GLOIRE B1EU
Mais, affaibli de solitude,
Vaincu, mon Dieu , par la douleur, A peine exempt d’inquiétude, Aurai-je pu montrer mon cœur ?
Ma vie , avant d’ôtre sacrée,
Tomba sanglante et dévorée Sous la dent du dragon impur;
Elle palpita dans la fange Avant que les ailes d’un ange L’emportassent aux champs d’azur.
Eh ! que pourrai-je Pour eux, mon Dieu P Et qu’entendrai-je Dans le saint lieu?
Des voix futiles ,
Des chants débiles , Des cris perdus...
Et les prophètes Parmi leurs fêtes Tout éperdus...
C LOI Tl F. A DI El'.
Au sanctuaire,
Sans nui appel ,
Le blanc suaire Couvre l’autel.
L’orgue muette Seule répète Un son le soir...
Je veux entendre ,
Je veux comprendre , Je veux répandre L’encens d’espoir...
Il tombe en cendre De l’encensoir.
üh ! ne vaut-il pas mieux briser sa harpe sainte? Quelle bouche, étouffant toute inutile plainte, Soufflera sur ces os?
Apparais donc encore , 6 sublime prophète !
Viens! commande à ces morts... car l’àme du poète Se brise à ces tombeaux.
ABANDON
Je m’abandonne à vous, Seigneur , à deux genoux , Je dirais : Je vous aime !
Si mon corps amaigri Ne vous montrait en lui Le sépulcre lui-mômc.
ABANDON
Je me lasse bientôt,
Si mon front vient trop tôt S’incliner dans le temple ; Si j’entends, plus divins, Les chœurs des séraphins Que mon âme contemple.
J’ai mon ange ici-bas ,
J’aurais suivi ses pas,
J’aurais baisé ses ailes ;
Nous aurions dit tous deux De beaux chants pour les cicux , Nos lyres étaient belles.
Mais oublions, mon Dieu...
Pourtant , dans le saint lieu , Qu’il sera solitaire!...
Vous lui parlerez , vous ;
Et, peut-être plus doux,
Ses pleurs noiront la terre.
ABANDON
Si notre cœur si pur A ce ruisseau d’azur S’était penché sans cesse,
Ce doux parfum de miel N’eût-il pas fait du ciel Oublier la promesse ?
Nous sommes tous si vains , Que les amours humains Trompent comme une aurore Qui caresse au réveil Jusqu’à l’heure où, soleil, Elle brûle et dévore.