SCENE II BERNARD-PELLIER, ARMAND
BERNARD-PELLIER
C'est certainement à vous, comte, que je dois la marque de confiance que me donne mademoiselle Andrimont: je vous en remercie.
ARMAND
Vous ne me devez aucune reconnaissance. C'est mademoiselle Andrimont, de son propre mouvement, qui vous a écrit pour vous demander de la venir voir... Elle s'est souvenue que c'est à vous, ayant découvert que vous étiez mon notaire, qu'elle
s'était adressée, il y a trois mois, à son arrivée à Paris, pour entrer en relations avec moi... Elle avait gardé bonne opinion de votre complaisance, de votre bonne grâce et de votre sagacité. Elle vous le prouvé en vous donnant sa clientèle... Voilà tout.
BERNARD-PELLIER, étonné.
Je n'ai pas perdu le souvenir de cette première entrevue, entre elle et vous, dans mon cabinet... J'avais été émerveillé de l'originalité charmante de la jolie étrangère... Cette entrée en matière m'avait ,paru tout à fait romanesque... Il s'agissait, n'est-il pas vrai, d'une miniature qui aurait été envoyée quelque trente ans auparavant au vieux marquis de Pont-Croix, votre grand-père, et qu'elle réclamait comme le seul portrait qui existât de sa mère... C'était tout ce qu'elle souhaitait au monde... Le portrait ou plutôt... (Avec une intention bouffonne.) la croix de sa mère!...
ARMAND, très sérieux.
Mais vous avez tort de plaisanter... Rien n'était plus sérieux...
BERNARD-PELLIER
Vraiment?
ARMAND
La miniature qui était bien celle de Laurence de Pont-Croix, propre sœur de ma mère, était chez moi, comme mademoiselle Andrimont l'avait soupçonné...
BERNARD-PELLIER
Et vous la lui avez rendue?
ARMAND
Et je la lui ai rendue.