‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 7 sur 91 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE MARQUIS

Oui, mon cher enfant, mais si vous aviez connu sa mère...

PAUL

Diable! ça ne me rajeunirait pas...

LE MARQUIS

Sa mère! Dieu? Ai-je été amoureux de cette femme-là, aux environs de -1845!

PAUL

Vous étiez alors attaché d'ambassade à Vienne.

LE MARQUIS

Et j'avais votre âge... Un bel âge!

Résidiez-vous encore en Autriche lorsque mademoiselle Mina de Berzépébus, aujourd'hui ma cousine et comtesse de Fontenay, épousa le vieux prince de Schwarzbourg?

LE MARQUIS

Non. J'étais alors à Madrid. Mais j'ai beaucoup connu le prince. C'était un homme superbe, élégant, spirituel, mais, quoique admirablement conservé, il avait soixante ans passés.

PAUL

Alors pourquoi la belle Mina consentit-elle à l'épouser?

LE MARQUIS

Par reconnaissance. Il y a des gens qui se donnent plus de mal pour se ruiner que d'autres pour faire fortune. Le père de Mina appartenait à l'espèce. Ne s'était-il pas ingénié, quittant Vienne et la cour, d'emmener sa femme et sa fille au fond de la Garinthie, pour y exploiter des mines d'étain... Il y avait englouti son dernier sou lorsque le

prince de Schwarzbourg vint fort à propos lui offrir des fonds pour continuer son entreprise...

PAUL

Spéculation?

LE MARQUIS

Non. Amour. Le prince avait vu Mina et pour elle il était prêt à tous les sacrifices. La jeune fille fut touchée... Son père la pria...

Et victime souriante elle se jeta, toute vivante, dans les puits de la Garinthie.

LE MARQUIS

Qui, par une sorte de miracle, commencèrent alors à avoir un rendement énorme. De sorte que non seulement Schwarzbourg eut la femme qu'il adorait, mais encore une fortune colossale.

PAUL

Oh I trop de bonheur I Gela ne pouvait pas durer!...

LE MARQUIS

Et pourtant cela dura...

PAUL

Jusqu'à l'arrivée d'Armand comme attaché militaire à Vienne, où vous étiez alors revenu comme ambassadeur. Vous avez assisté ainsi au début de leur passion... car ce fut une passion.

LE MARQUIS

Véritable.

PAUL

Et pour la princesse l'unique de sa vie.

LE MARQUIS

L'unique. A cette époque-là il y avait huit ans

Page 1