QUELQUES HEURES AVANT D’ARRIVER A S^. IL
Mon sang bouillir ou se glacer...
Et quand près du lit on s'avance Pour me prodiguer l’espérance ,
Je voudrais pouvoir m'en passer...
Oh! non! non! mon enfant pardonne...
Elle renaît sur ton berceau ;
Je ne veux pas que ta couronne Se flétrisse sur un tombeau.
Ton avenir est si prospère!
Je t'aime tant... et pour ta mère Ma niort aurait tant de douleurs. . .
J’ai mis en Dieu ma confiance ,
J’ai pour moi ta voix d’innocence ,
Oh! maintenant, coulez mes pleu'S !
SOUVENIR A MA SOEUR V
Toi qui m’apparus comme un ange Un jour penché sur mon berceau, Qui vins attacher à mon lange Le crêpe, ornement du tombeau, O ma soeur! toi qui fus plourée Amèrement et si longtemps ,
SOUVENIR A MA SOEUR V
Que nptre mère encor navrée Ne peut nommer après vingt ans ,
Hélas ! je te connus à peine ,
J’étais si petit dans tes bras ;
Mais j’ai de tes cheveux d’ébène Comme un débris de ton trépas ;
Je les ai lè près de la table Où je viens prier tous les jours ,
Et ma tendresse intarissable ,
Comme un fleuve obscur en son cours, T’enveloppe dans ta demeure...
Tu semblés sourire... et je pleure,
Je pleure , hélas ! car à cette heure Où notre âme a besoin de foi ,
Où le monde est un vide immense ,
Je dis à ma bonne d’enfance De parler longuement de toi.
Et j’apprends que, belle et sensible , Tu m’embrassais chaque matin ;
Que, d’une candeur indicible ,
Ton front , plus doux que le satin , S’inclinait sur ma couche aimée ,
SOUVENIR A MA SOEUR V.,
Et que là , ta lèvre animée Par la prière et par l’amour, Versait , comme d’un saint calice , Ces parfums purs du sacrifice Qui devait s’achever un jour...
Et depuis, grandi dans le monde, Uallottc longtemps sur les Ilots,
J’ai vu briller enfin sur l’onde Le phare ami des matelots-,
Et ton souvenir, ô misère!
Qui semblait s’éteindre en mon cœur Comme une lampe solitaire Qu’étouffe une impure vapeur,
Est venu m’indiquer ta tombe -,
Et bien souvent, quand la nuit tombe, Priant sur ta couche à mon tour ,
Je veux te rendre, ange céleste,
Sur ce froid monument qui reste ,
Ce que tu m’as donné d’amour.
Oh! oui ! quand tout ici t’oublie, J’aime à sentir que je suis seul
m SOUVENIR A MA SOEUR V....
Laissant mon âme recueillie S’ensevelir dans ton linceul.
Tu n’es point un fantôme sombre Qui glace de sa main dans l’ombre Le front qui l’ose contempler ;
O ma sœur ! jetant ton suaire,
Tu semblés d’un blanc sanctuaire Descendre pour me consoler.
Ah ! que n’ai-je pu dans la vie Appuyer mon cœur sur le tien !
Me dire à toi, pieuse amie,
A toi qui m’eus compris si bien !
Epeler comme un doux symbole ,
Sans lettre, sans voix, sans parole ,
Ce langage mystérieux
Qui, formé d’amour, d’innocence,
Se parle un peu dans l’espérance ,
Mais qui ne se comprend qu’aux cieux !
QU ATR lï HKURKS DU MATIN
Chaque nuit le sommeil respecte mes pensées;
Mes douleurs aujourd’hui , par les heures bercées, S’endorment dans la paix;
D’ineffables reflets passent sur moi sans nombres , L’insomnie au chevet, le silence et les ombres Ont aussi leurs attraits.
QUATRE HEURES Dl MATIN.
Tout repose, tout dort dans mon obscur asile!... Mon enfant près de moi respire si tranquille Qu’il me semble le voir,
Que je le vois, ployant ses blanches ailes d’ange, Tourner dans son sommeil, qu’un rêve pur arrange, Son front si beau d’espoir.
Et je sens de mon sein s’épancher des prières!
Et pourtant quelques pleurs roulent de mes paupières, Et tombent malgré moi.
Si j’entends au-dehors l’aquilon ou la grêle,
Je contemple, ô mon Dieu! ma lige, hélas! si frêle.
Qui frissonne d’effroi.
Mes membres desséchés par les veilles funèbres,
Mes mains qui, tant de fois, erraient dans les ténèbres Four fuir loin des douleurs;
Ce feu toujours ardent qui ronge ma poitrine ,
Qui, comme un ver, obscur au fond de la racine, l’ait tomber bien des fleurs.