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tant à son oncle qu'au cardinal, se fust venu jelter aux pieds de Sa Majesté, le suppliant de sauver la vie à son oncle, après quelques paroles que luy tint le Roy sur les desservices que luy avoit fait l'archevesque, il luy dit : « Allez asseurer vostre oncle de sa vie, et qu'il n'aura d'autre mal que la jjrison, » Messieurs de Brissac et de Bois-Dauphin furent aussi dèslors mis en liberté, et tous les prisonniers furent asseurez de leur vie ; aucuns desquels, peu après, furent renvoyez es villes d'où ils estoient pour appaiser les séditions qui y estoient esmeués.
Le Roy fit aussi entendre en toutes les chambres de chasque ordre que son intention estoit que les estats fussent continuez , et qu'ils s'asseurassent qu'en toutes choses il suivroit leurs raisonnables conseils : si bien que sur le soir tout fut à Blois aussi tranquille qu'il estoit auparavant. Il avoit aussi fait diverses despesches par tout où il avoit pensé estre besoin; mais, au contraire de son dessein, tous les princes, seigneurs et villes de la ligue, receurent les nouvelles de ce qui s'estoit passé à Blois premier que les serviteurs de Sa Majesté qui estoient ausdites villes et en ses armées en fussent advertis : ce qui a esté noté pour un grand accident, et qui avoit esté une des principales causes de la révolte de tant de villes, et des maux et afflictions que les serviteurs de Sa Majesté y ont receus depuis ; car les Seize de Paris, dès le soir de la veille de Noël , prirent les armes , se rendirent les maistres et s'asseurerent de ceste grande ville , et en l'armée M. de La Chastre en advertit M. de Nevers. Sa Majesté aussi desiroit sur tout de s'asseurer d'Orléans ; il avoit commandé, comme nous
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avons dit, au sieur d'Antragues de se tenir prest pour aller à Clery avec luy : dès que le duc de Guise fut mort, il luy commanda d'aller en diligence à Orléans, et s'asseurer de ceste place. D'Antragues s'y achemine, entre dans la citadelle qui n'estoit que le portail de la porte Bannier, où il met le plus de gens qu'il peut, espérant entrer dans la ville et disposer les habitans à l'obéissance du Roy; mais le sieur de Pxossieux , qui estoit d'Orléans et serviteur du duc de Mayenne, partit de Blois, alla aussi tost que luy; il arriva dans la ville comme d'Antragues entroit dans la citadelle, et faict deux affaires en un raesme temps qui luy reiississent : l'une, il advertit par un courrier exprès M. le duc de Mayenne de la mort de ses frères avant qu'aucun autre en eust receu nouvelle à Lyon ; l'autre, il fit faire assemble'e en la Maison de Ville d'Orléans, et leur dit ce qui estoit advenu à Blois. Or, depuis que le duc de Guise eut envie d'avoir ce gouvernement pour son fils, et qu'il en fut refusé par le sieur d'Antragues, il y avoit , par le moyeu des Seize de Paris, practiqué force partizans, qui se liguèrent et s'entrerecognurent par le moyen de certaines confrairies du nom de Jésus qu'ils y establirent. Plusieurs calomnies y avoient esté sous main publiées contre d'Antragues, pour le rendre odieux au peuple : si qu'en la première assemblée de ville qu'ils tindrent sur la nouvelle que leur apporta Rossieux, ils se resouldent de s'opposer contre d'Antragues, qui estoit dans la citadelle, et, cependant qu'ils auroient nouvelles que feroient les Parisiens, d'envoyer vers le Roy à Blois, le prier de leur donner un autre gouverneur. Leurs députez arrivent à Blois le jour de Noël :
introduits vers Sa Majesté, ils le supplient de faire abbattre leur citadelle, pour plusieurs raisons qu'ils luy desduirent au long; mais ils eurent pour response du Roy ; « Je veux que vous obeyssiez à d'Antragues vostre gouverneur; si vous ne le faites d'amitié, je le vous feray bien faire de force. » Sur ceste response les députez s'en retournèrent, et trouvèrent leur ville non seulement en estât de se deffendre contre la citadelle, mais qui la tenoit comme assiégée, et les partizans de la ligue résolus de secouer le joug de la puissance royale. Le Roy d'autre costé y envoya M. le mareschal d'Aumont avec les forces qu'il avoit auprès de luy. Nous dirons l'an suyvant ce qui en advint, et comme les meilleures et plus grandes villes de France se révoltèrent contre le Roy.
Cependant que toutes ces choses se faisoient, le roy de Navarre, depuis la closture de l'assemblée de ceux desonparty, qui fut finie, comme nous avons dit, à La Rochelle le 17 décembre, s'en alla à Sainct Jean d'Angely, où il donna le rendez vous à toutes ses troupes, avec intention d'exécuter quelques entreprises qu'il avoit sur aucunes places d'i mportance , et par ce moyen faire divertir l'armée de M. de Nevers qui estoitau bas Poictou, d'où elle chassoit les huguenots, et la faire venir au secours des catholiques du havilt Poictou et de l'Angoumois. Il faict en mesme temps courir le bruil qu'il vouloit assiéger Coignac, mais son entreprise estoit sur Nyort , l'exécution de laquelle avoit esté plusieurs fois retardée; mais en ayant meurement délibéré avec le sieur de Sainct Gelais, qui avoit de longue main manié ceste practique et recognu la facilité ou
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difiiculté de pouvoir prendre ceste place, il se résolut d'en tenter promptement l'exécution.
Le lundy vingt-sixiesme décembre, il receut à son lever la nouvelle de l'accident de messieurs le cardinal et duc de Guise; il déplore leur mort, et protesta qu'il en avoit un grand desplaisir pour ce qu'ils luy estoient parents, et que la France les devoit regretter pour leur valeur; toutesfois qu'il avoit bien fallu que le Roy eust eu de grandes occasions pour les avoir faict mourir. «Dès le commencement de la prise deleurs armes, dit-il, j'avois tousjours bien preveu et dit que messieurs de Guise n'estoient capables de remuer l'entreprise qu'ils avoient mise en leurs entendements, et en venir à fin sans le péril de leurs vies.»
Ceste nouvelle ne retarda pas son entreprise sur Nyort, ains le jour mesme il fit partir le sieur de Sainct Gelais avec le sievu^ de Ranques, pour aller joindre sur le soir quatre cents liarquebusiers et cent gend'armes conduicts par les sieurs de Parabiere , de Rambure et du Preau, ausquels il avoit commandé de se rendre en un carrefour près le bourg Saincte Plassine, où estans tous arrivez, le sieur de Sainct Gelais conduisit ceste troupe avec le plus grand silence qu'il put. Le sieur de Ranques, suivy de quelques-uns, se sépara de la troupe, et alla descouvrir de tous costez affin d'empescher qu'aucun ne donnast advertissement à ceux de Nyort, de ce qui se passoit à la campagne : approchez à une demie lieue de la ville, on faict mettre pied à terre à plusieurs, et là laisser leurs chevaux à la garde de leurs goujats ; puis, marchans à travers champs jusques à un traict d'arc des murailles de Nyort, ils y descliargerent, proche d'une vieille perriere, les mul-
lets qui portoient les eschelles et les pétards. Les eschelles furent incontinent distribue'es à ceux qui s'en dévoient servir, et les pétards préparez et portez à un ject de pierre de la muraille, cependant que d'autres recognoissoient le fossé et les lieux où on devoit planter les eschelles, et les portes où se dévoient planter les pétards.
La lune, qui n'estoit encores couclie'e, retarda assez long-temps le point de l'exécution, ce qui leur augmentoit fort la crainte d'estre descouverts j mais le silence qu'ils firent jusques à son coucher, et l'obscurité qu'elle fait d'ordinaire en se couchant, favorisa beaucoup les assaillanspour se desrober des yeux des sentinelles. Cependant le sieur de Sainct Gelais , avec ceux qui dévoient faire jouer les pétards, fit appliquer un pétard contre la porte du ravelin qui couvroit la porte de Sainct Gelais , laquelle estoit distante du lieu de l'escalade de cinquante pas, par laquelle il avoit esté résolu de faire entrer le plus de gens qu'on pourroit; mais comme on devaloit dans le fossé, ceux qui portoient les eschelles ne furent si tost descendus dedans, que ia sentinelle rie demandast fort furieusement ; Qui va la? Les assaillans demeurèrent fermes sans bouger ny rien respondre , et mesmes entendirent que quelqu'un estoit sorty du corps de garde qui estoit à la porte Sainct Gelais, et avoit demandé à la sentinelle : Qidest là ? que veux-tu ? « Ce n'estrien, dit la sentinelle, je pensois avoir entendu quelque bruit.» Ce bruit appaisé, les assaillans s'advancerent contre les murailles, hautes de trente-six à quarante pieds, et y plantèrent leurs eschelles, distantes l'une de l'autre de trois ou quatre pas, lesquelles estoient 38. 3i
emboëstées les unes dans les autres d'un artifice admirable. Aussitost qu'elles furent plantées, ils montèrent tous à la file sur les murailles, et les premiers montez ayant surprins la sentinelle la tuèrent. Le sieur du Preau, suivy de cinquante, donna droict au corps de garde qui estoit à la porte, lequel il surprint et entoura si soudain, que dix ou douze pauvres gens qui y faisoient la garde pour les riches qui estoient dans leurs lits, par le silence qu'ils firent, n'eurent point de mal. Un des soldats qui estoit monté, ou de peur de se voir dans une si grande ville ou autrement, s'escria : Au pétard! au pétard! A ceste voix l'on faict jouer le pétard qui rompit la porte, et à l'instant l'on en mit encor un autre contre le pont de la ville faict en bascule, qui ne fit tant d'eifcct que le premier pour ce qu'il creva, et toutesfois il ouvrit en deux la porte de la ville, et ne fît ouverture au pont que pour passer un homme ; encores falloit-il descendre par eschelles dans le fossé, et puis avec les mesmes eschelles remonter à l'ouverture du pont. Cependant que les sieurs de Sainct Gelais et Parabiere entrent par ce trou dans la ville, ceux qui estoient montez par l'escalade se coulent serrez le long de la rue, tirans vers la halle. Lé bruit des pétards avoit donné l'alarme aux habitans, aucuns desquels pensans sortir furent repoulsez fermement dans leurs maisons, qui,recognoissans que c'estoit une surprise, et oyans crier partout: Vive JVauarre ! vwe Nai^arre .' prirent l'efiroy, et, au commandement des assaillans, ils mirent du feu aux fenestres et par les rues. Auprès de l'aumosnerie, le lieutenant de la ville et quelques habitans avec les gardes de M. de Malicorne, qui estoit au chasteau, s'allièrent et donnèrent coura-
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geusement droict aux assaillans, qui tousjours multiplioient et s'advançoient, lesquels ils repoulserent d'abordade ; mais la blessure à mort du lieutenant et de quelques autres firent perdre cœur aux habitans de Niort, et lors chacun pensa à se sauver; tellement que les assaillans, en moins de trois quarts d'heure, entrèrent, vainquirent et demeurèrent maistres de Niort , sans perte que de cinq ou six hommes. Des habitans il en tut tué vingt-cinq. Les capitaines firent paroistre en ceste exécution combien d'honneur et profit on tire de suivre l'ordre que l'on resoult de tenir en telles entreprises; et l'obeyssance que leur portèrent leurs soldats, de ne se mettre au pillage qu'à la pointe du jour €t après estre asseurez d'estre maistres de la place, fut la cause qu'outre la prise de ceste ville, qui est la meilleure de tout le Poictou après la capitalle qui est Poictiers, ils se saisirent de cinq canons de batterie portans demy pied et un doigt d'ouverture, montez et équipez de neuf, prests à mener en l'arme'e de ÎNÏ. de Nevers, avec vingt milliers de pouldre; plus ils trouvèrent aussi dans ceste ville deux coulevrines foit longues que le susdit lieutenant avoit faict fondre, ce disoit-il, pour en salluër le roy de Navarre quand il approcheroit des murailles de Nyort, avec trois autres moyennes coulevrines.
Le roy de Navarre , estant adverty que son dessein avoit reiissi, partit de Sainct Jean d'Angely avec nombre de cavalerie, et se rendit, le jeudy ensuyvant, dans Nyort, où il receut à composition M. de Malicorne, qui estoit encor dans le chasteau de Nyort, et luy permit d'en sortir avec tout son bagage. Les bleds et autres munitions qui furent trouve's dans ceste place,
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firent alléger à tous ceux du party du roy de Navarre le dueil de la perte de Montaigu, et haulserent tellement leur courage, qu'ils creurentde pouvoir faire lever le siège à M. de Nevers de devant La Ganache, ainsi que nous dirons au commencement de l'an 1589. J'ay faict cest epitome ou petit recueil de l'origine de la ligue des catholiques en France , de laquelle estoient plusieurs princes, seigneurs, gentils-hommes, villes et communautez, auquel j'ay mis les principaux exploicts et entreprises depuis la prise de leurs armes en l'an i585, jusques à la fin de l'an i588, que le Roy fit tuer M. le duc de Guise comme estant le chef de ceste ligue , et ay esté comme contrainct d'amplifier ce recueil de plusieurs partieularitez plus que ne devroit estre un epitome, affin de donner plus d'intelligence à beaucoup de matières que nous traicterons dans les neuf années suivantes, touchant ce qui concernera la France. Regiomontanus Stofïler, Rantzovius, NostradamuS) Turellus, et autres astrologues, par leurs prédictions et centuries, disoient qu'en l'an i588 et années suyvantes, tous les empires et royaumes, mais principalement la France, seroient affligez de très -grandes guerres, et atfermoient que si le monde n'abismoit, qu'au moins il y auroit de grands changements en tous les Estais souverains. Les prodiges que l'on vit au ciel en ceste année, et les monstres nays contre l'ordre de la nature en plusieurs lieux, furent comme les messagers de tant de maux et de troubles que nous dirons cy-après.