ACTE TROISÎEME
nier amour... Et cet amour, je le défendrai comme ma propre vie.
LE MARQUIS
Ma chère amie, dans ma longue carrière diplomatique, j'ai toujours vu toutes les questions comporter plusieurs solutions. Je crois me souvenir qu'en amour il en est de même qu'en politique. Il doit y avoir un moyen de dénouer favorablement la situation, si mauvaise qu'elle soit.
LA COMTKSSK.
Il n'y aurait qu'un moyen efficace, ce serait de séparer Armand de Lucie... Mais comment y arriver lorsque c'est moi-même qui les ai réunis? Rendre la vie insupportable à cette enfant, la contraindre à s'éloigner de nous, ce seraient là des façons odieuses dont la pensée seule me répugne.
LE MARQUIS
Voyons. Si vous restez impuissante contre mademoiselle Andrimont, vous n'êtes pas dépourvue d'action sur Armand. Emmenez-le très loin...
LA COMTESSE
Me suivrait-il? Et s'il me suivait, n'emporteraitil pas avec lui le souvenir de l'autre? J'aurais beau fuir Lucie, je la retrouverais toujours au fond de sa pensée... Absente ou présente elle serait également dangereuse, pour moi... Ce qu'il faudrait, voyez-vous, ce serait un obstacle, placé par ellemême, entre elle et Armand... Tout ce qui ne viendra pas de Lucie sera inutile.
LE MARQUIS
Je ne vous abandonnerai pas dans la situation où vous êtes, et que vous exagérez, je l'espère... Voyons... laissez-moi jusqu'à ce soir pour réfléchir.
LA COMTESSE
Un jour de plus compte peu dans ma misère.
LE MARQUIS, douloureusement.
Oh! Mina, est-ce possible que ce soit vous qui parliez ainsi, vous dont j'ai vu le bonheur triomphant.
LA COMTESSE
La fortune s'est lassée. Elle m'avait accablée, cela m'a rendue exigeante, et je ne sais pas me résigner.