ARTISTES FLAMANDS A ROUEN
Je ne sais s'il faut voir un véritable artiste dans cet Henri Tillcn, qui avait établi à Rouen une manufacture de tableaux et qui en expédiait en Espagne. Mais, quoi qu'il en soit, le fait m'a paru intéressant à signaler, aussi bien que la spécialité que s'étaient créée pour ce genre d'exportation les villes d'Anvers et d'Arras.
Jean Goynart, marchand privilégié, suivant la cour, s'était associé pour la vente de tableaux avec Pierre Le Brun, valet de chambre du Roi. On voit qu'ils eurent un procès en 1617 avec la ville de Bourges, sans doute pour la fourniture de tableaux ; que le commerce de ce Goynart était considérable ; qu'il occupait pour cela, à la foire de Saint-Germain, quatre loges de boutiques, qu'il céda, en 1618, à un autre flamand, Guillaume Van Zooruidon.
Il ne faut pas s'étonner après cela que la France ait été inondée de produits de l'art llamand. Descamps ne lit que reprendre une tradition interrompue, lorsqu'il vint à Rouen, vers le milieu du xxm+ siècle, établir chez nous une école de dessin, et qu'il servit d'intermédiaire entre les amateurs de notre pays et les marchands de tableaux de la Flandre.
Il faut remarquer, dans l'acte de 1607, les tableaux sur albâtre, dont la mode ne devait pas durer, et les plafonds, dont la vogue se soutint assez longtemps.
On lit encore dans le Dictionnaire de Trévoux :
« On appelle aussi plafonds les tableaux qu'on met au
haut des planchers et dont les figures doivent être raccourcies avec la proportion requise pour être vues de bas en haut. Imagines in tabulato depictœ secundum régulas optices. Il vient de Flandre quantité de plafonds en toile qu'on étend sur des châssis. •
€ Du mercredy après midy quinzième jour de mai, mil vi c sept.
» Fut présent Henry Tillens, maistre paintre en ceste ville de Rouen, demeurant en la paroisse Saint-Lo dudit
Rouen, lequel, de son bon gré, a dict, déclaré, certifié
par la foy et serment de son corps que, au mois de novembre mil six cent six, il a fait charger devant les quais de ceste ville de Rouen, dans le navire de Michel Sorgnet, de Dieppe, deux casses marquées de la marque de.... contenant tableaux et paintures, tant en huille que desirampe, et autres d'albate et une douzaine et demye de platz-fontz de tableaux, non paints. avec les encastillemens, estans lesd. tableaux en huille de la façon et manufacture dudit Tillens et autres ouvriers domiciliiez en sa maison, et lesd. tableaux de destrempe, albaste et petiz tableaux en pappier imprimez, lavez et dorez, fiait et manefacture d'Anvers, comme aussi lesd. platz-fontz sans painture, manefacture dudit Anvers, pour porter à Séville, pays d'Espagne, consignez au sieur Jehan-Baptiste Carctt, marchand, résidant au dit lieu, ce qui a esté aussi certillk-.... par les sieurs Ezéehiel De Caen et Guill. Baudoyn, marchands, demeurans audit Rouen, jurés pour avoir veu travailler ledit Tillens aux dits tableaux en huille avec ses dits ouvriers, l'allant voir en sa maison, et aussi que lesd. autres tableaux de destrempe. albaste et autres en nappier sont pains et dorez de la manufacture dud. lieu d'Anvers, pour en avoir veu et fait venir plusieurs dudit lieu d'Anvers, et l'ont veu encasser en la maison dudit Tillens.
» Signé : Henri Tyllcn, Ezéehiel De Caen, G. Baudouin. .
c ii avril 1Ô0S. Ezéehiel De Caen, Guill. Baudouyn,
Denis Le Baillif, marchands à Rouen, attestent que, environ le mois de novembre de l'année 1606,* le sieur Henri Tillen, maître peintre, demeurant en ceste ville, fist charger devant les quais d'icelle, dans le navire nommé Y Assomption de la Vierge sacrée, maître Michel Sognet, de Dieppe, une casse marquée de la marque en marje, pleine de tableaux en peinture, assavoir trois tableaux, l'un de la Descente de la croix de N.-S., autre de Vierge et figure de N.-S., le troisième, visage ou figure de N.-D., enchacez de bois de noyer. Item un tableau gravé en assier de mesme encastillemcnt. Plus huit coupplcs de tableaux de l'ethgie de N.-S. et de la Vierge sacrée. Item un tableau image de N.-S. Item ung tableau y mage de sainte Véronique. Item ung tableau ymage N.-D. tenant N.-S. hem deux tableaux en toille, sur l'un desquels est paint ung cruchefix de N.-S., et en l'autre ung saint Jhérosme. Item ung tableau ymage de saint François, lesquels tableaux lesd. attestants ont dit, juré et alfirmé avoir esté fais et fabriquez en ceste d. ville, dans la maison dudit Tyllcn, pour les avoir veuz faire, fabriquer et mettre dans lad. cayssc, comme aussi ils ont veu mettre dans lad. caisse deux tableaux en albastre avec treize douzaines de petitz tableaux enluminez, faicts venir par led. Tillen de la ville d'Anvers. Plus audit navire une autre caose de lad. marque en marge, dans laquelle y a deux tableaux, l'un de la Nativité de N.-S., et l'autre la représentation du crucifiement de N.-S., aussy faits et fabriquez en ceste d. ville de Rouen, en la maison dudit Tyllcn. Plus une douzaine et demye de tableaux, non paints, fabrique d'Arras, tous lesquels tableaux ainsy enfoncez dans lesd. deux casses, Jehan Tyllcn, demeurant à Rouen, à ce présent, fils dudit Henry Tyllcn, auroit consignez et envoiez au sieur Jean-Baptiste Caruel, marchand, demeurant à Civille, pays d'Espagne.
» Signé : J. Tyllcn, Baudouin, Lzéchiel De Caen, Le Bailly. »
« Du mardi avant midi, dernier jour d'octobre 1607.
• Fut présent Jehan Goynart, marchand de peintures privillégé suivant la court, tant pour lui que pour Pierre Le Brun,vaslct de chambre du Roy. lequel, de son bon grey, a faict et constitue son procureur général et spécial, c'est assavoir M* Thomas de la Fontaine, procureur au bailliage de Bourges, pour plcder, se opposer... en l'action, instance et poursuite par appel de procès pendant en la juridiction dudit Bourges entre lesd. constituants, d'une part, et les bourgeois, manans et habitans de lad. ville...
t J. Goynart. •
« Du samedi avant midi xx\ e jour de décembre ( 161 7).
• Fut présent Jehan Goynart, marchand de peintures de la ville d'Anvers, de présent résidant en ceste ville de Rouen, parroisse Saint-Martin-du-Pont dudit Rouen, lequel, de son bon gré, confesse avoir.... quitte et dclessc par ces présentes au sieur André de Gruitre. marchand, demeurant au dit Rouen, pour ce à ce présent, c'est assavoir toute la marchandise de peintures, tableaux, etc. qu'il a de présent en ceste ville de Rouen, pour par ledit de Gruitre en lairc et disposer ainsy qu'il advisera bien estre. comme de chose- a lui appartenant, au nioven que ledit de Gruitre se soumet et oMige 1 aquiter. garantyr cl descharger et ydempniser, etc. le sieur Guillaume Van Zuranduic 1 1 ), marchand, demeurant À l'aria de la vendue desd. peintures et marchandises suyvant l'inventaire dont est porteur ledit Van Zuranduic, lesquelles paintures et mareh. indises ledit de Gruitre a dit et reconnu a\ oir en sa possession et dont il se contente.
» Signe : André de Gruitre, J. Goynart. 1
• Du mercredy avant midy xvir jour de janvier, mil vi« dix-huit.
{ lï Ce nom est t«.rit de bien d,s minier*:». J'.n cru d-.- voir lire •1 Ij signature Vaniooruid^n.
i Fut présent Jehan Goynart, marchand flamen, estant de présent en ceste ville de Rouen, lequel, de son bon gré, confessa avoir transporté par ces présentes à honorable homme Guillaume Vanzouraudon, marchand privillégié suivant la court, présent et acceptant, c'est assavoir une grande boutique consistant en quatre loges et demye, assises, à Saint-Germain-des-Prez, aux halles où l'on tient la foire ordinaire, laquelle boutique ledict Goynart a dict et affirmé lui competter et apartenir suivant son brevet qu'il a obtenu cy-devant de Paul de la Gouve pour trois loges et demye, et l'autre loge de (un blanc), marchand espicier, demeurant à Paris, suivant les brevets et lettres qu'il en dict porter, desquelles il a promis saisir ledit sieur Vanzouraudon, touttefois etquantes, et à quoy il a esté subrogé par ledit Goynart.... pour 2,100 liv.
• Signé : Vanzooruidon. J. Goynart.»
Entre 1607 et if»i8, Jean Goynart avait été associé avec Pierre Le Brun pour l'exploitation d'une blanque ou loterie a Rouen. Pierre Le Brun s'appelait aussi Pierre De Brun et se donnait comme marchand flamand.
28 janvier 1G12. Jean Goynart, marchand flamand, associé avec le sieur Pierre De Brun, aussi marchand flamand, a présent résidant en la ville de Paris pour un tiers de la blanque que le Roy notre sire, par ses lettres patentes, leur a permis estre tenue en ceste ville de Rouen, en la présente année H*>i2..., cède son tiers audit De Brun..., à charge de rembourser audit Goynart ce que celui-ci avait déboursé pour l'obtention des lettres, et de payer au même Goynart 600 livres après la blanque finie. Signé : Goynart et De Brun.
28 janvier 1612. Pierre De Brun s'oblige envers Goynart, à payer en son acquit, es mains de Nicolas Lest, 3,ooo livres contenues en une lettre de change tirée par
ledit Goynart sur ledit De Brun, et 5,ooo 1. après la blanque es mains de Guillaume Van Zourendeucq.
15 mars 1612. Honorable homme, Pierre Le Brun et Jean Goynart, marchands flamands, demeurant à Paris, donnent procuration, pour éviter au procès intente audit Goynart, par Baudoin Bâcler, joaillier de Paris, pour paiement de 2,700 livres, prix d'un collier d'or avec perles et diamants.
16 mars 1612. Gonzalve d'Algado, marchand à Rouen, et Pierre De Brun, tenant la blanque.
Peut-on établir un lien de parenté entre le fameux Van Dyck et les deux Van Dyck indiqués dans l'acte suivant?
# Du vendredi avant midi, 1 3' jour de avril 1612.
» En la présence de nous, etc., Eustache Druel, demeurant en Anvers, messager ordinaire dudit lieu d'Anvers en ceste ville de Rouen, stipulant pour le sieur François Yandiquc, marchand au dict Anvers, a dict, déclaré et signiffié à René Pitresson, marchand à Rouen, pour luy et compagnie, que ledict Vandique a envoyé son hlz exprès en la ville de Paris pour voir et entendre sur quel subject et à quelle raison ledict Pitresson et compaignic ont fait arrester les dettes deuz audict Vandicque en la dicte ville de Paris ; et que pour raison du retardement de ses dits deniers, comme aussy pour les frais de voiage il entendoit protester, comme de fait il protestoit par ces présentes, au nom dudit François Vandicque, à l'encontre dudit Pitresson et compagnie et tous autres qu'il appartiendra, d'avoir despens, dommages et inthérestz. à quoy ledit Pitresson avoyt fait responec qu'il n'y a aucunement du faict de luy et de lad. compagnie audit arrest, mavs bien a su et entendu que ung nommé Fernande/ Redeaux i 1 ), de Midclbourg, a fait ledit arrest pour la somme de i5 a 1,600 escus qu'il prétend estre deubz à Jacques Classe et Van Règle Bruquc et Jehan
Bultel, et a, comme procureur desdits Classe, Bruquc et Bultel etc., dont et de laquelle déclaration et responsc ledit Druel avoit et a requis, etc....
• Signé : René Piétreson, Eustache Druel. »
A ces noms flamands, j'ajouterai celui de HansVan der Vccke, flamand de Dclft, domicilie à Rouen, qui reconnaissait, le 14 février 1 585, devoir à Corneille de Roscndal, d'Anvers, 12 écus 5o sous, pour marchandise de peinture.
NOTES