‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septièmeChapitre 2 sur 23 · PAR LA GRACE DE DIEU ROYNE DE FRANCE, MERE DES ROYS · texte numérisé non relu

PAR LA GRACE DE DIEU ROYNE DE FRANCE, MERE DES ROYS

JEHAN CHOISNYX DE CHASTELLERAUT, SO?f TRÈS-JIUMBLE ET TRÈS-OBETS- SANT SERVITEUR, DESIRE TOUT HONNEUR ET FELICITE.

Madame j,

Quand M. Vevesque de Valence revint de Polongne, il estait résolu de nescrire nj de parler que fort sobrement du service qu'il avait fait à Vos Maj estez ^ tant audict pays qua son passage par VAllemaigne , et pensait par ce seul moyen pouvoir surmonter V envie qui en ce temps règne en ce royaume plus quen nul autre. Il avoit sagem.ent preveu que ceux qui 'volontiers s'occupent à controller les actions d'autruy cliercheroientpar tous moyens luy oster, ou^ pour le m,oins, diminuer la louange qu'il avoit acquise , et eust désiré ( et de cela j'en suis tesmoing) qu'après avoir rendu compte de sa négociation j, la mémoire , en ce que luy concernoit j en eust esté ensepvelie ; et, pour ceste cause j deffendit a nous qui avions esté avec luy de ne communiquer à personne ce que ja nous avions escript de son voyage. Mais il est advenu que quelques malins esprits, les uns , poussez de quelque mauvaise 38. 2

volonté qu'ils portent audict sieur, les autres, qui sont les estrangers mal affectez à ceste couj'onne, ont par divers moyens calomnié V élection qui avoit estéfaicte. Les uns ont dit qu'il y avoit eu de la corruption et de la force ; les autres ont calomnieusement rapporté le bon et heureux succez de ladite élection à la recotnmendation et commandement que le Turc avoitfaicte a la noblesse de Polongne. C'estoit autant à dire que le nom du .Roy n'y ai^oit de rien servy, que la vertu du roy esleu n'avoit esté mise en aucune considération ; que les gentilshommes pollues sont comme serfs et esclaves dudict Grand-Seigneur. Et enfin c'estoit une invention pour rendre ladicte élection odieuse et suspecte à toute la chrestienté. Et encore que ce fust chose si notoirement faulse quelle ne meritoit qu'on y fist aucune response , toutesfois le Roy, comme prince sage et advisé , prévoyant que ce faux bruit prendrait telle racine que ceux qui escrivent l'histoire de nostre temps, comme mal informez , pourraient authoriser et confirmer ladicte calomnie , il iwulut et commanda audict sieur de J^alence , pour esclaircir un chascun de la vérité, de mettre ou faire mettre par escript le discours de toute sa négociation. Qui fut cause que ledict sieur me donna congé de publier ce que j'avois recueilly, tant de ses mémoires que de ceux qu'il avoit employez audict pays. Par lequel discours l'on verra que le Roy n'a esté aydé ni secouru d'homme vivant que de son seul nom, et de celuy dudict roy esleu son frère. Et pour autant , Madame, qu'on

ne peult nier que , pour le singulier et extrême désir

que vous avez tousjours monstre à la grandeur de ceste couronne j vous n'ayez esté la première et seule occasion d'envoyer demander et poursuivre ledict royaume de Polongne , l'on sçait aussi que vous choisistes ledict sieur de T^alence pour ministre de vostre grande et louable entrepnnse , il m,' a semblé ne devoir addresser mon petit labeur à autre qu'à Kostre Majesté ^ qui, avecques plus seur et plus sain jugement „ en pourrait juger mieux que nul autre sçauroit faire : et serez peult estre bien ayse de mettre ce petit recueil en vostre librairie, ajin que ceux qui viendront après ayent cognoissance du soing que vous avez eu de l'advancement et de la grandeur de nos seigneurs voz enfans, lesquels furent des leur enfance privez du secours et de l'assistance du roy leur père. Mais Dieu, qui les print souz sa protection , vous a donné la force et la prudence pour leur servir non seulement de mère, mais de bon, sage et provident pcre. Je vous supplie donc. Madame , ne trouver mauvais si , faisant publier ce petit traicté, je l'ay dédié a Vostre Majesté. Et n'ayant autre moyen de vous faire service , je prieray Dieu, Madame, pour vostre santé et prospérité.

A Paris , ce 16 de mars i5n4-

Fostre tres-hiimble et trés-obej ssant serviteur,

Jehan Choisjvijv.

JEAN CHOISNIN.

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