ACTE QUATRIEME
et froide comme la neige, et que vous vivriez près de moi, sans penser à vous éloigner, sans songer à un autre... Oh! si cela eût été possible, quelle ivresse de tous les instants I... Lucie... oh! Lucie, je vous aurais bénie et je vous aurais adorée, dévotement, à genoux, et pas un de mes soupirs ne serait monté jusqu'à vos oreilles pour les offenser. Et vous ne vous seriez souvenue que je vous aimais qu'en vous voyant mieux obéie et plus respectée.
LUCIE
Rêve insensé, vous venez de le dire et qui n'a que trop duré... La situation dans laquelle nous nous trouvons est le résultat d'une équivoque et ne pourra jamais être qu'équivoque.
ARMAND
Pourquoi?
Parce que rien n'y est net et franc. Parce qu'enfin le doute sur vos véritables sentiments n'est plus possible pour moi. Dés lors ma conduite, qui ne saurait être que celle d'une honnête femme, est toute tracée.
ARMAND, sombre.
Qu'allez-vous faire?
LUCIE
Je puis choisir: ou, comme je l'ai promis à la comtesse, épouser M. de Gravant.
ARMAND
Lucie...
LUCIE
Ou partir.
ARMAND
Soit, partez! J'aime mieux vous voir partir, que vous donner à un autre. Mais où irez-vous?
LUCIE
Dans mon pays.
ARMAND
Pourquoi si loin? Est-ce donc sans espoir de retour que vous partirez?
LUCIE
Oui.
Croyez-vous donc que je puisse supporter l'idée de ne plus vous revoir?...
LUCIE, avec émotion.
C'est ce qu'il faut cependant.
ARMAND, avec éclat.
Mais c'est donc de la haine que vous avez pour moi? Car c'est moi que vous fuyez.
LUCIE, faiblement.
Oui.
ARMAND, avec émotion.
Vous me punissez durement de ma tendresse! Moi qui donnerais ma vie pour vous épargner une larme.
LUCIE
Armand, je vous en prie...
ARMAND
Pourquoi vous défier de moi?
LUCIE, avec entraînement.
Eh! qui vous dit que je ne me défie pas autant de moi que de vous-même?
ARMAND, avec éclat.
Lucie I