‹ Dermatose Gravidique AutotoxiqueChapitre 32 sur 40 · LIEGE · texte numérisé non relu

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saignée a disparu et l'organisme, dont l’intoxication ne peut avoir cessé si vite, comme nous l'avons dit plus haut, a de nouveau recours a l'émonctoire supplémentaire dont il se sert en maintes autres occasions d’ailleurs, à la peau.

Voici d’ailleurs, à ce sujet, l'avis de l’éminent professeur M. Gaucher (1).

Après avoir fait remarquer que dans les maladies cutanées à côté des altérations produites par les microbes et leurs toxines il y en a qui résultent des conditions défectueuses de la nutrition et des modifications morbides des échanges organiques il s’ex-

prime ainsi :

« L'économie n’est pas seulement troublée par la « pénétration des agents extérieurs, elle peut l'être « aussi par les produits de désassimilation lorsque « ceux-ci dévient de leur type normal ou que leur « élimination est imparfaite ou insufisante. »

En étudiant l’action des matières azotées désassimilées sur les épithéliums du rein, cet auteur montre le rôle important des néphrites par auto-intoxication et il dit :

« D'autre part ces mêmes substances autotoxi- &« ques agissent sur la peau PAR L'ÉLIMINATION CUTA- € NÉE, car celle-ci prête un mutuel appui à l’élimi- « nation rénale ; au point de vue physiologique les « glandes cutanées et la glande rénale sont des « organes de même ordre. »

1. Titres et travaux scientifiques. O. Doin, 1902. Thèse de Dainville, Paris, 1905. k

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Si nous examinons maintenant les deux principaux caractères de l’éruption, sa symétricité et son poly morphisme, nous répéterons pour le premier ce que nous en avons déjà dit dans la discussion de la pathogénie nerveuse. Il provient de ce que le système nerveux, excité dans ses terminaisons périphériques par les toxines du sérum sanguin, réagit en produisant des phénomènes vaso-moteurs qui amènent l’éruption et la favorisent ; et que, par conséquent la localisation symétrique des lésions cutanées est toute naturelle puisqu'elle est régentée par le système nerveux.

Cela ne contredit en rien la théorie pathogénique véritable de la dermatose gravidique que nous exposons ici.

Pour le second caractère, le poly morphisme nous dirons qu'il est peut-être une preuve de plus de la théorie de l’auto-intoxication, car, il éloigne a priori l’idée d’un microbe ou d’un parasite dont les lésions tégumentaires ont pour caractère principal d’être spécifiques.

De plus si l’éruption est polymorphe, c'est qu’elle correspond aux différents degrés de l’intoxication et par conséquent de l'élimination ainsi qu’à Pactivité plus ou moins grande de cette dernière.

Simplement érythémateuse et vésiculeuse pendant la grossesse elle devient souvent bulleuse après l'accouchement, comme le fait si justement remarquer Brocq (1).

1, Annales de Derm. et de Syph., 1888,

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Si nous observons enfin l’évolution du prurit nous voyons que celui-ci, précédant toujours l’éruption, diminue toujours ou disparaît même complètement pendant celle-ci, si elle est abondante et, persiste enfin si elle est bénigne.

Notre attention a été appelée sur ces faits par nos observations III et IV.

Nous pouvons conclure de cette évolution du prurit que sa cause est bien celle que nous lui avons donnée, l'excitation des nerfs périphériques par des produits toxiques circulant dans le sang. Plus l'élimination de ceux-ci est forte moins les nerfs sont excités, moins elle l’est, plus ces derniers sontirrités.

Les symptômes généraux de la dermatose gravidique autotoxique sont ceux de toute intoxication. Très peu ou pas de fièvre, les malades sont seulement dans un état pénible d’agitation et d’énervement continuel produit par les démangeaisons qu'elles ressentent jour et nuit.

Elles ne présentent de plus qu'un très léger amaigrissement et peu de perte de l'appétit.

Mais si, après toutes les preuves cliniques que nous avons déjà données de la vérité de la pathogénie autotoxique que nous soutenons, il nous est nécessaire d’en fournir une qui frappe peut-être plus l'esprit par son côté pratique, nous parlerons des résultats du traitement institué à la clinique Baudelocque par notre excellent maître M. le professeur Pinard.

C'est un fait: les malades encore peu atteintes

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par la dermatose gravidique, c’est-à-dire par l’autointoxication, sont rapidement guéries, les autres, qui viennent trop tard ou qui sont atteintes plus fortement, bénéficient quand même du traitement, en ce qu'elles ne supportent pas elles-mêmes et surtout leurs enfants, les conséquences parfois terribles de cette affection, sur lesquelles nous avons insisté au début de ce travail.

Après ces preuves, purement cliniques de la pathogénie autotoxique de la dermatose gravidique,avonsnous besoin de rappeler que cette origine est prouvée, comme nous l'avons déjà montré, par des preuves scientifiques irréfutables.

L'examen des urines et du sérum sanguinfait, pour les urines, par MM. Perrin en 189%-et Hardouin en 1901 dans leurs thèses, pour le sérum, par M. le D: Boissard, nous permet, je pense, d'affirmer la rétention dans l'organisme de produits toxiques provenant de la désassimilation des matières azotées, ainsi que leur passage dans le sang.

L’hypoazoturie a été constatée deux fois par nousmême et par nombre d'auteurs que nous avons déjà cités plus haut.

Au point de vue histologique nous pouvons citer aussi les conclusions de MM. Leredde el Perrin:

1° « Autour des vaisseaux, uniquement du derme, on voit une diapédèse abondante de lymphocytes ;

2 « À distance des vaisseaux presque exclusivement on trouve une grande abondance de cellules

décrites par Ehrlich ;

30 « La formation des vésicules est extra-cellulaire. Unna note aussi ce fait dans son 77raité d’ Anatomie

pathologique de la peau ;

4 « Le contenu des vésicules est formé de cellules tassées les unes contre les autres, et ces cellules sont presque toutes pourvues de grains éosinophiles. »

« Il semble donc que la peau élimine une substance dont se chargent les globules blancs.

Cette élimination par les globules blancs ne va certainement pas à l'encontre de notre théorie de l’auto-intoxication; car, si on a constaté l’éosinophilie dans plusieurs maladies d'origine microbienne, il est bien évident que ces cellules dans ce cas sont chargées d'éliminer les toxines microbiennes comme elles doivent débarrasser l'organisme des poisons d’origine alimentaire dans la dermatose gravidique.

Enfin la mort, inexplicable autrement que par empoisonnement, de nombreux enfants après l’accouchement nous est une preuve encore plus frappante de la vérité de nos affirmations.

Nous nous croyons donc en droit de conclure que la maladie, dénommée par les classiques herpès gestationis et par M. le D' Brocq « dermatite poly morphe

prurigineuse récidivante de la grossesse »,mérite plu-

tôt, par ses symptômes cliniques et par son origine pathogénique, le nom que lui a donné notre maître

M. le professeur Pinard de dermatose gravidique autotoxique.

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