‹ Dernier recueil de notes historiques et archéologiques concernant le Département de la SeineInférieure et plus spécialement la ville de RouenChapitre 4 sur 19 · SUR UNE MAISON ANCIENNE DE LA RUE DE L^HOPITAL · texte numérisé non relu

SUR UNE MAISON ANCIENNE DE LA RUE DE L^HOPITAL

Dans le premier volume de sa Description des anciennes maisons de Rouen, M. E. Oe la Quérière n'a point oublié l'hôtel en pierre de la rue de l'Hôpital, qui porte le n° i. • Les pieds droits de cet hôtel et l'archivolte de la grande porte » qui y donne entrée, tous « chargés d'arabesques délicatement travaillées », ont semblé a notre collègue indiquer une construction du temps de Louis XII ou de François I er . M. l'abbé Cochet en a fait, à son tour, mention en ces termes dans son Répertoire archéologique de la Seine-Inférieure : « Rue de l'Hôpital, n° i, près de la place Saint-Ouen, magnifique maison de pierre de la Renaissance, sur la porte de laquelle on lit cette devise : Dns michi adjutor. Cette maison se divise en trois corps de bâtiment : celui du milieu renferme une porte cintrée et quatre pilastres de la Renaissance: celui de l'ouest a trois pilastres du même temps, au rez-de-chaussée, au premier et au deuxième étage; celui de l'est a aussi trois pilastres, et, au dessus, trois pilastres très hauts. »

Avant la Révolution cet hôtel était obligé h des rentes de quelques sous envers l'abbaye de Saint-Ouen et envers le Chapitre de la cathédrale; et c'est grâce a cette circonstance que j'ai pu. en m'aidant de nos Archives, suppléer aux titres de propriété, qui paraissent avoir été perdus, découvrir quelques noms de propriétaires et rendre plus intéressant, par certains souvenirs historiques, un monument que nous recommande, du reste, suffisamment le mérite de son architecture.

Cet hôtel comprenait dans son emplacement une maison qui fut aliénée, en 1251, par les filles d'un nommé Hédouin I je Saintier.

Connu par l'enseigne du Paon, au xtv* et au xv* siècle (i) il appartint successivement à Robert de Livet ; au chanoine Guillaume de Livet, bien connu pour ses sentiments patriotiques; à Robert Destin, sieur de Villerez, qui fut un des organisateurs et un des premiers magistrats de l'Echiquier et du Parlement de Normandie sous Louis XII; à différents membres de la famille Jubert, qui remplirent des charges de conseiller ou de président dans les cours souveraines de notre province (2j.

C'est à Destin de Villerez ou aux Jubert qu'il faut rapporter l'honneur de cette élégante construction ; mais je pencherais pour le premier.

Henri Jubert, écuyer, sieur de Brécourt, héritier en partie de feu noble homme, monsieur maître Henri Jubert, président en la Cour des Aides, vendit, le 14 août 1600, cet hôtel, à Jean-Jacques Romé, sieur de la Fontaine, con-

(1) « Jean Le Tavernicr, procureur général de la ville de

Uou?n procureur pour tous les bourgeois, baille en fieu et

pTpétucl héritage , à noble homme Mons. Guy de Jouy, chevalier..., un tènement assis à Saint-Ouen de Rouen..., d'un côté a I crit ige où pent l'enseigne du Paon, appartenant de présent à M* Robert de Livet. » (Tab. de Rouen, reg. 7, F> i5, vo.)

(2) Voir les registres dits Cueilloirs de rentes de l'abbaye de Saint-Ouen. - De M* Henry Jubert, eu lieu des hoirs de deffunct m.Mre Robert Dcstiu, en précédent messirc Guillaume de Lyvct, en son vivant, chanoine de Notre-Dame de Rouen, pour un; maison où soulloit pendre pour enseigne le Paon, assise en h Grand'rue de Saint-Ouen, tendant à la Croche, bournée d'un «.osté, la maison de Rouville ; d'autre costé, un nommé Courrel, à cause de la chapelle de la Trinité, fondée à N.-D. de Rouen ; d'un bout, par derrière, la rue de l'Omosne, et d'autre bout, lu pavement de ladite Grand'rue, dont il est deu de rente, pur an, au terme de Saint Jean, xii s. »

seiller du Roi, président en la Chambre des Comptes, moyennant u,5oo livres de prix principal, et à charge de payer 3a sous de rente à l'abbaye de Saint-Ouen et 20 sous au Chapitre. La propriété est ainsi désignée : un tènement de maisons consistant en un grand corps de logis, paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen, en la grande rue de l'Hôpital et en la rue de l'Aumône (1).

Il est à croire que Rome ne l'occupa point. Ce qui est certain, c'est qu'elle fut louée à Philippe Coulanges (2), un des grands traitants de l'époque, secrétaire du Roi, et l'un des adjudicataires généraux des gabelles de France; au maréchal de Fervaques (3) et au duc de Montbazon, nommés, l'un et l'autre, lieutenants généraux au gouvernement de Normandie.

Fervaques y reçut Sully le 29 août 1608, et y mourut le 16 décembre 161 3.

Hercule de Rohan, duc de Montbazon, pair de France, fut nommé lieutenant général de Normandie au mois d'août 16 14; voici le bail qui lui fut fait par la veuve de Romé ;

(1) Tabellion, de Rouen.

(2) Philippe de Coulangcs, secrétaire du Roi à Rouen, i5 décembre 1616; conseiller notaire et secrétaire du Roi; adjudicataire général des gabelles de Normandie, avec deux associés, 23 avril 161 8. — Philippe Coullanges et Pierre Jacquet, fermiers généraux des gabelles de France, 9 nov. 1619.

(3) Guillaume de Haultemcr, maréchal de France, comte de Granccy, baron deMauny, sieur de Fervaques. Il avait épousé en secondes noces Anne d'Allègre, douairière de Laval. Son testament est daté du 14 décembre. 11 laissait trois hlles de son premier mariage avec Renée Levesque de Marconnay, mariées, l'une, Louise, à Aymar de Prie; une autre, Jeanne, à François de C.mouville, sieur de Ratfetot; la troisième, Charlotte, à Pierre de Roussel, sieur de Médavy. Le jour même où Fervaques signait son testament, Anne d'Allègre protestait contre les dispositions qui y étaient contenues.

a Du mardy après-midi, xviii* jour de juin xvie xiii, en la maison de ladite dame Alleaume.

» Fut présent M c Guillaume Halley, procureur en la cour de Parlement de Rouen, procureur deuement tonde par procuration passée par devant les notaires royaulx de Nantes, en Brctaigne. le neuf* d'avril dernier, de haut et puissant seigneur messire Herculles de Rohan, duc de Montbason, pair et grand veneur de France, lieutenant général pour le Roy en ce pais et duché de Normandie, comté et évesché dudit Nantes, lequel, de son bon gre et volonté, confessa pour et au nom dudit seigneur duc de Montbason, avoir pris à titre de louage, pour trois ans. conimenceantz au jour Saint Jean prochain, an présent mil six centz quatorze, et finissant, les trois ans accomplys, à semblable jour et terme, de dame Marguerite Alleaume, veuve de feu messire Jean-Jacques Romé, vivant sieur de la Fontaine, conseiller du Roy en ses Conseils d'Etal et privé et président en la Chambre des Comptes de Normandie, tant en son nom que comme ayant la garde-noble des enfants mineurs d'ans dudit défunct et d'elle, ce acceptant, c'est a sçavoir une maison à ladite dame et à ses dits enf.mts apartenant, située en la paroisse de Sainte-Croix- Saint-Ouen dudit Rouen, avec la cave estant soubz la cuisine, jardin et une escuric estant derrière le grand corps de logis de ladite maison, sans en ce comprendre un petit corps ou tenement de logis sur la rue joignant ladite escuric et caves estant en partie souhz icelle petite maison, et l'autre partie soubz le grand corps de logis de devant, et tout et autant qu'en a cy-devanc occupé feu Monsieur le maréchal de Farvasques, et, en précédent luy, nobles hommes Jacques de Montsire et Philippe de Collenges, conseiller et secrétaire du Roy, pour en joyr par ledit seigneur duc, audit tiltre de louage, pour ledit temps et espace de trois ans commençante comme dessus, à la charge d'entretenir ladite maison de menues réparations et la rendre

à la fin dudit bail en bon estât, ainsy qu'elle luy sera baillée pour les vitres et plastrage seulement

» Ce bail ainsy faict, moyennant la somme de mil

livres par an

» Signé : Halley.

» Marg« e Aleaume. »

Fervaques et Montbazon avaient prétendu obliger la Ville à leur fournir un logement. Mais elle s'en était dispensée au moyen d'une gratification annuelle de 400 livres.

Ce qui, pour ces hauts personnages, donnait du prix à cet hôtel, c'était sa proximité du logis abbatial de Saint- Ouen, adopté pour demeure par les gouverneurs de Normandie, le duc de Montpensier, le comte de Soissons, le duc de Longueville.

Cet hôtel fut vendu par la famille Romé, le 22 mars 1625, à Jacob Le Roux, sieur de Touffreville. En 1649, 't était devenu la propriété de Richard Hébert, procureur général à la Chambre des Comptes. Il échut à M. Puchot, sieur du Plessis, conseiller au Parlement (1), par suite de son mariage avec Barbe Hébert, fille de Jacques Hébert, conseiller au Parlement. Un Puchot des Alleurs l'occupait encore en 1741; on trouve postérieurement le président Hallé d'Orgeville. Il y aurait lieu d'examiner si le célèbre Puchot des Alleurs, ambassadeur de France à Constantinople, n'aurait pas vu le jour en cet hôtel. Ce qui donnerait lieu d'en douter, c'est que, sur la même paroisse, la famille Puchot posséda longtemps, derrière les murs de Saint- Ouen, un somptueux hôtel distinct de celui-là (2).

(1) Ce* renseignements sont tirés des registres cueilloirs de l'abbaye de Saint-Ouen.

(2) M m e Bimorcl qui, dans ces derniers temps, possédait cet hôtel, m'avait signale dans la tourelle une inscription ainsi conçue : • La... est entré au service de M.duFlessis le ..mars 1684.»

NOTICE

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