‹ Dernier chantChapitre 28 sur 55 · DANS MA CELLULE DE P · texte numérisé non relu

DANS MA CELLULE DE P

Oh ! j’ai prié le soir à l’obscuro chapelle !

Et tout seul à l’autel où la lampe étincelle ,

Mes yeux se sont levés humides et fervents j Et ce cher souvenir qu’obscurcissaient des larmes , S’est surpris attentif à d’ineffables charmes, Comme une harpe d’or à de divins accents!

INTÉRIEUR

La cloche retentit avant la sixième heure ;

Je me lève , et bientôt je quitte ma demeure Pour aller commencer tous les travaux du jour. La prière d’abord , comme un tribut d’amour, Qu’ensemble nous disons à la blanche chapelle, Et puis les serviteurs que chaque soin appelle ;

INTÉRIEUR

Les troupeaux que le pâtre emmène en leur vallon , La herse qui déchire un pénible sillon ,

La hache qui d’un coup abat la branche morte ,

Et les troncs dépouillés qu’un char rustique apporte. Et le chêne et l’ermeau , frais abris du chemin ,

Que je taille moi-même et plante de ma main ;

Et le pauvre qui vient, sa besace encor vide,

Et me donne en passant un sourire timide ;

Et dans la grande salle au foyer pétillant,

Une table où se montre un apprêt bienveillant ,

Un modèle accompli de vertus domestiques,

Ue femme élevée aux préceptes antiques De dévoûment , de foi , de devoir et d’amour ;

Et comme un pampre vert, des enfants à l’entour, Mêlant à nos discours quelque vive parole...

Et la harpe éveillée , à la voix qui console. .

Mais bientôt, oubliant ces rapides bienfaits,

Je regagne l’asile où réside la paix ,

Sanctuaire pù la foi , l’étude et la prière ,

Me baignent tour à tour de leur pure lumière ,

Où devant l’Océan , qui murmure à mes pieds Pendant que l’heure passe , en rêvant je m’assieds.

1NTÉRIBUB

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Et là je sens , hélas 1 ce qui manque à la vie...

Ce souffle qui me brise et qui me fait envie ,

Ce pur regard du ciel que mon âme a compris.;

Et soudain , malgré moi , la haine ou le mépris S’attache à tous ces biens dont la douceur me blesse ; Je savoure k longs traits ma profonde tristesse ,

Je demande à ma lyre un douloureux accord Et je jette mon âme au sombre flot du bord Qui la berce en sa plainte et la souille d’écume.

Et c’est ainsi , mon Dieu ! que ce cœur se consume;

Ce cœur que vous avez marqué de votre sang ,

Qui, coupable,... par vous redevint innocent.. - Qui , bien jeune , vainquit les délices du monde ,

Et qui , souvent encor, de votre amour s’monde.

Et pourtant le travail , la prière et la foi ,

Image insaissable , expirent devant toi!...

Je ne sais , lorsque l’âme est près du sacrifice ,

Quel démon sent en elle un perfide complice?

Mais la puissante voix qui rejette son nom.

Trouve dans le secret un écho qui dit : Non !

Jour et nuit éprouvée , et toujours combattue,

Mon âme cependant n’en est point abattue.

INTÉRIEUR

Le lâche désespoir qui me froisse le front ,

Irrite le désir de venger un affront.

Je connais cette main qui nous fait la blessure , L’ennemi qui soulève une révolte impure 5 L’ange à l’œil envieux, au front cicatrisé !...

Et mon cœur devant lui tout sanglant et brisé , L’insulte et le défie, et l’attend sans alarmes.

Si , sur ma joue encore il coule quelques larmes , C’est la honte , l’amour, la colère et la foi T Souffle tempétueux qui s’agite dans moi ; révolte de sentir son âme dans la boue,

Son âme , ange dont l’aile à l’air du ciel se joue , Et que replie en lui ce corps , fangeux limon ,

Ce corps qui la flétrit dans ses jours de prison ;

Ce corps qui doit briller de splendeur éternelle...

0 mon Dieu ! jetez-moi la féconde étincelle Qui rallume l’encens séché par la douleur !

Que j’aie un seul élan, un seul accent, Seigneur! Un cantique d’extase et d’ivresse infinie !

Que ma souffrance ici soit à jamais finie !

Que le ciel tout entier se déroule à mes yeux!

Que des chœurs immortels les chants harmonieux,

INTÉRIEUR

Inspirent à mon luth tous ses hymnes sublimes !

Que mon âme se plaise à planer sur les cimes !

Qu’elle essaie en son vol ses champs de liberté !

Qu’elle aspire le jour de son éternité !

Qu’elle passe sur l’hoinme en un souffle de flamme, Qui le brûle et réveille en lui-méme son âme !

Que mon corps pénétré comme le fer du feu ,

N’ait plus pour tout éclat que votre amour, mon Dieu !

PARIS

Je ne sais, ô Paris! si ton soudle me pèse;

Si quelque chose en toi, quand mon âme s’apaise A ses propres accords ,

Agite plus ardent le feu dans ma poitrine ,

Et fait vibrer plus haut , sur nia corde divine , D’impétueux transports?

PARIS

Je ne sais si ce bruit qui hurle sur ma tête ,

Si ce peuple en'omoi comme un flot de tempête.

Si ces traits de soleil

Qui tombent lourds et chauds sur tes places publiques ; Si tes pavés sonnants, tes cloches, tes musiques. M’arrachent le sommeil?

Mais rarement mon œil peut fermer sa paupière ;

Le soir s’est abaissé... L’aile de la prière A passé sur mon front ;

Et mon front sur ma main lentement se redresse ,

Et je sens dans la nuit comme un bras qui me presse De laver un affront.

Et je m’en prends à toi, Paris, à tes entrailles Plus dures que le fer devant les funérailles De tes enfants morts-nés ;

Je m’attache à tes flancs de pierre et de colonnes , Et je voudrais broyer tout l’or de tes couronnes , Tous tes fleurons fanés.

PA IUS.

Je voudrais comme un aigle, aux ailes symboliques, M’abattre en frémissant aux vieilles basiliques ,

Et jeter de grands cris ,

Planer, planer longtemps sur tes vastes coupoles , Et , comme un trait , lancer de ces rudes paroles Dont les cœurs sont meurtris.

Je voudrais , sous la pourpre et les rideaux de soie , Saisir dans leur ivresse et le rire et la joie ,

Et leur dire : C’est moi !

C’est moi qui vous étreins d’une main de colère , Moi si connu de vous, moi votre jeune frère Qui vous vendis sa foi.

Je voudrais effleurer de mon aile livide Ces lèvres de corail où la langueur réside ,

Source de volupté ;

Je voudrais, arrêtant le char noir qui l’emporte, Montrer à tous les yeux cette figure morte Qu’on appela beauté.

tn

PARIS

Je voudrais, sous le dôme et les hautes arcades, Dans les palais dorés , les longues promenades , Semer de grandes voix...

Des échos qui diraient et rediraient sans cesse : Que Dieu voit tout ici * que l’éternité presse , Qu’on ne meurt qu’utie fois !

ADIEU

Adieu , Paris ; adieu , je te salue encore !

Adieu , cadavre où vit le ver qui te dévore ,

Je m’éloigne de toi.

Je cours à l’Océan dont le souffle m’entraîne, Et devant lui je veux mesurer dans l’arène Ton orgueil et ma foi.

ADIEU

Je veux , athlète nu , sans casque et sans armure , M’élancer d’un seul bond dans la lice où je jure De relever le gant ;

Car je porte en mon âme une force indomptable, Et , dussé-je vingt fois me briser sur le sable , J’aurais encor du sang.

Adieu , porte avec toi mes dernières paroles ; Grave-les sur l'airain , au haut de tes coupoles , Pour frapper tout regard ;

Car c’est noble défi d’un cœur plein d’espérance , C’est sur les noirs débris d’une ruine immense Cft brillant étendard.

C’est la voix du Seigneur qu’il souille dans mon âme Qui me glace d’effroi comme une faible femme Près d’un lit de mourant^

Qui m’élève , m’abat, remplit ma vie entière,

Et m’arrache pour toi cette ardente prière Que j’épapche en pleurant.

ADIEU

Je pleure, hélas ! longtemps, je pleure sur mes frères, Mes frères engloutis sous ces vagues amères De dégoût et d’ennui ;

Qui n’ont plus sur le front que des lueurs livides , Quelques froides clartés, comme ces temples vides Dont le Dieu s’est enfui.

Et moi , je le sens là ,‘dans mon cœur qui me presse De prier, de bénir, de l’invoquer sans cesse Pour eux dans leurs douleurs ;

De crier : Écoutez , écoutez mes cantiques ;

Relevez à ma voix vos fronts mélancoliques :

Il est encor des pleurs !

Il est de vifs éclairs qui sillonnent la nue ,

Qui dévoilent soudain la splendeur inconnue, L’éternelle beauté...

L’espérance qui plane au-dessus de la tombe.

Qui , pour quelques soleils où le corps sèche et tombe , Donne l’éternité.

APPEL

Venez autour de moi , vous qui sentez votre âme , Vous qu’irritent les jours,

Formons un océan indomptable , et ma lame Avancera toujours.

APPEL

Allons!... jetons en chœur de sublimes pensées , Flots d’un sublime espoir,

Relevons sous nos pieds ces tiges affaissées , Jeunes et près du soir.

Disons-leur pleins d’amour, car ils sont tous nos frères , Que nous avons souffert ,

Que le même vautour étreignit dans ses serres Notre cœur entr’ouvert.

Qu’il y but tout le sang de cette plaie impure , Et se dressant soudain Tout ivre... qu’il jetait un cri sur sa pâture , Comme un sarcasme humain.

Disons-leur que l’amour à notre jeune vie Versa toutes ses fleurs ,

Et que l’âme , longtemps à son joug asservie , N’y trouva que douleurs ;

APPEL

Que nous avons pesé de l’or et de la boue Dans une main de fer ,

Que nous avons senti du frisson à la joue ,

Et dans l'âme, l’enfer!

Que nous avons pleuré , pleuré toutes nos larmes , En blasphémant un Dieu ,

Et qu’un souille du ciel abattit nos alarmes Sur le seuil du saint lieu.

Disons-leur que la foi n’est pas morte , que l’àme Trouve en elle son pain ,

Et que partout ailleurs elle souffre et se pâme Et de soif et de faim.

Disons-leur donc d’aimer, de bénir et de croire , De croire à l’Éternel...

Et que de l’homme ici le bonheur et la gloire C’est d’étre un immortel !

DÉFI

l’ai lu , je ne sais où , des mots sur mes pensées ;

Ils parlaient de mes vers ;

Mon nom à d’autres noms , dans leurs pages pressées , Lançait de ses éclairs.

DÉFI

Et la foule lisait... passait sans rien comprendre 5 Le ciel était voilé...

Dans ces regards distraits, que pouvaient-ils apprendre De. ce cœur isolé ?

Mais peut-être trop tôt j’ai jeté dans la foule Mon âme aux crins de feu?

Il faut peut-être avant que la vase s’écoule... Il faut attendre un peu...

Mais si le corps si frêle où s’agite cette âme S’éteint comme un fanal ;

Si, lorsque tout-à-coup plus ardente est la flamme, Il vient un vent fatal ,

Je n’aurai pas parlé... je serai mort, ma tombe Ne leur dira plus rien...

Il faut au moins, il faut, avant que je succombe, Qu’ils sentent un Chrétien !

DÉFI

Ce nom est bien honni !... bien peu digne d’envie !

Mais dites?... qu’ôles-vous?

Avez-vous plus d’amour, plus de foi, plus de vie, Plus de force que nous?

Qu’êtes-vous ? répondez. . . Riches? mais nous le sommes.

Fiers?... moins que notre cœur.

Avez-vous le génie?... oh ! j’en appelle aux. hommes Qui sentent leur grandeur.

Venez, relevez donc ce gant souillé de boue; C’est un déli porté. . .

Vous voulez le néant... et ma lyre se voue A l’immortalité.

LE CHRIST

C’est pour nous que le Christ vint souffrir en ce monde;

Pour nous , pécheurs maudits ;

Pour nous , ensevelis dans une nuit profonde ,

Cœurs , hélas ! attiédis !

LE CHRIST

C’est pour le Publicain et la Samaritaine Qu’à la source il s’assied ;

C’est pour laisser couler les pleurs de Madelainc Que s’arrête son pied.

Ceux qu’il appelle amis , c'est l'apôtre infidellc , C’est l’indigne apostat;

Et son dernier soupir en amour étincelle Au cœur d’un scélérat.

Il dit : Ne péchez plus ! à l’épouse adultère , Et l’absout aussitôt;

Il guérit un aveugle avec un peu de terre , Et console d’un mot.

Sa main pure se plaît à caresser l’enfance ,

Il dit : Soyez comme eux !

Mais cette même main semble de préférence Rechercher un lépreux.

LE CHRIST

S’il échappe à sa bouche une tendre parole , C’est pour le seul pécheur ;

S’il se peint dans les traits de quelque parabole , C’est comme un bon pasteur. .

Toujours c’est le pardon et la miséricorde Qui s’éveillent dans lui ;

S’il a quelque faveur plus divine , il l’accorde A l’ingrat qui l’a fui.

MOYEN

Pour reconquérir Tippocpocp, Seigneur, il faut un notijp pflort.

U faut que l’âqip recommence Sa vie en face de la mort.

Il faut ramener sa peps^e A la vérité délaissée ,

MOYEN

Comme une épouse au seuil en pleurs ; Retrouver sa vive caresse ,

Et lui payer par sa tendresse Le prix de ses longues douleurs.

11 faut le soir, à l’heure austère Où le silence habite aux cieux,

Près de sa lampe solitaire Ouvrir quelque livre pieux ;

Et bientôt de paix embaumée ,

L’âme attentive et bien aimée, Entendant des voix à l’entour ;

Bercée en un flot de lumière ,

Sent dans un parfum de prière Ses ailes palpiter d’amour.

Amour inconnu dans le monde , Étranger à nos passions ,

Mais dont la douceur est féconde En divines émotions !

Amour qui couronne notre âme,

Sur un char éclatant de flamme,

MOYEN

Comme Élie, au ciel emporté;

Baiser d’une lèvre invisible,

Où se répand irrésistible Un Océan de volupté.

Il faut aimer la solitude ,

Passer rêveur sur un cercueil ,

Éveiller sa sollicitude

Sur tous les pauvres cœurs en deuil.

Il faut aimer vraiment les hommes ; Chercher dans l’exil où nous sommes Ce qui pourrait les apaiser ;

La douceur, la paix , l’espérance,

Et leur ouvrir en assurance ,

Son cœur pour les faire y puiser.

U faut chercher dans la vallée,

Un chaume usé par les autans,

Où quelque veuve désolée,

Manque de pain pour ses enfants.

Il faut s’asseoir sur l’escabelle,

Tandis que la mère encor belle ,

Itange ses enfants à genoux,

Et qu’un mot de votre âme émue Tient une larme suspendue A ces yeux qui vivent de vous.

Qu’il est doux de porter son âme Comme un baume au triste orphelin !

De pénétrer, avec sa flamme ,

Ses membres froids sur le chemin !

Qu’il est doux d’avoir en réserve Un peu d’or, que la main conserve Pour des douleurs qu’on ne sait pas ; Et le soir, quand on vous oublie ,

De voir la main qui vous supplie, Bénir la trace de vos pas !

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