ACTE QUATRIEME
LUCIE, avec exaltation.
Vous voulez la connaître, si cruelle qu'elle soit?
LA COMTESSE, avec force.
Oui.
LUCIE
Eh bieni connaissez-la donc... Il faut que je parte, parce que...
LA COMTESSE
Parce que?
LUCIE
Parce que j'aime votre mari.
LA COMTESSE, en lui montrant la pièce voisine.
J'étais là. Je le sais!... j'ai tout entendu.
LUCIE, avec désespoir tombant à ses genoux.
Oh ! madame !
LA COMTESSE, avec beaucoup de douceur et de gravité.
Ne sois pas plus sévère pour toi que je ne le suis moi-même. Quels reproches pourrais-je t'adresser? Tu as agi honnêtement, fièrement, mais tu ne pouvais triompher de la fatalité... C'est elle qui a tout conduit.
LUCIE
Oh I votre indulgence est plus lourde à porter que ne le serait votre colère !
LA COMTESSE, l'attirant à elle.
Et pourquoi de la colère ? Lorsque j'ai assisté à tes tourments, lorsque je t'ai vue prête à te sacrifier pour assurer mon repos. Ecoute ! Il n'est plus question pour moi de l'avenir, le présent luimême m'échappe, mes jours sont comptés.
LUCIE
Quelle affreuse pensée I Ecartez-la de votre esprit, vous vivrez I
LA. COMTESSE, avec fermeté.
Non I Le mal dont je souffre ne pardonne pas. Si tu es innocente, Armand, lui, a été coupable envers moi. Au fond de lui-même, il s'adresse de durs reproches, et si je venais brusquement à disparaître, il faudrait tout craindre de son regret désespéré, c'est pour cela que je ne veux pas que tu t'éloignes! Je n'ai aimé qu'Armand sur la terre... Quand je n'y serai plus, remplace-moi auprès de lui, pour l'apaiser, le consoler.
LUCIE, avec angoisse.
Madame I
Embrasse-moi, et demain, avant ton départ, viens ici... (Avec insistance.) Surtout n'y manque pas. Adieu.
Elle gagne du côté de sa chambre.
LUCIE
Au revoir, madame I
LA COMTESSE, se retournant sur le seuil avec un sourire.
Adieu I
Elle rentre dans sa chambre.