‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 54 sur 91 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LA COMTESSE, assise.

Impassible en apparence, mais fiévreux, et souffrant cruellement, j'en suis sûre...

LE MARQUIS, assis.

Mademoiselle A.ndrimont?...

LA COMTESSE

Oh ! je n'ai pas un reproche à lui adresser... C'est la plus honnête des femmes... Tous les engagements qu'elle avait pris envers moi, elle les a tenus... Je lui avais offert une affection maternelle... elle m'a rendu une affection filiale.

LE MARQUIS

Boni Voilà des rapports parfaits!... Vous l'aimez, elle vous aime... Rien de mieux... Mais dans quels termes est-elle avec votre mari?

LA COMTESSE

Elle lui montre une bonne et franche amitié.

LE MARQUIS

Et lui?

Presque de l'éloignement.

LE MARQUIS, grave.

Ah!

LA COMTESSE

Il y a même des moments où il paraît prêt à s'emporter contre elle, où il est rude, presque brutal. C'est quand elle est entourée par cette jeunesse aimable et joyeuse qui vit auprès de nous. Alors il a de soudains accès de misanthropie, il disparaît, et on ne le revoit qu'au bout de plusieurs heures, calme en apparence, mais bourrelé d'ennuis en réalité... Quant à elle, on croirait

qu'elle ne veut s'apercevoir de rien... Mais moi, je vois tout, et je me maudis et je m'accuse.

LE MARQUIS

Vous vous accusez? Et de quoi, grand Dieu?

LA COMTESSE

Je m'étais crue bien habile en attirant Lucie auprès de moi, et j'ai aggravé le danger en la rapprochant d'Armand. Ne pouvant les surveiller, je devenais folle de jalousie. Les ayant sous mes yeux, je deviens folle de désespoir... Voilà où j'en suis, au bout de quatre mois d'épreuve, et je ne crois pas qu'il y ait de sort plus misérable que le mien.

LE MARQUIS

Vous me faites beaucoup de peine, en parlant ainsi, mais vous ne m'étonnez pas. Je vous l'avais dit : Ne cherchez pas à savoir.

Ah! VOUS aviez raison, et j'ai été insensée en ne fermant pas les yeux. Mais à quoi servent les regrets? Maintenant il est trop tard, les adversaires sont en présence. Il n'y a plus à reculer. La partie que j'ai engagée est mortelle... Eh bien! si le sort est contre moi, je paierai... Oh! comme j'ai toujours fait: princièrement!... Ou je reconquerrai ce cœur qui m'appartient, et alors je ne regretterai ni les efforts tentés, ni les peines endurées, ou bien j'échouerai... et alors tout sera dit pour moi...

LE MARQUIS

Mina !

LA COMTESSE

Mon pauvre ami, je ne suis plus à l'âge où une femme recommence son existence, et, d'une tendresse perdue se console par une tendresse nouvelle. Armand ne peut et ne doit être pour moi que le der-

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