‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 31 sur 91 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LUCIE

Oh! cela, peu importe! Je me plie à tout... et sans grand effort. J'ai été élevée auprès des grands lacs du Canada, au bord du Saint-Laurent, dans les larges plaines et les vastes forêts, courant à mon gré, comme un cheval sauvage... Et, du jour au lendemain, j'ai dû m'enfermer dans la petite ville de Dorchester, pour liquider mon héritage... Puis, autre changement, je suis venue ici, et il m'a fallu m'habituer à vos façons françaises, qui ne sont pas du tout conformes à nos habitudes américaines... Eh bien! je m'y suis faite, et j'ai tout transformé en moi, même mon caractère...

ARMAND, souriant.

Ohl

LUCIE, de même.

Non? Je me flatte?... Je ne me suis pas civilisée autant que je le crois? En tout cas l'intention était bonne!... Et, si je ne suis pas plus complètement changée, peut-être la faute est-elle surtout à ceux qui avaient la charge de me guider et de me conseiller.

ARMAND, gaîment.

Allons, le vrai coupable, c'est moi. Mais fallaitil vous faire perdre cette spontanéité, cette franchise, qui sont un des charmes de votre nature, et grâce auxquelles depuis un quart d'heure vous mettez M. Bernard-Pellier, au courant de toutes les circonstances de votre vie...

LUCIE, à Armand.

J'ai trop parlé?

ARMAND

Non! car vous êtes charmante à entendre.

BERNARD-PELLIER

Et croyez bien, mademoiselle, que votre confiance...

LUCIE

Ohl je sais... Le notaire : un confesseur laïque... comme on dit dans votre pays... Mais je ne veux pas abuser de votre complaisance... Quels sont les papiers que je dois vous remettre?

BERNARD-PELLIER, changeant d'allure, et prenant le ton de l'homme d'affaires.

Madame votre tante était originaire de quel pays?

LUCIE

De Hollande, comme mon père... Son nom de jeune fille était Clara Andrimont. Elle avait épousé M. Gornélis Mathisen, armateur à Dordrecht... et avait hérité de lui aux termes de son contrat...

BERNARD-PELLIER

Donation au dernier vivant?

LUCIE

Parfaitement,

BERNARD-PELLIER

Nul autre que vous n'est habile à succéder?

LUCIE

Nul autre.

BERNARD-PELLIER

Il faut donc me donner l'acte de naissance de la défunte, son acte de mariage, son contrat avec Mathisen... Votre acte de naissance à vous... (Reprenant le ton léger et galant.) Mademoiselle, je vais savoir votre âge...

LUCIE

J'ai vingt-trois ans... je ne les cache pas.

BERNARD-PELLIER

Ils sont assez beaux à montrer.

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