‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 81 sur 91 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

suis malheureux, souffrant, misérable, parce que je n'ai pas le droit de vous aimer. Depuis que je suis près de vous, vous me torturez pour me faire parler. Vous voyez bien quej'avais raison de me taire. Ces paroles que je prononce vous n'auriez jamais dû les entendre, car elles vous outragent, vous qui êtes pure, chaste, digne de toutes les adorations et de tous les respects; elles me séparent à jamais de vous, moi qui ne souhaitais qu'une chose : être votre serviteur fidèle et mourir à vos pieds! (Lucie fait un mouvement pour s'éloigner.) Oh! ne VOUS en allez pas... Ecoutez-moi... Il a fallu la torture de la jalousie pour me faire perdre toute réserve... Jusquelà il m'avait suffi de vous voir, de vous entendre, de vivre à vos côtés, et je vous aurais sacrifié tout ce qu'ilpouvait y avoir d'impur dans mon amour... L'annonce d'un accord entre Paul et vous a troublé ma raij,on. J'ai senti, pendant quelques instants, que je serais prêt à tuer cet homme, s'il était assez heureux pour vous posséder... Maintenant je suis calme et je suis décidé à tout endurer pour ne point vous tourmenter. Je n'ai aucun droit sur vous, j'ai eu tort de vous parler comme je l'ai fait, oubliez-le, et épousez qui vous aimez, et qui vous aime.

LUCIE, doucement.

Je ne sais pas si M. de Gravant m'aime autant qu'il le prétend, mais ce dont je suis sûre, c'est que, moi, je ne l'aime pas... Je vous l'avais déjà déclaré et vous savez que je ne mens jamais !

ARMAND

Vous me traitez mieux que je ne le mérite, et je vous aimerais pour votre divine bonté si je ne vous adorais déjà pour votre grâce, pour votre jeunesse, pour tout ce qu'il y a eu en vous de charmant. Oh! ne m'empêchez pas de vous le dire... Ce sera le premier bonheur complet que j'éprouverai,

si je puis sans restriction vous exprimer tout ce que je ressens pour vous I II est impossible que vous ne l'ayez pas soupçonné ; j'ai eu assez de volonté pour me taire, mais il ne dépendait pas de moi de ne pas vous aimer, et tout trahit l'amour : la voix, le regard, ce qu'on dit et même ce qu'on ne dit pas. Il est comme ces plantes invisibles dont le parfum tout à coup vous saisit et vous enivre. La plante peut être humble ou superbe, son parfum n'en va pas moins au cœur. Dites. Est-ce que rien de ma tendresse n'a été jusqu'à vous? Est-ce que rien en vous ne répond à mon désespoir ?

LUCIE, avec force mais sans colère.

Taisez-vous ! Ce ne sont point là les paroles que je devais attendre de vous. Au lieu de réparer votre faute, vous l'aggravez. Je voulais partir, vous le savez : pour m'en empêcher, que m'avez-vous promis ? D'être un ami, un frère pour moi. Voyez comme vous avez tenu vos engagements?... Vous avez sacrifié mon repos, ma réputation... Et à quoi?...

Au désir invincible de ne pas vous perdre I...

LUCIE

Ainsi vous m'avouez que vous avez menti.

ARMAND

Oui, j'ai menti.

LUCIE, avec violence.

Ohl mais qu'espériez-vous donc?

ARMAND

Rien que vous conserver sous mes yeux, dans l'air que je réspire... Ohl je ne vous ai jamais fait l'injure de supposer que vous songeriez à moi. Mais mon rêve insensé et délicieux était que vous n'aimeriez jamais, que vous resteriez toujours blanche

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