ACTE DEUXIEME
LUGIE
La comtesse, me voyant seule au monde, dans un mouvement d'exquise bonté, m'a engagée à me rapprocher d'elle, et m'a proposé de vivre à ses côtés...
ARMAND
Je n'en suis pas surpris. C'est la meilleure et la plus généreuse des femmes !...
LUCIE
Eh bien! Que dois-je faire?
ARMAND
Accepter.
LUCIE
Le puis-je?
ARMAND
Qui vous en empêcherait?
LUCIE
Vous... peut-être.
ARMAND
Moi?
LUCIE, très grave.
Oui. Depuis que la comtesse s'est révélée subitement à moi, depuis que je l'ai vue, que j'ai causé avec elle, bien des choses qui jusque-là me paraissaient naturelles, me semblent maintenant équivoques... Entre un ho nme et une femme, il peut exister plusieurs sortes d'affection, et il faut que je sache quelle est celle que vous avez pour moi... J'ai eu des doutes quelquefois à ce sujet... Je n'en veux plus avoir. Connaissant votre femme, c'est une question de dignité, et sur ces questions-là je ne transigerai jamais... Répondez-moi donc aussi loyalement que je vous interroge. En vous, est-ce
un ami sincère, dévoué, mais seulement un ami que je dois trouver?
ARMAND, très troublé.
Lucie !
LUCIE, avec force.
Oh! Parlez à cœur ouvert, sans réticences... Ma résolution est prise et je l'exécuterai sans faiblesse... Ou j'obtiendrai l'assurance que je vous demande, ou bien je partirai, et vous no me reverrez plus jamais.
ARMAND, à part.
La perdre !
LUCIE, l'observant.
Vous ne me répondez pas?
ARMAND, reprenant son sang-froid.
Je cherchais si quoi que ce fût, dans ma conduite passée, avait pu légitimer vos inquiétudes, et je ne trouvais rien... (Avec chaleur.) Je vous ai, dés le premier jour, voué une affection profonde. J'ai essayé en toutes circonstances de vous la témoigner... Et je serais bien malheureux, ayant sincèrement voulu vous servir, vous rassurer, vous consoler, si je n'avais réussi qu'à vous inspirer des soupçons et de la crainte.
Oh! ne vous méprenez pas sur le sentiment qui m'anime. Je n'ai point douté de votre affection... Bien au contraire!... Mais je veux des garanties pour l'avenir. Et ces garanties, c'est à votre honneur que je les demande. Puis-je, en toute sécurité de conscience, entrer dans la maison de madame de Fontenay? Oui, ou non?
ARMAND, avec fermeté.
Oui.