ACTE TROISIÈME
MADAME TRÉSORIER
Comtesse, madame d'Argelès et le duc viennent d'arriver avec Lady O'Donnor.
LA COMTESSE
Je vais les recevoir, (a son mari qui est assis dans un coin, silencieux et absorbé.) Armand, on m'annonce Lady O'Donnor, vous savez, votre passion de l'an dernier, qui nous chantait le soir à Gowes de si jolies mélodies irlandaises.
ARMAND, avec une gaîté affectée.
La charmante femme! J'aurai grand plaisir à la revoir.
Il sort avec la comtesse.
LE MARQUIS
. Mon cher Paul, est-ce que vous n'êtes pas frappé comme moi de l'altération des traitsdela comtesse?
PAUL
Depuis qu'elle est ici, elle ne va pas bien.
MADAME TRÉSORIER
Elle se plaint de violentes douleurs au cœur.
LE MARQUIS
Et cet état ne vous alarme pas?
LUCIE
Si, beaucoup.
MADAME DE JESSAC.
Mais la comtesse ne veut pas cju'on lui en parle, ni surtout qu'on en parle à son mari.
LE MARQUIS
Il doit être inquiet, cependant, car je trouve le caractère d'Armand changé.
TRÉSORIER
Oh! ça... ça tient à une autre cause... Ce cher ami subit la crise du changement de chiffre.
LUCIE
Qu'est-ce que ça veut dire?
TRÉSORIER
Ça veut dire qu'il entre dans sa quatrième dizaine, autrement dit qu'il va avoir quarante ans et cela le rend mélancolique.
LUCIE
Y a-t-il de quoi?
LE MARQUIS
Non certes!... Peste!.., Jeune homme, vous parlez de la quarantaine avec une irrévérence qui vous paraîtra risquée quand vous l'aurez atteinte, et criminelle quand vous l'aurez dépassée... Quarante ans! Mais c'est l'apogée de la force physique et intellectuelle. Pour l'homme c'est l'instant où après avoir beaucoup semé, il commence à récolter, soldat parvient au commandement, homme politique au pouvoir, industriel à la fortune, artiste à la célébrité. Pour la femme c'est l'heure où, beauté épanouie, au charme de la jeunesse, elle ajoute l'éclat de la maturité. Heure précieuse où, pas trop loin du passé, sûre du présent elle peut en souriant regarder l'avenir. Première moitié de la vie où elle s'arrête, un instant, et savoure les joies acquises d'autant plus délicieuses que l'expérience lui en fait sentir tout le prix.
PAUL
Bravo, marquis!
Cependant, ces joies, ne vous y trompez pas, sont