‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 35 sur 91 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

ARMAND

Soixante mille francs de rente à elle... L'héritage de madame Mathisen va lui en donner autant. Vous voyez qu'elle est à son aise...

BERNARD-PELLIER

Superbe parti!... Pourquoi ne point se marier?

ARMAND, après un froncement de sourcil et un court silence.

Elle ne veut pas !

BERNARD-PELLIER

Elle ne pourra cependant pas toujours vivre ainsi. Lorsque sa tante existait... bon... mais maintenant? Toujours seule, avec la perspective d'un quart d'heure de visite de vous, en tout et pour tout, depuis le matin jusqu'au soir?... Cet état-là ne pourra pas se prolonger... Sans compter tout ce qu'il a de compromettant.

ARMAND

Eh ! je le sais bien.

BERNARD-PELLIER

Un homme tel que vous n'échappe pas longtemps à la curiosité publique... Vous voyant entrer ici, nul n'ira imaginer ce qui est... « Un ami pour mademoiselle Andrimont, le comte de Fontenay?... » dira-t-on. Il faut être Bernard-Pellier, et en avoir toutes les preuves que vous venez de me donner, pour le croire ! Mais n'importe qui ?... « Allons donc ! Le comte est l'amant de cette ravissante femme. »

Taisez-vous ! Si elle vous entendait!

BERNARD-PELLIER

Eh! Elle, ce ne serait rien encore. Mais supposez

que ce bruit parvienne jusqu'aux oreilles de madame de Fontenay...

ARMANDjl'attirant du côté opposé à celui parlequel Lucie est sortie.

C'est là mon inquiétude incessante !... Vous savez quelle affection profonde j'ai pour la comtesse... Elle pourrait prendre du souci des relations tout amicales que j'ai avec mademoiselle Andrimont... Et j'en serais au désespoir... Je suis donc obligé de me cacher, comme si je faisais le mal.

BERNARD-PELLIER, souriant.

Et, avouez-le, ce mystère n'est pas sans prêter à votre intimité un charme de plus ?... C'est la fable de l'Amour et de Psyché, accommodée au goût moderne... Mais si Psyché devenait curieuse, que feriez-vous ?

ARMAND, avec fermeté.

Je lui dirais tout... J'ai bien souvent regretté d'avoir manqué de franchise tout d'abord. Mais quand on s'est embarqué dans une tromperie, on a embarras et honte à faire retour en arriére, et à avouer. On se dit : Remettons à demain, l'heure présente est si douce, ne la troublons pas... Et, de remise en remise, on arrive à être pris en flagrant délit, sinon de mensonge, au moins de duplicité... Alors, pour obtenir l'oubli de torts légers, on est forcé de se donner cent fois plus de mal qu'il n'en aurait fallu pour vaincre au début toutes les résistances. Mais ces beaux raisonnements arrivent trop tard... Ce qui est fait est fait.

BERNARD-PELLIER, légèrement.

Comte, le cas échéant, vous pourrez faire appel à mon témoignage.

ARMAND, avec une gravité un peu menaçante.

Pour le moment, je ne réclame que votre discré-

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