LUGIE, BERNARD-PELLIER ARMAND
BERXARD-PELLIER, très élégant, très galant.
Je suis très touché, mademoiselle, croyez-le bien, que vous ayez pensé à me confier le soin de vos intérêts.
N'était-ce pas tout naturel?... Depuis trois mois que j'habite Paris, vous êtes, monsieur, en exceptant mon cousin, M. deFontenay,la seule personne
avec laquelle je sois entrée en relations. J'ai vécu très retirée, dans cette villa de l'A.venue Maillot, avec ma bonne et chère tante. Hormis le facteur qui apporte ici les lettres et les journaux, nul, j'en suis sûre, ne connaît mon nom... Gomme on me voit sortir à des heures régulières, pour me promener dans le Bois de Boulogne avec mon lévrier Michigan, on m'appelle la dame au chien... Voilà tout ce qu'on sait de moi... Et c'est assez peut-être pour qu'on en dise du mal... .Jusqu'à ces jours derniers, j'ai été très tranquille, très heureuse. Brusquement le malheur s'est abattu sur cette maison... Ma tante, madame Mathisen, une femme parfaite qui ne m'avait pas quittée depuis que j'ai perdu mon père et ma mère, m'a été enlevée en quelques heures par un mal foudroyant, et désormais, dans la vie, me voilà seule.
ARMAND, protestant.
Lucie...
LUCIE
Oui, mon cher comte, je serais une ingrate si je n'appréciais pas à leur valeur, tous les témoignages de sympathie et de dévouement que j'ai reçus de vous, mais rien ne remplace, croyez-moi, une affection toujours présente. Dans le premier instant, je me suis sentie si isolée, l'avenir s'est offert à moi si vide que j'ai pensé à repartir pour mon pays, pour l'Amérique, où au moins je retrouverais le passé... si douloureux pourtant!... Et puis j'ai réfléchi, et moitié entraînée par mon penchant, moitié gagnée par les prières d'un ami, (Tendant la main à Armand.) je me résigne et je reste.
BERNARD-PELLIER
Et vous avez grandement raison. Nulle part au monde vous ne serez plus tranquille qu'ici, au point de vue matériel, (insistant.) plus libre.