‹ Dermatose Gravidique AutotoxiqueChapitre 33 sur 40 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

H. S..., jeune femme de vingt et un ans, ménagère, habitant \

Paris, entre à la clinique Baudelocque le 23 janvier 1906 se croyant sur le point d’accoucher.

Elle reste pendant quatre jours au dortoir de la clinique où elle est soignée pour une dermatose gravidique autotoxique dont elle souffre depuis le début de sa grossesse, sans s'être jamais soignée. Elle accouche le 29 janvier d’un enfant du sexe masculin paraissant sain et bien constitué. Elle était au neuvième mois de sa grossese.

Cette femme était enceinte pour la première fois.

Interrogée sur ses parents : elle dit avoir perdu sa mère il y a neuf ans, emportée probablement par la tuberculose pulmonaire.

Son père est vivant et bien portant.

Elle a cinq frères et sœurs tous bien portants.

Quant à ses antécédents personnels, elle dit être née à terme, avoir marché à deux ans et avoir eu dans le jeune âge la coqueluche et les oreillons.

Elle a été réglée à treize ans et toujours régulièrement depuis pendant trois ou quatre jours environ.

À son entrée à la clinique elle paraît, malgré la dermatose

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dont elle souffre, en bon état de santé ;elle est bien conformée et ne présente aucun signe apparent de dégénérescence ou de

maladie grave antérieure.

Ses urines ne contiennent pas d'albumine.

La température est normale.

Elle présente sur presque toutes les parties du corps une éruption composée de macules rouges ; certaines, de la grandeur d’une lentille, d’autres, plus petites, mélangées à de petites vésicules, de la grosseur d'une tête d'épingle, garnies d'un liquide

séreux et transparent.

Ces macules et ces vésicules sont isolées les unes des autres et non en placards : elles sont disséminées sur des régions

symétriques du corps.

Ces lésions sont mélangées à de petites croûtelles brunâtres formées par des vésicules crevées et à des érailluresépidermiques, produites par les ongles de la malade poussée à se gratter conti-

nuellement par les démangeaisons incessantes dont elle souffre.

Les régions du corps, qui sont en ce moment particulièrement atteintes par ces lésions cutanées, sont : les deux mains, les deux pieds ainsi que les doigts et les orteils sur leurs faces dorsales seulement, la paume des mains et la plante des pieds ainsi que les faces correspondantes des doigts et des orteils sont

indemnes ;

Les avant-bras, les bras, sur leurs faces antéro-externes, les jambes, les creux poplités, les cuisses surtout sur leurs faces antéro-externes, sont couvertes de lésions éruptives.

Les épaules dans la région deltoïdienne ;

Les régions sus-claviculaires sus et sous-épineuses. La région

hypogastrique et la région lombaire. Dans toutes ces régions le

LD ES prurit est violent et la malade ne cesse de se gratter nuit et jour, elle peut cependant dormir quelques heures le matin.

La tête et le cou sont indemnes.

Les seins ne présentent que quelques éléments chez cette femme, contrairement à ce qui arrive habituellement.

Voici ce que raconte la malade au sujet de cette éruption.

Elle devait être enceinte depuis un mois environ quand elle ressentit sur tout le corps des démangeaisons continuelles. Quelques jours après elle aperçut de petites taches rouges sur les avant-bras, puis sur les différentes régions que nous avons signalées. Ces macules se transformaient rapidement en vésicules qui en crevant laissaient échapper un liquide clair de couleur citrine, Il se formait alors une petite croûtelle, et celle-ci tombée, il restait une petite macule brunâtre souvent presque imperceptible qui disparaissait au bout de peu de temps.

En même temps que ces phénomènes cutanés se produisaient c'est-à-dire pendant le deuxième mois de sa grossesse la malade commença à souffrir de l'estomac. Elle eut bientôt des vomissements journaliers, si bien qu'au troisième mois de sa . grossesse elle était devenue très faible et se vit contrainte de garder le lit, pendant la plus grande partie de Ja journée, jusque vers la fin du quatrième mois. ,

Les vomissements avaient disparu peu à peu à cette époque, etle prurit ainsi que l’éruption avaient presque complètement cessé.

L'état de la malade s'était amélioré et elle avait repris ses occupations journalières qui consistaient seulement à faire son ménage.

Au cinquième mois elle commença à sentir de nouveau des

démangeaisons violentes et une nouvelle éruption apparut.

re Elle alla consulter un médecin en ville qui lui dit qu'elle ne pourrait se soigner qu'après son accouchement. Depuis cette époque elle eut, jusqu’au moment où elle vint à la clinique Baudelocque, des éruptions successives accompagnées de prurit, en tout semblables à celle que nous venons de décrire.

Dès le jour de son entrée, le 23 janvier, elle fut soumise au repos absolu au lit et au régime lacté. Nous devons faire remarquer ici que pendant toute sa grossesse cette femme a eu une nourriture saine et abondante et n’a suivi aucun régime sauf à l’époque où elle eut des vomissements fréquents.

Les deux derniers jours de sa grossesse les 27 et 28 janvier les démangeaisons diminuèrent et l'éruption ne se renouvela pas.

Elle accoucha dans de bonnes conditions après un travail d’une durée normale. Ses urines ne présentaient pas d’albumine au moment du travail.

Après l'accouchement jusqu'au 6 février, jour où sur sa demande elle quitta la clinique Baudelocque, elle ne souffrit d'aucune démangeaison et nous ne vimes survenir aucune nou-

velle lésion cutanée.

Nous faisons remarquer que cette observation est un cas typique de dermatose gravidique autotoxique. Nous croyons que les vomissements presque incoercibles, dont la malade à souffert pendant près de deux mois, sont une preuve d'auto-intoxication démontrée en tout cas par l’éruption qui les a suivis. Dans ce cas évidemment la dermatose a été très

légère, et cela s’explique par la bonne santé anté-

rieure ;dont cette femme a toujours joui ainsi que

par le repos et les soins hygiéniques que son intelligence et sa situation de fortune lui permettaient de prendre.

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