‹ Dermatose Gravidique AutotoxiqueChapitre 37 sur 40 · LA · texte numérisé non relu

LA

Quant à elle-même, elle est née à terme, a marché à l’âge de un an, a été réglée à seize ans toujours régulièrement depuis,

pendant trois ou quatre jours.

Elle ne se souvient pas avoir été malade, ni dans son enfance ni depuis qu'elle est mariée jusqu'en 1903 où pendant sa troisième grossesse elle a été atteinte de pneumonie depuis cette époque ; d’ailleurs elle tousse un peu tousles hivers. Néanmoins son état de santé est satisfaisant, elle a assez bon appétit mais

cependant un dégoût marqué pour la viande.

Pendant ses trois premières grossesses elle n’a souffert d'aucune démangeaison pi d’éruption d'aucune sorte, ni jamais d’ailleurs durant sa vie et voici ce qu'elle raconte au sujet de sa

quatrième grossesse : !

Enceinte depuis le mois de juillet 1905 elle a eu peu d'appétit pendant les trois premiers mois ; mais, pendant le second

trimestre de sa grossesse elle mangeait au contraire beaucoup.

Vers la fin du mois de décembre, au sixième mois par conséquent, elle avait mangé des huîtres à son souper et dès le lendemain elle ressentit des démangeaisons qui allèrent en augmaentant d'intensité pendant huit jours ; mais, dès le lendemain de l'absorption des huîtres elle avait remarqué quelques vésicules sur la face dorsale des mains ; au bout de huit jours, en même temps que le prurit était si violent qu'elle ne pouvait absolument pas dormir, l’éruption s'était généralisée.

Les avant-bras, les bras, les épaules, la partie antérieure des cuisses et surtout les jambes étaient couvertes de vésicules, la.

région hypogastrique était aussi atteinte ainsi que la partie

supérieure des seins.

Quinze jours après cette éruption la malade était à bout de

forces, elle n'avait plus d’appétit, et ne pouvait que boire un peu de lait et de bouillon ; elle n'avait pu dormir que deux ou trois heures par jour et elle s'était alitée. Cet état de chose dura jusqu'au commencement de février 1906 époque où le prurit et l’'éruption diminuèrent d'intensité.

Mais alors survint une complication très pénible, la malade commença à souffrir de douleurs de tête très violentes, elle ne fit que souffrir nuit et jour, et bien qu'elle ait absorbé tous les jours une certaine quantité d’antipyrine, les douleurs ne se calmaient pas.

C'est alors qu'elle se présenta à la clinique Baudelocque le 26 février. Le lendemain de son arrivée elle fut purgée avec de l’eau-de-vie allemande et soumise au régime lacté absolu.

Nous vimes cette malade dès le lendemain de son entrée à la clinique, et nous eûmes un peu de peine à l’interroger car les violentes douleurs de tête dont elle souffrait la rendainet un peu sourde.

Sur les différentes régions que nous avons indiquées tout à l'heure comme ayant été atteintes par la dermatose, on remarquaità ce moment une grande quantité de macules brunâtres de la grandeur d’une tête d’épingle, certaines macules cependant étaient de la dimension d’une pièce de x franc et la malade nous dit qu’elles élaient la marque d’ulcérations qui s'étaient agrandies par suite de la formation, après une petite vésicule initiale, de bulles de la grosseur d’un pois ou d’un haricot.

Du 26 février au 2 mars les maux de tête de la malade ne font qu'augmenter d'intensité et l’empêchent de dormir ; à ce jour apparaît un écoulement léger de pus par les conduits

auditifs externes. Malgré un examen soigneux de ces conduits

on ne peut pas découvrir l’origine de cet écoulement, A partir de ce moment la surdité de la malade augmente rapidement et l'on ne peut que difficilement se faire entendre d'elle.

Elle présente à partir du 5 mars une légère ascension de la température dans la soirée de 37° 5 à 38 degrés.

Les démangeaisons de la dermatose recommencent à se faire sentir et il se produit une éruption de vésicules bientôt transformées en pustules, localisée surtout aux seins au pourtour du mamelon, aux mains dans les espaces interdigitaux sur leur face dorsale. Le prurit est aussi violent sur les cuisses et dans les régions fessières, aux pieds également ; dans ces dernières régions apparurent de vraies vésicules qui se transformèrent en grosses bulles purulentes, qui, après ävoir crevé, laissèrent des ulcérations arrondies de la grandeur d’une pièce de 2 francs. Celles-ci étaient peu profondes à fond rosé légèrement humide, entourées de bords rouges légèrement surélevés et non décollés. Le fond de ces ulcérations se recouvrit bientôt de squames

jaunâtres et guérirent rapidement, grâce à quelques applications

d'emplâtre de Vigo, en laissant de grandes cicatrices brunes.

Le 13 mars l'écoulement d'oreille de la malade augmentant et la température restant à 37° 5 le matin et à 38 degrés le soir, on décida de placer la malade dans le pavillon d'’isolement. Mais tous les lits de ce service à la clinique Baudelocque étant occupés, on fut obligé de prier M. Charrin de prendre la malade dans son service.

Elle y reste jusqu’au 30 mars, jour où elle revient guérie à la clinique pour accoucher.

À ce moment toute démangeaison et éruption a cessé, L'écoulement des oreilles a complètement disparu, mais elle reste

dans un état de surdité presque absolu.

Pendant son séjour dans le service de M. Charrin la malade a souffert de l’éruption abondante qui avait commencé à Baudelocque et dont nous venons de parler. La plupart des vésicules et des bulles se transformaient en pustules. La température oscillait entre 37° 5 et 3805.

L'examen des urines fait par M. le pharmacien de la Maternité le 14 mars et le 26 mars ne révèle pas de sucre ni d’albumine mais seulement de l'urobiline.

Elle revint à la clinique le 30 mars et accoucha le rer avril d’un enfant bien constitué et paraissant sain.

Dès le lendemain de l'accouchement on remarqua plusieurs vésicules et bulles d'herpès aux organes génitaux sur les petites lèvres; celles-ci crevèrent bientôt, et il se forma une ulcération de la grandeur d’une pièce de 2 francs, celle-ci n'avait nullement l'aspect d’une lésion syphilitique, les bords n'étaient pas décollés ni taillés à pic et elle ne reposait pas sur une base indurée,

Elle guérit d’ailleurs au bout de peu de jours. La malade était dans un bon état de santé, elle ne ressentait plus de démangeaisons et aucune nouvelle éruption ne paraissait, mais elle resta pendant près de quinze jours encore dans un état de surdité très pénible. |

Elle était restée évidemment soumise au régime lacté absolu,

Lorsqu'elle quitta la clinique l’ouïe lui était revenue presque complètement en l’espace de trois ou quatre jours et les traces de sa dermatose disparaissaient rapidement.

Son enfant, qu'elle allaitait, était dans un état de santé

satisfaisant.

Nous croyons nécessaire de faire la remarque sui-

vante au sujet de cette observation,

Cette femme, atteinte de dermatose gravidique autotoxique au sixième mois de sa grossesse, à présenté une complication fréquente chez les parturientes qui ne suivent aucun traitement el qui ne prennent pas les soins de propreté nécessaire en pareil cas, elle a été victime d'une infection secondaire des lésions cutanées de la dermatose, infection qui,en provoquant une suppuration des deux conduits auditifs, aurait pu lui faire perdre l’ouïe définitivement et, en augmentant l'intoxication générale de son organisme, aurait été cerlainement très préjudiciable à sonenfant si, par un heureux hasard, les violents maux de tête dont elle souffrit en février ne l'avaient contrainte à venir à la clinique Baudelocque où elle

fut soignée.

Page 1