LE MARQUIS, LA COMTESSE
LE MARQUIS, ouvrant la porte du fond. La comtesse paraît et le suit.
Ils sont tous en scène... Voyons, Mina, qu'y at-il ?
LA COMTESSE
11 y a que, brusquement, je viens d'être saisie de l'horrible soupçon que mon bonheur est perdu, que mon mari m'abandonne et me trahit !
LE MARQUIS
Et qu'est-ce qui motive ce soupçon? Son absence... et ce télégramme ?
LA COMTESSE, le lui tendant.
Lisez-le. (Avec une agitation croissante.) Ce que je viens de souffrir et ce que j'endure... ce n'est pas croyable !... Avoir le bonheur le plus complet qu'une femme puisse rêver... Et, en une seconde, tout perdre !... le présent, l'avenir... n'avoir même plus le droit de croire au passé... Ce passé radieux, tout plein de joies, de sourires et d'ivresses, et qui n'a été, peut-être, lui aussi, qu'un long mensonge ! (on entend applaudir à la cantonade et crier bravo. — Musique cesse.) Du reste tout n'est-il pas mensonge?... Tout! Jusqu'à cette fête... qui va servir à cacher mes larmes!...
LE MARQUIS, après avoir lu.
Voyons, calmez-vous, et tâchons de raisonner... Rien, dans l'attitude d'Armand, n'avait-il pu vous mettre en éveil ?
LA COMTESSE
Rien. Il était chaque jour le même. Ses occupations, ses heures de sortie n'étaient point changées. Je l'ai trouvé... à mon gré, disposé à m'accompagner et toujours aimable, empressé, souriant...
LE MARQUIS
Et cette Lucie... aucune présomption? Quelqu'une de vos amies porte-t-elle ce nom?...
LA COMTESSE
Aucune...
Le MARQUIS.
Cherchez bien.
LA COMTESSE
Oh! Depuis un quart d'heure ma pensée bouillonne!... Croiriez- vous que j'ai eu un instant l'idée que, peut-être, avant son mariage avec moi... Armand avait eu une fille dont il n'avait point voulu me parler, et dont il s'occupait secrètement.