‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 85 sur 91 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

LA COMTESSE

Ecoute, il y a un moyen de rompre tes engagements envers moi et de te rendre la liberté. La loi nous a unis, elle nous désunira. Il y a le divorce.

ARMAND

Le divorce! Est-ce vous qui parlez, Mina, une femme pieuse, une fervente catholique?

LA COMTESSE

Ehl que m'importe ma religion quand il s'agit de toi? Que devient ma piété quand elle lutte contre ma tendresse? Comprends donc ce que je te dis. Je suis arrivée à un tel état de désespoir, en te voyant malheureux, que rien ne compte plus que ce qui t'intéresse. Mon Dieu, mais c'est toi, et je suis prête à te sacrifier bien plus que mes scrupules, bien plus que mes préventions : la joie de vivre près de toi, entends-tu, ce qui est ma seule satisfaction sur la terre. Je me séparerai de toi, tu t'en iras et je resterai; tu auras le droit de prendre une autre femme, et moi je serai vivante, et je saurai que tu la possèdes et je ne conserverai d'autre preuve que tu m'as appartenu, que le souvenir délicieux que cela fut, et la pensée atroce que cela n'est plus.

ARMAND

Je n'accepte pas votre sacrifice. Les liens qui nous unissent sont éternels, et je repousse une liberté qui vous coûterait des larmes. Le divorce est peutêtre un expédient utile à ceux qui ne s'aiment pas. C'est la rupture de deux indifférences ou la libération de deux infidélités. Mais il n'est point institué pour des gi'U.s comme nous. Il n'arrange rien que dans l'ordre matériel. Il laisse les sentiments intacts. Et c'est en cela qu'il ne peut nous être d'aucun secours.

LA COMTESSE

Vous refusez mon sacrifice... soit. Mais faitesmoi la promesse de ne pas renouveler votre tentative.

ARMAND

Je vous en donne ma parole... mais c'eût été bien simple...

LA COMTESSE

Taisez-vous!... Vous me torturez!

ARMAND

Pardonnez-moi tout que je vous ai fait souffrir, raf'.surez-vous et ne craignez plus rien de moi.

Il sort.

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