ACTE DEUXIEME r
il est bon qu'il ne me voie pas si intime avec vous... Et avant le dîner, je ferai en sorte de venir encore vous dire un petit bonsoir.
LUCIE
Non, ne revenez pas... J'aurais honte d'abuser ainsi de vous... Je ne sais ce qui se passe en moi depuis huit jours, le chagrin m'a énervée... J'étais plus forte et plus résolue autrefois... La solitude ne me faisait pas peur... Mais je retrouverai mon courage... Pardon... oubliez ce que je vous ai dit.
ARMAND
Non, pas. Vous souflfrez. Malgré tout ce que vous pourrez me dire, je reviendrai.
BERNARD-PELLIER, se levant et revenant.
Mademoiselle, c'est très complet... Et nous avons de quoi vous faire envoyer en possession... Mais, je vois dans vos actes que monsieur votre père se nommait Van Andrimont... Van... c'est la particule.
LUCIE, avec âpreté.
A partir de son mariage, mon père a signé Andrimont tout court, voulant que la famille de mademoiselle de Pont-Croix, puisqu'elle avait honte de lui, eût honte pour quelque chose !
BERNARD-PELLIER
Mais vous, mademoiselle, ne pourriez-vous rétablir votre nom, conformément à l'état civil... Ce serait préférable.
LUCIE
Non, monsieur, je tiens à m' appeler comme mon père... C'est ce que je puis faire de mieux .,
ARMAND, à Bernard-Pellier.
Vous voyez...
BERNARD-PELLIER
Est-ce que vous partez, comte? Voulez-vous me faire l'honneur d'accepter une place dans ma voiture?
ARMAND
Oui, vous me jetterez rue Royale, en passant...
BERNARD-PELLIER
Mademoiselle, comptez sur mon zèle...
LUCIE
Et vous, mon cher maître, sur ma reconnaissance.
ARMAND
Au revoir, Lucie... à tout à l'heure!
Elle conduit les deux hommes vers le fond, les suit un instant des yeux, puis revient en scène, marche distraitement vers la cheminée, à droite, sur laquelle est un bouquet auquel elle prend une fleur qu'elle respire une seconde et qu'elle jette ; puis elle sonne.