OBSERVATION IV
MneR. L..., âgée de vingt-six ans, sans profession et faisant
seulement son ménage, enceinte pour la première fois, est accouchée à la clinique Baudelocque le 30 mars 1906 à la fin du huitième mois de sa grossesse, car ses dernières règles datent du 10 au 1 juillet,
Cette femme dit avoir perdu son père lorsqu'il avait trenteneuf ans, il était atteint de tuberculose pulmonaire.
Sa mère est vivante et bien portante.
Elle a une sœur vivante,
A . L x 4 ® s La Elle-même est née à terme, a marché à seize mois, a été
ee À 7 — réglée à seize ans et toujours régulièrement depuis pendant quatre ou cinq jours.
On remarque qu'elle a le teint jaunâtre, ce qui vient de ce qu'elle a habité pendant vingt ans la Nouvelle-Calédonie d’où elle est revenue depuis peu de temps. Elle dit n'avoir jamais été malade depuis sa naissance et n'avoir notamment jamais souffert de la fièvre paludéenne. Nous n'avons pas trouvé en l’examinant d'hypertrophie du foie ni de la rate.
Me R. L... a été souffrante pendant le cours de sa grossesse et a été soignée pendant quelque temps avant son accouchement à la clinique Baudelocque. Voici ce qu’elle raconte à ce sujet :
Elle souffrait depuis plusieurs années d’une constipation opiniâtre qui ne cédait que momentanément aux laxatifs employés.
Elle ressentait aussi assez souvent des douleurs localisées à l’hypochondre droit.
Le 31 décembre dernier, en se levant, elle a une perte, assez abondante, de sang rouge, sans caillots, elle en évalue la quantité à 1 litre environ.
Elle se met au lit et prend des injections chaudes. Au bout de deux jours environ l’hémorragie s'arrête complètement.
Huit jours après elle est prise brusquement d’une douleur très aiguë dans la fosse iliaque droite. Elle n’a pas de vomissements et sa température est normale.
Un médecin appelé diagnostique un appendicite et fait appliquer sur la région des cataplasmes chauds. Ce traitement est suivi pendant cinq jours sans résultat, On lui fait mettre alors de la glace et la douleur se calme.
Après cette crise la malade ne peut plus uriner. Un médecin
la sonde pendant trois jours. Les urines recueillies sont troubles mais né contiennent pas d'albumine.
Après ces trois jours une nouvelle crise survient. Douleur dans l'hypochondre droit.
Les vomissements n'apparaissent qu'après une piqüre de morphine. Elle rend des aliments (lait caillé) et un peu de bile.
Elle vomit deux fois seulement et ses douleurs se sont calmées.
Pendant et après cette dernière crise la miction était normale.
Après la crise la température est tombée à 35 degrés et 36 degrés elle n'a jamais dépassé 37 degrés.
La malade n'a eu que ces deux crises.
Depuis elle ressent une douleur sourde dans la fosse iliaque droite ; douleur qui l'empêche parfois de dormir.
Les urines ont toujours été troubles.
Les mictions sont plus fréquentes.
La malade éprouve de temps en temps des douleurs un peu plus vives au niveau de la région rénale droite. Cette douleur provoque un léger besoin d’uriner et redouble au début de la miction qui se produit alors.
Elle se renouvelle cinq ou six fois par jour et autant la nuit.
La quantité d'urine est d'environ 1 tre 1/4 à rlitre 1/2 par vingt-quatre heures.
Cette femme vient àla clinique Baudelocque le 23 févriér 1906.
M. Pinard l’examine et trouve une sensibilité très marquée à la pression au-dessous des fausses côtes droites en avant et dans la région lombaire correspondante.
Il y a défense de la paroi et impossibilité de sentir une tumeur
dans le ventre,
M. Pinard met la femme en surveillance, dans le service et prescrit le régime lacté absolu et de l’eau d’Evian, le repos au lit.
Les urines sont recueillies et examinées au point de vue du pus.
Examen. — L'urine, provenant du n° rt dela salle Levret et remise hier, présentait un dépôt floconneux considérable. Filtré, ce dépôt, après avoir été coloré selon les procédés habituels, a été examiné sur différentes plaques au microscope.
Sur chacune nous y avons relevé la présence indubitable de globules de pus polynucléaires en nombre assez considérable.
Pendant le séjour de cette femme à la salle Levret les douleurs diminuent d'intensité tout en restant assez marquées pour empêcher l'exploration de la région douloureuse.
La constipation est toujours opiniâtre, il y a de légères ascensions thermiques mais toujours inférieures à 38 degrés. Une seule fois le re mars on note 385.
Les urines sont troubles et d'une quantité de # litre 1/4 à 1 litre 1/2.
La malade demande à sortir le 11 mars promettant de se soigner chez elle.
Elle n’est revue que le 30 mars à la clinique Baudelocque, à l'apparition des premières douleurs du travail. Elle présentait àäce moment une très légère éruption de vésicules disséminées en diverses parties du corps et se plaignait surtout de démangeaisons intolérables.
Voici ce qu’elle dit au sujet de cette dermatose :
Vers le 8 mars, environ trois jours avant sa sortie de la clinique elle avait commencé à ressentir des démangeaisons sur les
avant-bras et les jambes. Chez elle le prurit augmenta rapide-
ment et fut à tel point violent qu'elle n’a pas pu dormir une seule nuit depuis le 12 mars et nous sommes, au moment où elle parle, au 1er avril, Vers le 15 mars elle remarqua de petites vésicules de la grosseur d’une tête d'épingle isolées les uncs des autres sur les mains face dorsale puis sur les avant-bras, peu sur les bras mais c’est surtout sur les jambes, dans la région tibiale, que les vésicules furent nombreuses et c'est dans cette même région que les démangeaisons furent toujours le plus insupportables.
Les pieds sur la face dorsale, les cuisses et les creux poplités furent aussi atteints par l'éruption. Celle-ci fut très légère sur les seins et dans la région hypogastrique.
Chez cette femme trois jours après l’accouchement, le 4 avril, les démangeaisons, qui s'étaient calmées presque complètement depuis le 30 mars, recommencèrent à être insupportables ; l'éruption se montra de nouveau dans les régions que nous venons de signaler.
Elle était peu abondante et jamais les vésicules ne se transformaienten pustule. La température était normale.
La malade ne put dormir jusqu'au 15 avrii où le prurit et l'éruption cessèrent enfin, ellene put toutefois quitter la clinique car son enfant né avant terme était très débile et on avait été obligé de le mettre dansune couveuse. Ce n’est que le 30 avril que la malade quitta la clinique complètement guérie.
Voici le résultat d'une analyse d'urine faite le 3 avril 1906. Au point de vue du dosage de l’urée, la malade ne présentait pas d'éruption, ce n’est que le 5 que celle-ci apparut de nouveau. Le dosage de l’urée a été fait par les procédés Yvon et Regnault : la moyenne des résultats donne 14 gr. 09 par litre.
On trouve des traces d’urobiline par le procédé de Grimbert,
mais pas de pigments biliaires par la réaction de Gmelin. L'urine a une réaction acide.
La densité est de 1.014.
On peut remarquer que cette analyse d’urines indique une diminution notable de l’excrétion de l’urée et par conséquent de l’hypoazoturie. Cette remarque a, suivant nous, d'autant plus de valeur que cette analyse à été faite par hasard deux jours environ avant une poussée nouvelle de la dermatose dont souffrait la malade. Elle montre en effet que l'élimination, des déchets des matières azotées, était insuflisante, et c’est à leur rétention dans l'organisme et à leur présence probable dans le sérum sanguin quil est par conséquent naturel d'attribuer la der-
matose.
É QUSELT 24 FA MT