ACTE TROISIEME
LA COMTESSE, souriaut.
C'est un accident qui vous arrive si fréquemment que vous me pardonnerez d'être un peu blasée.
LE MARQUIS
Peut-être cette fois allez-vous éprouver des émotions inattendues.
PAUL
Le marquis est bon prophète... C'est très sérieux... Et quand vous saurez de qui il s'agit...
C'est donc quelqu'un qui m'intéresse?
PAUL
Beaucoup.
LA COMTESSE
Une jeune femme?...
PAUL
Une jeune fille... Vous ne devinez pas?
LA COMTESSE, avec éclat.
Lucie? C'est Lucie que vous aimez.
PAUL
Oui, comtesse, Lucie... votre belle cousine...
LE MARQUIS, à la comtesse.
Prenez garde.
LA COMTESSE, avec agitation.
Mais voyons, racontez-moi. Le lui avez-vous dit à elle ?
PAUL
A l'instant, ici même au lieu de regarder les régates...
LA COMTESSE
Et qu'a-t-elle répondu?
Ah! je voudrais pouvoir vous assurer, d'un air avantageux, qu'elle m'a encouragé... Mais je suis trop véridique pour cela... Miss Lucy m'a écouté et très gracieusement. Elle m'a même répondu avec beaucoup de bonne humeur, trop de bonne humeur, mais je dois dire qu'elle n'a pas paru me prendre au sérieux.
LA COMTESSE
Alors?
PAUL
Alors je viens' vous conter mon entreprise et vous prier de vous y intéresser. Une femme, et surtout une femme comme vous, est un allié précieux pour un garçon tel que moi. Vous avez sur mademoiselle Andrimont une autorité morale. Eh bien, exercez-la en ma faveur, et vous aurez fait deux heureux, je puis le dire, car moi je l'aime, et je réponds que si elle n'a pas déjà donné son cœur à un autre, je saurai me faire aimer d'elle.
LA COMTESSE, à part.
Si elle n'a pas donné son cœur à un autre... Ahl cette fois n'ai-je pas le moyen de le savoir? (Haut.) Vous avez bien fait de vous adresser à moi... Comptez sur mon aide.
PAUL
Vous plaiderez ma cause?
LA COMTESSE, avec force.
Gomme si elle était mienne.
PAUL
Alors je suis sûr de réussir.
Et pas un mot de ce que vous venez de me con-