallèle des deux nations polonaise et française : toutes deux ont porté très-loin la gloire des armes, toutes deux sont nobles et généreuses, toutes deux sont libres; et à cette occasion l'orateur s'étend sur les prérogatives et l'indépendance du parlement de Paris, qui a été plus d'une fois pris pour arbitre par des princes souverains.
Il rappelle que la famille royale de France est la plus ancienne de l'Europe, et il fait surtout l'éloge de la branche des Valois, qui a produit des monarques tels que Charles V, Charles vin, Louis xii, François i et Henri ii. Passant ensuite à son candidat, il représente qu'étant à peine âgé de 2 3 ans, il est chargé depuis long-temps de presque toute l'administration militaire du royaume de France, et qu'il s'est déjà illustré par deux victoires.
On a objecté que ce prince ignore le polonais; mais il sait très-bien le latin, langue fort répandue en Pologne; et, avec ses heureuses dispositions, Montluc ne doute pas qu'en moins d'un an il ne parvienne à parler facilement l'idiome national.
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Il développe les raisons politiques qui doivent faire préférer un prince français à tout autre prétendant. Si les Polonais choisissoient un monarque voisin, ils pour* roient craindre pour leurs libertés; et si ce prince a été autrefois leur ennemi, comment espéreront-ils se soustraire aux vengeances qu'il ne manquera pas d'exercer? Le duc d'Anjou est étranger à tous les partis; il n'aura aucune prévention en montant sur le trône, et il rendra une égale justice à tous ses sujets. On n'a pas à craindre qu'il donne à ses compatriotes les grands emplois de la Pologne : les Français sont trop attachés à leur beau pays pour consentir à le quitter, et l'on a toujours remarqué qu'ils aimoient mieux y avoir l'existence la plus médiocre, que de faire fortune en s'expatriant. Le duc d'Anjou a en France de riches apanages ; il les conservera , et en dépensera le revenu dans son nouveau royaume. Il l'emploiera surtout à doter une université dans la ville de Cracovie : cet établissement sera formé sur le modèle de la célèbre Université de Paris; les hommes les plus savans de l'Europe y seront appelés; et la jeunesse polonaise, jusqu'alors obligée d'aller étudier chez les étrangers, trouvera désormais dans sa patrie tous les trésors de l'instruction. A ces raisons, tirées des circonstances locales, Montluc joint les avantages qui peuvent résulter d'une alliance offensive et défensive entre la Pologne et la France.
Il arrive enfin au point le plus délicat de son discours, celui où il est obligé de parler de la Saint-Barthélémy. On voit son embarras. Il cherche d'abord à justifier Charles ix, en entrant dans le détail des trois premières guerres civiles, et en s'efforçant de prouver que ce mo-
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narque s'est toujours montré indulgent envers ses sujets réveil es. Il ajoute ensuite :
« Ce qui est advenu à Paris , certainement c'est par (( un cas fortuit qui l'a fait souldainement naistre, « sans que personne l'ait sceu prévoir contre l'espé- « rance et opinion de tout le monde : car, combien qu'ils « eussent (les protestans) très-griefvement offensé le Roy, « et qu'ils fussent, lors mesme, par aulcuns accusés de « leze majesté pour avoir conjuré, toutefois le Boy, qui « estoit de sa nature plus enclin à clémence, eust mieux « aimé les faire prendre au corps que non pas les masc( sacrer; tel estoit son avis, que l'on informast diligem- « ment de tout le faict, et cependant que tout le négoce « fust réservé à la cognoissance du parlement de Paris; « mais comme il a accoustumé d'advenir aux tumultes « souldains que la populace, poussée de fureur, excite, « aussi eschut lors la chose autrement que l'on ne dé- (( siroif ,dontle Roy fut fort courroucé et troublé. »
Montluc avance ensuite avec hardiesse que le duc d'Anjou a été contraire au massacre : « Requis, dit-il, « de donner son opinion sur ce faict, il n'en voulut « jamais opiner, disant qu'il réputoit que celui seroit « deshonneur s'il estoit d'avis de faire mourir hors de (c la guerre ceux que par tant de fois il avoit rompus « et défaicts en bataille, estant fort malcontent que ce ceux à qui la fortune de guerre avoit pardonné « fussent ainsi meurtris par des bourreaux, et par une « lie de populace, ayant toujours esté fort éloigné, « non seulement de cruauté , mais de trop grande sé- « vérité. »
L'orateur, en altérant ainsi la vérité, obtint le résultat qu'il désiroit; et son candidat fut élu roi, le 9
ET SLR SES MÉMOIRES. l5
mai 1573, par plus de trente mille gentilshoiiunes. Il revint en France avec Choisnin , et ils trouvèrent Charles IX attaqué d'une maladie mortelle. Leduc d'Anjou , qui craignoit que son élection au trône de Pologne ne lui fît perdre le trône de France, ne leur témoigna pas la reconnoissance qu'il devoit à leurs services. Montluc, dégoûté de la Cour, se retira en Languedoc, où il rentra bientôt dans la religion catholique, et où il mourut le i3 mai 1579, assisté par un jésuite (0. Choisnin , traité comme son protecteur, ne reçut d'autre récompense que le titre de conseiller du Roj en son prwé conseil.
Aussitôt après son arrivée en France, Choisnin s'étoit occupé de rédiger la relation de cette célèbre ambassade. 11 entre dans les détails les plus circonstanciés sur les moyens qu'employa Montluc pour parvenir à son but. « Ces petites particularités, dit-il, ne m'ont « point semblé inutiles pour faire cognoistre que ledit « sieur évesque n'obmettoit rien qui pust servir à l'ad- « vancementde la négociation, et peut estre aussy que « les jeunes gens qui seront employés pour le service « du Roy, par cet exemple apprendront qu'une négo- « ciation ne peut estre bien conduite, si l'ambassadeur « n'est actif et diligent à inventer tout ce qui peut lui « servir, m II peint parfaitement le caractère, les mœurs et les habitudes des Polonais du seizième siècle, et l'on
t') II est à regretter que Jean de Montluc, qui connut à fond toutes les affaires de son temps, n'ait pas laissé de mémoires. Le maréchal Biaise de Montluc, son frère, disoit de lui : « Je ne crois pas qu'un '( homme si savant, tel qu'on dit qu'est mon frère, veuille mourir sans et escrire quelque chose, puisque moy, qui ne srai rien, m'en suis voulu <f mesicr. »
l6 JVOTICE SUR CHOISNIN ET SUR SES MÉMOIRES.
trouve dans son ouvrage , écrit avec beaucoup de clarté, plusieurs traits intéressans qui ont échappé à la plume élégante de Rulhière.
Ce livre, imprimé à la fin de i573 , ne parut qu'au mois de juin i574> parce que l'auteur auroit voulu, avant de le rendre public, le présenter à Charles ix, qui étoit attaqué de la maladie dont il mourut. Il est intitulé : Discours au vraj de tout ce qui s'est faict et passé pour l'entière négociation de l'élection du roy de Polongne j divisé en trois livi es ; faict par Jehan Choisnin de Chatelleraud , secrétaire du roy de Polongne, dédié à la Rojne mère des rojs. Paris , Cheneauj, iSyS, in-B». Il est très-rare, et n'a été réimprimé que par les éditeurs de l'ancienne Collection des Mémoires relatifs à l'Histoire de France, qui se sont permis d'y faire quelques altérations. Nous le donnons tel qu'il a paru en 167 3.
Depuis l'époque de la publication de ce livre, on n'a aucun renseignement sur Choisnin, qui, après avoir eu un moment l'espoir d'une grande fortune, retomba dans la plus profonde obscurité. On ignore même la date de sa mort.