‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 8 sur 91 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

qu'elle était mariée. Elle n'avait pas d'enfant, et son mari, septuagénaire, revenu des rêves qu'il avait faits au début de leur union, semblait vouloir, par sa paternelln bonté, dédommager la jeune femme des déceptions que lui avait values le mariage. Jamais vertu n'avait été mieux affirmée que celle delà princesse. Tous les hommes à bonne fortune delà grande société viennoise avaient renoncé à l'attaquer: ils avaient déclaré la place imprenable.

PAUL

C'est alors que la destinée voulant mettre cette invincible à une définitive épreuve suscita contre elle le comte de Fontenay.

LE MARQUIS

Oui. C'est moi qui le présentai à madame de Schwarzbourg, et j'en eus aussitôt du regret, car il apparut clairement que rien d'indifférent n'existerait entre ces deux êtres également beaux et séduisants. Ils allèrent l'un à l'autre, les yeux brillants, le sourire sur les lèvres, la main ouverte, comme attirés par une force mystérieuse. On plaisante le coup de foudre... Et cependant je ne trouve pas d'autre expression pour vous expliquer leur émotion irrésistible, leur sympathie soudaine... Ils ne se connurent pas... ils se reconnurent... comme s'ils avaient été liés, déjà, dans une autre vie. Au bout d'une heure ils étaient amis... Seulement cette intimité souleva des tempêtes. Les galants dédaignés avaient supporté la défaite tant qu'elle avait été commune à tous, mais quand ils soupçonnèrent que là où ils avaient échoué, triomphait un autre, et un étranger...

PAUL

Leur patriotisme s'émut autant que leur amourpropre...

Et comme Armand n'est point un modèle de patience, aux mauvais propos il allait répondre par des provocations lorsqu'une intervention décisive changea la face des choses. Le prince de Schwarzbourg était un gentilhomme de grande race. Il prit hautement fait et cause pour sa femme. Quelle explication y eut-il entre lui et celle qu'il aimait comme son enfant ? Eut-il à se montrer indulgent, et à quelles conditions le fut-il ? Nul ne le sut jamais. Il est cependant probable qu'il exigea le départ du comte, car Armand vint me demander un congé illimité. Alors, une fois seul en face de ceux qui s'attaquaient à la ]>rincesse, le vieillard choisit parmi eux le plus important, le plus brave, le plus dangereux. Et, un matin, au Prater, devant quatre des personnages les plus notables delà cour il abattit son adversaire d'une ])alle dans l'épaule.

PAUL

Bravo !

LE MARQUIS, très simplement.

Désormais nul ne s'avisa plus de parler légèrement de la princesse. Ce que je viens de vous raconter est le prologue du mariage d'amour de Fontenay avec madame de Schwarzbourg... car un an plus tard le prince la laissait veuve...

PAUL

Toutes les délicatesses.

LE MARQUIS

A partir de ce jour l'existence de cette charmante femme vous est connue : elle s'est écoulée sous vos yeux. Vous avez été garçon d'honneur, il y a dix ans, quand Armand et elle se sont mariés, car vous n'étiez encore qu'un petit jeune homme... Vous êtes un des familiers de leur maison.

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