SCÈNE VI
PAUL, LE COMTE, puis BERNEVILLE.
PAUL, allant à lui.
Enfin, te voilà!
LE COMTE, étonné, souriant.
Quelle émotion!...
PAUL
Eh! mon cher, on ne savait pas ce que tu étais devenu?
LE COMTE, inquiet.
On?... Qui, où?...
Mais... nos amis qui jouent la pièce avec toi.
LE COMTE, l'observant.
Alors, émotion seulement dans les coulisses?
PAUL
Sans doute.
LE COMTE
Boni (11 regarde sa montre.) C'est vrai, il est onze heures passées... Heureusement je suis prêt... Imagine-toi une insupportable affaire qui m'est tombée sur la tète, au moment où je m'y attendais le moins, et qui m'a forcé à m'absenter pour une heure... Oh! rien qui me touche personnellement...
PAUL, abondant dans son sens.
Oui...
LE COMTE, revenant à sa préoccupation.
Ainsi, personne autre que vous n'a pu se douti'r de mon absence?...
BERNEVILLE, entrant vivement par la droite.
Ah! cher comto, enfin, vous êtes prêt!...
PAUL
Tu vois, Berneville, lui-même...
BERNEVILLE
Ah 1 mon Dieu ! comme vous êtes pâle ! Mais votre figure n'est pas faite...
LE COMTE
C'est vrai... une seconde...
Il fait un pas pour aller chez lui.
BERNEVILLE, l'arrêtant.
NonI Pas chez vous! Encore du temps perdu, (criant à gauche.) Nous avons là le coiffeur qui a grimé ces messieurs... (cointet entre.) Une pointe de rouge. (Le comLe s'assied et le coiffeur l'arrange.) On peut toujours jouer l'ouverture, n'est-ce pas?
LE COMTE
Parfaitement !
BERNEVILLE, courant au pan à droite.
Frappez ! Frappez les trois coups, (on entend les trois coups.) Vous êtes bien sûr de votre rôle?
LE COMTE, gaiement.
Gravé sur le bronze.
BERNEVILLE
Vous concevez ma préoccupation?... (courantà la porte du pan coupé.) Perduciéres, guettez bien votre entrée... (Revenant.) Je joue une si grosse partie I... Si la pièce réussit ce soir, pour moi c'est la Comédie-Française... Oui, le prince me le disait encore