‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 47 sur 91 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LUCIE

Mais vous vous méprenez complètement. Je ne vous adresse aucun reproche, et je ne vous demande aucune justification. C'est vous qui paraissez irrité. Pourquoi voulez-vous que je vous traite en criminel? Parce que vous avez une femme et que vous n'en avez jamais parlé jusqu'ici? Mais quand vous êtes entré chez moi, vous a-t-on demandé si vous étiez marié ou célibataire? Qu'importait que vous fussiez libre ou non? (Dédaigneusement.) Pour ce que je voulais faire de vous, c'était très indifférent, et cela continue à l'être. Vous n'aviez pas de femme? Fort bien. Vous en avez une? Encore mieux! Alors que signifient vos alarmes? Rien n'est perdu, croyez-le lîien, ni pour vous, ni pour moi : il n'y a qu'un ménuge de plus, voilà tout.

ARMAND, s'efiforçaut de sourire.

Soit. J'étais pour moi plus sévère que vous ne l'étiez vous-même.

LUCIE

Oh! ne chantez pas victoire. Votre affaire n'est pas encore bonne. Car si vous n'êtes pas coupable envers moi, vous l'êtes singulièrement envers votre femme. Que vous ne m'ayez point parlé d'elle, soit. Mais comment expliquez-vous que vous ne lui ayez point parlé de moi?

ARMAND

C'est cependant fort simple : ma conduite d'un côté était la conséquence de ma conduite de l'autre. Il fallait à chacune tout révéler ou tout taire.

LUCIE

Vous croyez?

ARMAND

La comtesse aux premiers mots dits par moi, se

serait écriée : « Votre cousine?... Amenez-lal... » Seriez-vous venue?

Non.

ARMAND

Vous voyez. Alors elle serait venue elle, et plus tôt, mais inévitablement aurait eu lieu celte entrevue dont vous ne me dites rien, quoique j'aie hâte d'en savoir le résultat.

LUCIE

L'entretien a d'abord été orageux, car la comtesse arrivait avec l'idée que vous la trompiez... (Geste d'Armand.) Oh! tout simplement! Et à sa place toutes les femmes en auraient cru autant... Mais ceci ne me regarde pas, ce sont vos torts personnels et vous vous débrouillerez chez vous, comme vous pourrez... En ce qui me concerne, mes explications ont ramené la comtesse à une plus juste appréciation des choses, et, au bout d'une demiheure, nous étions tout à fait en confiance.

ARMAND, se mordant les lèvres.

Alors?

Alors j'ai pu juger pleinement quelle femme parfaite est madame de Fontenay. J'ai été désolée d'avoir contribué, même inconsciemment, à troubler son repos, et j'ai pris la résolution formelle de tout faire pour lui rendre la sécurité dans le présent et lui éviter toute peine dans l'avenir... Aussi, je suis bien aise que vous soyez là, car j'ai une résolution à prendre, et celle que je prendrai, c'est vous qui me la dicterez.

ARMAND

Gomment cela?

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