‹ Dernier recueil de notes historiques et archéologiques concernant le Département de la SeineInférieure et plus spécialement la ville de RouenChapitre 5 sur 19 · SUR L'HÔTEL DE LA MONNAIE A ROUEN · texte numérisé non relu

SUR L'HÔTEL DE LA MONNAIE A ROUEN

L'Hôtel de la Monnaie de Rouen, dont les principaux bâtiments subsistent encore, occupe une superficie de 2,108 mètres carres, entre la rue Saint- Eloi et la rue Hcrbièrc, sur laquelle s'ouvre la porte d entrée (1).

Cet atelier, dont l'établissement est rapporté à Charlesle-Chauvc (2), resta en activité sous les ducs de Normandie. Au xu' siècle, on y frappa des deniers d'argent, désignés, dans les chartes de cette époque, sous le nom de roumois, qui ne paraissent pas avoir été distincts des deniers angevins (3).

Une charte de Henri I er , de 1108, fait don à l'abbcsse de Fontcvraud de 100 I. de Rothomagensibus denariis, à prendre sur la Monnaie de Rouen (4).

Il semblerait assez naturel d'attribuer à l'existence de cet atelier le vocable de saint Eloi, patron des monnayeurs, donné à l'église voisine. Je ne suis pas cependant

(11 De l'autre côte, la Monnaie ttait bornée par l'hôtel Je Grandmont, à la suite duquel on trouvait celui de Sainte- Vaubourg et le jeu de paume du Pannerct. Cet hôtel de Grandmont avait été" restauré par Pasquier de V aulx, évêque et comte de Lisieux, n qui les religieux de Grandmont l'avaient baillé pour l'occuper sa vie durant, 1443. (Arch. de la Seine-lnf., D, i3 9 .)

(2) Boizard, Traité des M on noyés, p. toi. Almanach des Monnayes, 178s.

(3) Mémoire de M. L. Delisle sur les revenus publics en Normandie. Bit. de l'Ecole des Chartes, 2e série, t. V, pp. 183-189.

(4) Arch. de U Seine-lnf., G. 44*0.

persuadé que notre Monnaie ait été primitivement là où on l'a vue aux derniers siècies.

Ce qui m'inspire quelques doutes a ce sujet, c'est ce que dit Farin, Hist. de Rouen (i™ partie, p. 94) : « Toutes les maisons à la place desquelles est l'Hôtel de la Monnoyc appartenoient autrefois à un nommé Guillaume Benoît, et depuis il y a eu dessus une redevance de 40 sols de rente aux héritiers de Guerout Naguet, comme il est porté dans les registres de la Chambre des Comptes de Paris. »

Au xin e siècle, on désignait comme relevant du fief de la Monnaie une maison située en la rue Vanterie. Peutêtre était-ce là qu'était alors la Monnaie (1).

Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux que, dès le commencement du xv« siècle, la Monnaie occupait l'emplacement compris entre les rues Hcrbièrc et Saint-Eloi (2).

L'Hôtel appartenait au Roi, et passait pour un modèle en son genre. « L'Hôtel de la Monnaie, dit encore Farin, est le plus beau qui soit en France, si on considère ses bUiments et sa fonderie. • Duplessis n'en parle pas autrement dans sa Description de la Haute-Normandie.

Cet Hôtel, suivant M. l'abbé Cochet (Rêp. arch. de la Seine-Inférieure), daterait de François l« r , et il en donne co nme preuve une sculpture qu'on y remarque, et qui représente l'Ecu royal de France, entouré du collier de l'ordre de Saint-Michel, accompagné, à droite et ù gauche, de deux FF. couronnés.

L'ingénieur Le Masson l'avait ainsi décrit dans le; premières lignes d'un devis estimatif des ouvrages à faire en maçonnerie pour sa réparation, en l'an XI (3).

(1) Oomum suam de Wanteria de fcod>> Stonett, Ch. de Guill. Collette, sous la mairie de Gui». Du Donjon. (Arch. de ln Seinc-Inf'., G. 4J0Ô.)

(a) « Monnoye de Rouen, pjrr. Saint-Eloy. •» Tab. ic Rouen, rcg. 6, fo 46.

(3) Cette réparation fut exécutée par Pierr j-Adrien Jouin.

« L'Hôtel des monnaies de Rouen est très vieux. Ce qui le constitue est une quantité de bâtiments incohérents qui occupent une grande surface. Cependant, cette réunion de petits bâtiments autour des petites cours renferme distinctement tout ce qui est nécessaire, utile et mesme commode pour cet hôtel.

» Le plus ancien de ces bâtiments (le long de la rue Saint- Eloi) est tout entier en pierre de taille, et est bâti dans le style de l'architecture de Philebcrt de Lorme. 11 est, à ce que l'on croit, de son temps. Il doit avoir été construit par lui, ou l'un de ses élèves, ou l'un de ses admirateurs, vers 1 569, époque à laquelle le château de la Maillerayc a été construit. Les soins qui ont été donnés à la construction de ces deux édifices sont les mêmes ; les profils se ressemblent ; toutes les pierres adhèrent entre elles parfaitement, ce qui a concouru puissamment à la conservation de ces édifices construits d'après les bons principes des anciens. Ils sont en pierre de Saint- Leu. C'est dans ce petit bâtiment donnant sur la rue Saint- Eloy qu'est établie la fonderie des métaux. C'est le seul qui soit entièrement en pierre de taille (1). »

Un ancien Hôtel des Monnaies doit être envisagé sous deux points de vue : comme juridiction, comme atelier de fabrication.

Les officiers qui composaient la juridiction étaient un Général provincial subsidiaire; les juges-gardes; le contrôleur contre-garde, qui remplissait les fonctions des juges en leur absence; le garde-scel, l'avocat et le procureur du Roi, des greffiers et des huissiers.

Les procureurs étaient ceux des juridictions royales.

(1) Sou» François il, qui régna de i53y à i56o, les deux FF couronnés se conçoivent encore; mais on ne saurait admettre la date de 1569, qui nous reporterait nu règne de Charles IX. Peutêtre M. Le Masson a-tnl voulu écrire t bbg.

On donnait au Général provincial le nom de subsidiaire, parce qu'il représentait les commissaires de la Cour des Monnaies de Paris; à leur place, il était tenu de faire exactement, dans la province de son département, des chevauchées, à l'effet de découvrir les délits et malversations qui pouvaient s'y commettre sur le fait des monnaies et des matières et ouvrages d'or et d'argent.

Nous ne saurions dire à quelle époque précise remonte l'établissement d'un Général provincial en Normandie. 11 y en avait certainement un (Le Gouppil, sieur du Parquet) pendant l'occupation anglaise. Remond Monfault nous • paraît en avoir occupé les fonctions sous Louis XL

En Ô22, il n'y avait plus de Général provincial en Normandie. Le Languedoc, le Dauphiné, la Bourgogne étaient les seules provinces où ce fonctionnaire eût été conservé. Henri II les supprima, par mesure générale, en mars 1 5 4 <>.

En mai 1577, ils furent rétablis au nombre de sept pour faire leur principale résidence dans les villes qui servaient de sièges aux parlements de Languedoc, de Guyenne, de Bretagne, de Normandie, de Bourgogne, de Dauphiné et de Provence. On leur attribua les mêmes pouvoirs et juridiction qui avaient été donnes, par édit de ^70, aux Généraux de la Cour des Monnaies de Paris, quand ils faisaient leurs chevauchées dans les provinces, et on ordonna que ceux qui seraient pourvus de ces otfices seraient reçus en cette Cour, et y auraient entrée, séance et voix délibcrative en toutes matières de leur connaissance, et quand ils s"y trouveraient pour le fait Je leurs charges (1).

(t) La juridiction des Généraux des Monniies ne fut pis sans causer quelque ombrage au parlement de Normandie. « Kn 1 57 5, dit Pavyot de Bouillon, dans son histoire ms. du parlement, le Roi ayant tait quelques ordonnances sur le fut des monnaies, elles furent envoyées au parlement de Normandie, mais n'y furent vérifiées que vers la un du mois de juillet, et avec cette clause

Un édit du mois de juin 1696 supprima ces offices; mais, en même temps, créa vingt-huit généraux provinciaux subsidiaires avec les mêmes honneurs, droits, pouvoirs et juridiction portés par l'édit du mois de mai 1 577. Il y en eut un pour la ville et Généralité de Rouen; un autre pour les villes de Caen et d'Alençon (1).

Cet édit voulait qu'ils fussent gradués et reçus en la Cour des Monnaies, où ils siégeraient après le dernier conseiller.

Ils étaient les chefs de la juridiction de la Monnaie de leur département; ils avaient droit d'y présider; ils étaient appelés au jugement des affaires que les juges gardes avaient instruites, et mettaient leur nom entête de leurs sentences.

Les juges gardes qui, primitivement, avaient été les seuls juges des Hôtels des Monnaies, étaient au nombre de deux.

Ils connaissaient, en l'absence du Général provincial, et concurremment avec lui, primitivement à tous autres officiers, de l'examen et réception des changeurs, batteurs et tireurs d or. ainsi que des aspirants à la maîtrise d'orfevrerie. de leurs cautions.de l'élection de leurs jurés; de l'insculpation de leurs poinçons, et de ceux des fourbisseurs. horlogers, graveurs sur métaux, et tous autres officiers qui travaillaient et employaient les matières d'or et

que la Cour Je» Généraux de» Monnaies de Paris n'auroit aucune juridiction dan» l'étendue de la province, ainsi qu'il avoit esté dtfjà arresté en plusieurs occasions »emblablc». »

(1) - La Monnoic de Saint-Lo, dont l'établissement remontait ou xute siècle, ainsi que le prouvent des lettres-patentes du 10 juin i36i t fut transférée en la ville de Caen, par édit du mois de septembre i'-uH. Elle a etc supprimée par autre édit donné au mois de février 1772. Sa jurisdtction s'étend sur toutes les villes qui composent la Généralité de Caen et sur une partie de celles qui dépendent de la Généralité d'Alençon. • Almanach des Monnaies, 1788, p. 65.

d'argent, chez lesquels ils avaient droit de visite ; de toutes les malversations qui pouvaient être commises par ceuxci (i), même des entreprises de tous ceux qui avaient des fourneaux et se mêlaient de fontes de distillation, sans y être autorises par état ou par lettres du Roi, enregistrées dans les Cours des Monnaies ; et généralement de tout ce qui concernait le titre, bonté, alliage des matières, marques des poinçons exigés sur les ouvrages, ainsi que de l'abus que l'on pouvait faire des poinçons.

Ils connaissaient aussi, en l'absence du Général provincial, et concurremment avec lui et autres juges royaux, des crimes de billonnage, altération des monnaies, fabrication, exposition de fausse monnaie, et autres de juridiction concurrente.

Ils connaissaient, seuls et privativement aux Généraux provinciaux, de la police intérieure des Monnaies et du travail de la fabrication des espèces, dont ils faisaient les délivrances aux maîtres ou directeurs particuliers. Enfin, ils étaient dépositaires des poinçons, matrices et carrés sur lesquels les espèces étaient monnayées, et les donnaient par nombre aux prévôts et lieutenants des monnayeurs, à charge à ceux-ci de les leur remettre, l'opération terminée (2).

Cette juridiction avait éprouvé quelques variations. Les offices de gardes, de contrôleur, étaient devenus héréditaires. Celui d'avocat du Roi, créé assez tard, avait été supprimé vers le milieu du xvm e siècle.

Le nombre des greffiers avait été porté h trois, bien qu'un seul pût sutlire. Au grcllier ancien avait été adjoint un gretfier alternatif, par édit de mai 1 5 1 7 ; un greffier triennal, par édit de déc. 1639 (3).

(1) Ils jugeaient jusqu'à concurrence de 16 ccus a livres sans appel. Au-dessus, l'appel tîtait porté à la Cour des Monnaies de Paris.

(2) Voir l'article des Monnaies dans l'Encyclopédie.

( <) Robert de Scz, greffier, 100.,; Guill. dj Vilbdc, juin i65o.

Les gardes, le contrôleur-contrcgarde, avaient, comme le Directeur, l'essayeur et le greffier, leur logement 5 la Monnaie. Quant au local affecte à la juridiction, il fut toujours insuffisant, comme on peut le voir par cette re quête, qui fui adressée, en 1784, à M. Boutin, secrétaire d'Etat, ayant le département des Monnaies (1) :

- Supplient humblement les officiers du siège royal des Monnoycs de Rouen, cl ont l'honneur d'exposer l'incommodité et insuffisance de leur prétoire.

» Il ne consiste qu'en une petite chambre, à laquelle on accède par un escalier. A face de la porte est une cheminée enfermée dans le parquet; entre elle et les croisées est un très petit espace, ce qui a forcé de placer le siège des juges de l'autre côté, entre les croisées et la porte. Le dernier des juges en séance a le vent de la porte dans les oreilles. Cet emplacement qu'occupe le siège est si petit qu'il ne peut contenir qu'avec beaucoup de peine le Général provincial, les deux juges, le contregarde et le procureur du Roi.

» Telle est encore l'incommodité, que les avocats qui viennent plaider au siege, où les audiences ne laissent pas que d'être fréquentes, n'ont pas de barreau. S'ils se tenaient hors le parquet, ils seraient a la face des fenêtres du prétoire, qui n'en a que d'un seul côté, sur la cour de l'Hôtel; mais ils en seroient si éloignes qu'ils ne pourroient voir a lire leurs pièces. On est obligé de les laisser dans le parquet, d'où ils ne peuvent communiquer avec leurs clients.

»> B irnant a ce seul appartement le prétoire de la Monnoyc de Rouen, jusqu'à ce qu'on appelle l'audience, les parties et leurs avocats sont obligés de rester dans la cour

(1) Arch de la Seinc-lnf M C. 1 18. — A Rouen, dan» les dernier» temps, la juridiction de la Monnaie se tenait les mardis et ks jeudis.

de l'Hôtel, aux injures de l'air et du temps, ce qui gêne fort en hiver ; et si, par humanité, on les laisse entrer avant l'audience, les juges n'ont pas la liberté de se conférer. »

Comme atelier de fabrication, il y avait, à la Monnaie, un Maître qui, après avoir été tantôt régisseur pour le Roi, quand la Monnaie était adjugée aux enchères ou baillée à ferme, était devenu, dans les derniers temps, officier agréé et nommé par le Roi, et qui, à son titre de Directeur, ajoutait celui de Receveur et Conseiller du Roi.

v Les fonctions du Directeur étaient de veiller sur tous les ouvriers et ateliers, de faire que tout fût en bon état et en bon ordre ; de payer les officiers et ouvriers de la Monnoye, d'acheter tout ce qui était nécessaire pour les fabrications, de faire les achats des matières, d'inscrire les noms et demeures des marchands de matières, de distribuer lui-même les travaux aux ouvriers dans chaque atelier, de les recevoir d eux, de ne point donner au public d'espèces d'une fabrication avant qu'elles n'eussent été passées en délivrance..., de garder soigneusement les deniers de boete qui lui étaient confiés et de ne s'en dénantir que par ordre de la Cour des Monnaies » (i).

Il avait à sa disposition, pour le travail, d'autres officiers : l'essayeur, le tailleur ou graveur, et un personnel d'ouvriers employés, par privilège, de père en fils, à la fabrication des monnaies. L'existence, l'organisation, les exemptions de toute sorte de ce corps d'ouvriers, constituaient, à vrai dire, l'originalité très tranchée, qui est à signaler dans un ancien Hôtel des Monnaies.

Par profession, le* monnayeurs devaient se rendre, à l'ordre du Roi, et sur l'avis des juges gardes ou des prévôts, non seulement a la Monnaie de leur ville, mais en quelque autre ville que ce fût du royaume, où l'on jugerait même

(i) De Beiungc, Traité des Monoyes, 1760, 1 repartie, p. iSz.

nécessaire de battre monnaie, et c'est à quoi ils s'obligeaient par serment, le jour même de leur réception. Les lettres de 1 334 50111 explicites sur ce point : « Item les diz ouvriers et monnoyers sont tenuz de venir garnir noz monnoyes toutes fois que mestier sera, à leurs propres couz et despens, sans demander nul avantage ne nul don; et, s'aucun, après ce que il aroit este crié, ou lieu où il demourroit, que il venissent à noz monnoyes, en estoit en défaute que il ne partist de son pais huit jours après le cri, qu'il fust, chacun jour, à dis soulz de peine, se il n'avoit essoine loial; et seroit envoyé querre à ses propres cous et despens. »

On voit, par ces mêmes lettres, que le Roi retenait que, « se ainsi estoit que li ouvrier et monnoycr(i| du serment de France ne peussent garnir ses monnoyes de tant d'ouvriers et monnoyers comme l'en aroit mestier, il pourroit appeler autres ouvriers et monnoyers de quelque lieu, avec euN. tant seulement tant comme l'en aroit à fere de euls. et ouvreraient et monoieroient à part. »

Ce passage fait allusion aux ouvriers et monnayeurs du serment de l'Empire, qui, dans certaines villes, à Rouen notamment, coopérèrent au travail des monnaies, tout en formant une association, distincte des ouvriers et monnayeurs du serment de France (2). L'admission de ces étrangers s'explique, suivant la remarque de Constans,

(1) On distinguait en gtfnér.il les ouvriers des monnoyers ou monnoyeurs. Le» ouvriers étaient ceux qu'on appela plus tar i l-.s ajusteurs.

(») Cirdinot Le Cauchois, fils et héritier de feu Henri Le Cujchois, en son vivant, avocat etcons.uller en cour laie, donne, le 10 mai 1421. sous tournois de rente à héritage, pour L»;eu, „iu collège des ouvriers et monnoaers du serment de l'Empir.*, esians en ]a ville de Rouen, athn que led. donneur, ses parens et amis et bienfaiteurs, eussent pirt es oresons qui fuis seront audit Collège. • Tab. de Rouen, reg. iy, f<> 401 v<>

dans son Traité de la Cour des Monnaies, par la rareté des ouvriers des Monnaies (i).

Pendant longtemps, les monnayeurs du serment de l'Empire se maintinrent à Rouen, à côté de ceux du serment de France. Il en était ainsi à la fin du xv e siècle. Mais alors on avait plus d'ouvriers et de monnayeurs qu'il n'en était besoin.

On en trouve la preuve dans le passage suivant des lettres patentes du roi Charles VIII.

« Pour ce que la multiplicité desd. ouvriers et monnoyeurs procède plus de ceux qui sont du serment de l'Empire que autrement, parce qu'ilz sont francs et créez de volonté par plusieurs princes et prélatz hors de notre royaume, que des pays de l'Empire, et que aussi, es lieux et contrées où ils se tiennent, ils font, chascun an, un? assemblée et disner, et en créent un nouveau pour les def-

(i) m On voit par là que les ouvriers des monnoyes étoient rares, et que par ceste raison nos rois estoient dans la nécessité d'en faire venir des pays étrangers, comme on parloit alors, des monoiers des autres serments. » Cette remarque est faite à l'occasion d'une ordonnance touchant les monoiers, laquelle contient un règlement entre les ouvriers et monoiers, tant du serment de France et de Toulouse, que du serment de l'Empire et de l'Espagne. Les prévôts des Monnaies de Montreuil, Rouen, Angers, Troyes, St-Pourçain, Tournay, Sommicres, Paris, pour tous les ouvriers des monnoics dud. serment, s'cng'gcntà fournir d'ouvriers 260 fournaises, « lesquelles fabriqueront, chr.que jour, 3o marcs de florins au noit, tant de bhnc que de noir. Toutes les fois que le maistre des Monnoyes requerra les monnoiers d'icclle Monnaie de ouvrer, ils seront tenus de ouvrer, tant à jour ouvrable, comme les jours de teste, exceptez dimanches, festes d'apostres, et autres festes où ils auront vœu. » Le Roi ne prendra ■ aucuns ouvriers de hors le royaume pour ouvrer en aucunes de ses Monnoyes, excepté 10 fournaises que Aymeri de la Coste doit amener, » 22 mars 1339. Ord. des rois de France, II, iMj.

frayer; et après s'en viennent en notre royaume, et se font recepvoir en nos Monnoyes, en laquelle réception, et aussy de ceux qui sont demeurans en notre dit royaume les solennités n'y sont gardées; car ilz ne regardent de quel costé et ligne ilz sont, se leurs pères ont faict espreuves, ou s'ils savent ouvrer ou non, etc. • Comme les monnayeurs de France suffisaient, le Roi, dans ces lettres patentes, ordonnait que « dorénavant aucuns nouveaux ouvriers du serment de l'Empire ne seroient faits, créez à ses Monnaies par ses successeurs, ne autres princes de son royaume a leur nouvel avènement, ne par autres dedens ou dehors le royaume. » On permettait seulement à ceux qui étaient admis de rester dans leur état, le temps de leur vie, Paris, 28 mars 1491. Enregistré à Rouen, 4 mars 1495 (1).

Les monnayeurs du serment de l'Empire subsistaient encore à Rouen, en 1541.

A cette date, « les prévost, clercs, ouvriers et monnoyers venus et yssus de vray estoq et lingne du serment de l'Empire, exposèrent que, par le roy Philippe, en l'an 1 342, leurs prédécesseurs, desquels ils estoient descendus, furent par luy mandez des pays de l'Empire pour venir en son service, pour la faulte des ouvriers estans lors en France, ausqucls, qui dès lors se habituèrent en ce royaume, et à leurs successeurs, naiz en icclluy, furent par le roy Philippes et autres donnez telz et semblables privilèges que aux autres prevost, clercs et monnoyers du serment de France. » Il y avait 2 ans à peine, pour se conformer à des lettres du Roi (du 2 janvier 1 53<j), « leur avoit convenu laisser leurs maisons pour aller besongner en ses Monnoyes en la ville de Paris. • On ne pouvait invoquer contre eux les lettres que, par un sentiment de jalousie, les monnoyers du serment de France avaient obtenues de Charles VIII, puisque ces lettres n'avaient pas rc^u d'applicatiun, et qu'en 1494. en confirmant les privilèges de ceux du serment de France,

(0 Arch. de la S. Inf, Mémoriaux de la Cour des Aides.

ce roi avait accorde à ceux du serment de l'Empire la participation aux mêmes privilèges.

François I er fit droit à leur requête, et abolit en même temps une distinction qui n'avait plus de raison d'être. Il ordonna qu'à l'avenir « tous les prévôts, ouvriers et monnoyers seroient reçus et accueillis ensemble et en une même compagnie et société; que tous seroient nommés et appelés du serment de France; qu'il n'y auroit plus, en chaque Monnaie, que deux prévôts, l'un pour les ouvriers, l'autre pour les monnayeurs. » (Amboise, dernier avril 1541) (1).

On distinguait dans cette corporation les ajusteurs et taillcresseset les monnayeurs. Leurs fonctions n'étaient pas les mêmes. Celles des ajusteurs et tailleresses consistaient à donner au rîaon ou pièce le poids déterminé par les règlements. Celles des monnayeurs étaient de mettre l'empreinte sur le rlaon.

Dans la compagnie des monnayeurs on n'admettait que les aînés, soit des monnayeurs, soit des ajusteurs ou des tailleresses. Dans celle des ajusteurs, dits autrefois ouvriers, on admettait les puînés des uns et des autres.

On ne recevait comme tailleresses que les filles des monnayeurs ou des ajusteurs. Les tailleresses transmettaient leurs droits à leurs enfants mâles, non à leurs filles U).

Avant d'être reçu monnayeur ou ajusteur, il fallait faire une année d'apprentissage. L'apprenti monnayeur était désigné sous le nom de ricochon; l'apprenti ajusteur, sous celui de ricoton, riquiton ou recuiteur.

Ceux qui voulaient faire revivre à leur profit la qualité de monnayeur et d'ajusteur avaient a produire les titres qui établissaient qu'ils étaient d'estoc et de ligne de monnayeur ou d'ajusteur. Sur le vu de ces pièces, on leur

(1) Arch. Je la S.-Inf., Mémoriaux de la Cour des Aides.

(2) Lettre Je Turgs. prévôt des ajusteurs, en même temps que magistrat au bailliage et subdékguc de l'Intendant, 17 mars 1786. Arch. de la S.-Inf., C. jo5o.

délivrait des lettres de relèvement ou de relief. Ils n'avaient qu'à les présenter au Général provincial, pour obtenir de lui une sentence qui leur permettait d'être accueillis dans la Monnaie comme ricochon ou comme riquiton.

Jacques-Adrien Varnier, avocat au parlement, vicomte de l'Eau, était fils de Jacques Varnier, procureur au parlement, lequel était fils de Jacques Varnier et de Marie Gibert, laquelle était fille de Jacques Gibert et de Catherine Deshayes, laquelle était fille de Robert Dcshayes et de Marie De Houppcville, laquelle était fille d'un Romain De Houppcville, qui avait été reçu monnayeur le 2 mai . 1 5 3 1 . Il se fit accueillir comme ricochon, le 26 juillet 1740, bien que près de deux siècles le séparassent de celui de ses ayeux qui avait joui des privilèges de monnayeur.

Le 4 juin 1740, Robert-Thomas Le Danois, écuyer, se fait accueillir en qualité de riquiton, comme fils aîné de défunt Thomas Le Danois, conseiller au bailliage de Rouen, marié à Marguerite Boutchen, lequel était fils aîné de Robert Le Danois, avocat, qui avait été reçu ouvrier ajusteur le 26 janvier n>83.

Le 2<> février de cette même année, Jean-Pierre Carré, conseiller du Roi, contrôleur cont regarde en la Monnaie, avait été accueilli en qualité de riquiton, comme fils puîné de défunt Guillaume Carré et de Françoise Maubogne, laquelle était fille de Jean Maubogne, monnayeur, qui avait lait épreuve le 10 décembre H04.

François-Jacques-Guillaumc De Houppcville avait été accueilli en qualité de ricochon, le 12 oct. 1737, comme tils de François De Nouppcvillc, lieutenant général de police au bailliage de Rouen, marié a Jcannc-Klisabeth Brunei, fils de Jean-Guillaume De Houppeville, docteur en médecine, marié à Anne Michel, reçu monnayeur le 14 oct. IÔ82.

En 1784, Pierre-Jacques De la Métairie réclame, en sa faveur, les droits de Marie-Louise Le Carbonnier, sa mère, a une place de tailleresse, par représentation de <on aïeul

maternel, François Le Carbonnier. H lui suffit de solliciter à cet effet des lettres de chancellerie.

Au bout d'un an et un jour d'apprentissage, les apprentis étaient admis à subir leurs épreuves. Elles se faisaient devant les deux compagnies assemblées, en présence des magistrats en robes. Le riquiton était placé à un balancier ; le ricochon avait à monnayer les flaons qu'on lui présentait.

Le chef-d'œuvre était mis aux mains du lieutenant des monnayeurs ou du lieutenant des ajusteurs, suivant le genre de travail, et était aussitôt porté dans la salle de la juridiction, dépose sur le bureau, où devaient l'examiner à loisir le Général, le procureur du Roi, les officiers, les monnayeurs et les ajusteurs.

Le procureur donnait alors ses conclusions, et, en cas de jugement favorable, l'apprenti était admis à prêter serment. Ce n'était qu'après l'accomplissement de cette formalité qu'il faisait partie de la corporation et pouvait en réclamer les privilèges. L'acte de réception (il, ainsi que la sentence du General, étaient insérés dans le registre de la compagnie.

Chacune de ces compagnies avait son prévôt et son lieutenant, les uns et les autres nommes pour 4 ans. dans une assemblée générale des prévôts et lieutenants des ouvriers ajusteurs et monnayeurs et tuilleres>es, qui se tenait, en présence du Gênerai provincial, soit dans la Chambre des ajusteurs, s'il s'agissait de nommer des «justeurs. soii dans celle des monnayeurs, s'il s'agissait Je nommer un monnayeur. Tous les ajusteurs et monnayeurs prêtaient, au préalable, )e serment de bien et fidèlement procéder à l'élection. Les \oix étaient recueillies par les greffiers des deux compagnies et par deux scrutateurs dits evan^elistes. désignes l'un dans la classe

( 1) Comme un le voit, on donnait un sens ditlércm u Vjccucillc* ment et a |.i réception.

des ajusteurs, l'autre dans celle des monnayeurs. L'élection faite, le Général en donnait acte à la compagnie intéressée, et renvoyait l'élu à la juridiction pour y prêter serment (i).

Les deux compagnies avaient un procureur syndic ou receveur nommé pour 4 ans, alternativement dans la classe des monnayeurs et dans celle des ajusteurs (2).

La nomination de ce fonctionnaire se faisait d'une

(1) Prévôts des Monnayeurs : N" Du Valricher, enterré, en 1462, dans la chapelle du Sépulcre de Rouen (Farin, Hist. de Rouen); Marin Le Monnier, 10 oct. i5q6; Adam Jossc, 10 nov. 1604; Jean Donnest, sieur du Goullet, maître des ouvrages de la Ville, 28 oct. 1608, 2a fév. 1614 (Tab. de Rouen); Le Bourg, 7 déc. 1668; Nicolas Le Chandelier, 12 déc. 1714; Mathieu Meslin, nommé, le 8 avril 1734, par 33 votants; le même, nommé le 6 mai 1744; De Beautot, nommé le 20, avril 1784 (Arch. de la ville de Rouen); Michel-Nicolas de Turgis, 1 784-1788. — Prévôts des ajusteurs : Bouin Jean Begon, prévôt des ouvriers, t33g (Ord. des rois de France); Etienne Le Chandelier, 3 fcv. 1 597, 10 nov. 1624; Toussaint Le Bourg, 2a fév. 1 1) 14 (Tab. de Rouen); G. De la Vigne, 6 juin 1606, 7 déc. 1668; Ch. De la Vigne, nommé le 9 avril 17^4 par 34 votants; Jacques Le Bourg, 29 av. (784; Charles De Lespinc, 29 avril 1784-1789. Prévôts sans distinction de compagnie : Jacques Griffon, 28 juin Ô49; Jean Donnest, oct. i53o; Jean Vallée, i38i-i38a; Denis Nepveu, 22 fév. 1614; Ch. De la Vigne, vers 1739; Clérot, 1786. — Lieutenants des Monnayeurs : Pierre N»s AnJrieu, 20 fév. 1736, 6 mai 1744; Jean-Jacques Clcrot, 1784. — Lieutenants des ajusteurs : N« De la Haye, nommé le 9 avril 17^4; Augustin Reusse, 22 oct. 1744; Etienne Bezuquet, 39 avril 1784.

(a) Nomination, comme procureurs syndics, d'Augustin Reusse, en remplacement de François Carbonnier, 16 août 1734; — de Claude de Bihorel de Bellemare, en remplacement de Reusse, 10 sept. 1738; — de Jacques-François Cccillc, en remplacement dud. de Bihorel, 17 sept. 174a ; — de Jcan-Pierrc- Alexandre Febvrier, 4 o>t. 1746; — de François Le Danois, ajusteur, ao oct. 1750.

manière moins solennelle. Le Général provincial n'y assistait pas. Il ne s'y trouvait que les membres des deux compagnies. Ils se réunissaient aussi pour toutes les réceptions, ou quand il y avait une délibération à prendre sur des affaires communes. C'est ainsi que, le 3 août 1 73 1 , toute la corporation arrêta ce que chaque ajusteur, monnayeur et tailleresse, aurait à payer pour son accueillement et pour sa réception.

Le 9 août i75i, tous se réunissent au sujet de l'injonction que M. Du Plix, juge garde, leur avait faite d'avoir à lui remettre l'état des frais de réception des monnayeur-, ajusteurs et tailleresses. qu'il prétendait lui être demandé par l'autorité supérieure, mais sans vouloir donner communication de la lettre ministérielle. C'était indiquer qu'il se croyait, en droit, personnellement et de son chef, de faire une pareille demande. L'état lui fut communiqué ; mais en même temps on députa vers le Contrôleur général et vers la Cour des Monnaies pour obtenir des explications (1).

De même que les monnayeurs et les ajusteurs ne formaient qu'une corporation, ils ne formaient aussi qu'une confrérie, dont le siège était, en i66cj, dans l'église St-Eloi. Le 21 juillet de cette année, la fabrique de cette église approuva leur projet de mettre dans la nef de St-Eloi une vitre avec les arme? du Roi et cette inscription : « Ceste vitre a esté donnée par les Ouvriers et Monnoycurs de la ville de Rouen, » et, en considération de cet acte de libéralité, elle leur permit de continuer de tniredire et célébrer une haute messe au grand autel, les z< et 3 e dimanches de chaque mois et le jour de St Eloi, en laquelle messe, après YAgnus Dei, serait chanté Domine, salvum fac Regem y par 3 lois (21. Plus tard, cette confrérie transféra son siège en la chapelle St-Georges ou du Sépulcre, où se

(i) Arch. »Jc la ville de Rouen.

{2) Arch. de la S.-lnf. F. de la par. St'Kloi.

trouvait la tombe d'un ancien prévôt, J. du Valrichcr (i).

Les actes où les deux compagnies agissent en corps sont intitules : < Les prévôts, lieutenants, Ouvriers ajusteurs et Monnoieurs du serment de France, servant et tenant garnison pour le Roi en la Monnaie de Rouen. >

Ces deux compagnies étaient nombreuses; 23 ouvriers et monnayeurs du serment de France sont nommes dans un acte du 24 oct. 141 y (2). A la procession solennelle qui se Ht a Rouen, le 18 juin 1542, par ordre du Roi, on vit défiler « les héraultz de la Monnaie, vestus de leurs hocquetons portons torche avec le maistre, gardes, prevost, essayeur et ouvriers au nombre de 48, tous portons torches

(1) Le 5 mars 1746, « en rassemblée des a compagnies, délibéré d'abolir la distribution des craquelins aux messes qui sont célébrées, le 1" dimanche de chaque mois et les jours de S. Eloi, en l'église de St-Georges. Chaque ajusteur et monnayeur qui sera en tour paiera 10 1. à la bourse commune. » Arch. de la ville de Rouen.

(2) C'étaient Pierre Le Galois, Gcrvais FauJrc, Jean De la Fontaine, Colin De Préaux, Pierre de Bcrville l'aine, Pierre de Berville, son hls, Thomas Le Locu, Vincent du Valrichcr, Colin du Valrichcr, son hls, Jean Piquenot, Jean Aubcrt, Guill. Hue, Jean Le Parqucis, Louis Verdiere, Gaillard Locsel, Jean Loison, Guillemet Le Sergent, Cudinot et Rogerin de Brumarc, frères, Jean Courel le jeune, Amaury Loison, Pcrrin Marcillot, Culin Le Sergent. — Le 1 sept. 1423, sont utés comme ouvriers, lant du serment de France que du serment de l'Empire : Germain Faudre, Colin De Prcaux, Pierre Le G.ilois, Pierre De la Fontaine, Cardinot de Brumarc, Jean Du Bosc, Garin Biset, Louis V crdicTc, Guillaume Le Blanc, Pierre de Berville, Jean Courel, Rogerin Le Clerc, Jean Le Cindelier, Guill. Berengcr, Robin Du Sihomme, Guill. Olivier, Jean De Houppevillc, Robinet Du Homme (Arch. de la ville de Rouen). Sont cités comme monnayeurs, en i343 : Philippe De Lail, Vinrent du Valrichcr, Jean Philippe, Jean De Compicgnc, Jean Cueur (Arch. de la S.-lnf., G. 1 104)

semées de fleurs de lys avec l'escu de France (i). » Une liste de monnayeurs du 10 nov. 1604 nous donne 68 noms, parmi lesquels celui de N« Basire, avocat (2). On en compte 72 dans une liste du 6 juillet 1666, et, dans le nombre, Jean Cavelier et Henri Cavelier (3) ; 59 dans une liste du 5 août 1694, et, dans le nombre, le célèbre Nicolas Mesnager (4). Dans ce dernier chiffre ne sont pas compris les ricochons ni les riquitons. — En 1784, on comptait à la Monnaie de Rouen 5o monnayeurs, 9 tailleresses, i3 veuves de monnayeurs et d'ajusteurs.

Les privilèges attachés au titre de monnayeurs étaient considérables; ils équivalaient, s'ils ne leur étaient supérieurs, à ceux de la noblesse (5).

Des lettres de Philippe-le-Bel, du mois de juin 1296, portaient • qu'ils ne seroient tenus de respondre de nul cas que devant les maistres des Monnoies, excepté les cas de larcin, meurtre et rapt ». Elles voulaient de plus qu'ils fussent exempts par tout le royaume de tailles, coutumes et péages (6).

Ces privilèges leur furent confirmés par Charles de Valois, en 1 324 ; par Charles VI, en 1419 (7).

Le droit de n'être jugé que par les maîtres des Monnaies fut converti, lors de l'érection à Rouen des Requêtes du Palais, en un droit de committimus, en vertu duquel toutes leurs causes étaient attribuées à cette cour. Ils furent maintenus dans ce droit jusqu'à l'ordonnance de

(ï) Reg. des délib. de la ville de Rouen.

(2) Reg. de la Cour de» Aides, reg. 16, f» yi.

(H) Juurnul de l'Hôtcl-de-VilL- de Rouen.

(4) Arch. de la ville de Rouen.

(5) Aussi les voit-on recherchés par des nobles, par de riches négociants, par des magistrats ou par des avocats de Rouen.

(6) Ordon. des Rois de France, I, K86.

(7) Henri V confirma aussi les privilèges des monnayeurs, 16 janvier 1421 (v. s.). Rôles de Bréquigny, no 918.

1669, qui révoqua le committimus à l'égard de tous ceux qui en avaient joui jusqu'alors et qu'elle ne désignait pas. Ils se pourvurent au Conseil du Roi pour y être maintenus. On considéra que le committimus leur avait été accordé à titre onéreux, et pour leur tenir lieu des anciens gages et appointements dont ils jouissaient à l'origine ; que de tout temps ils avaient été assimilés aux commensaux de la maison du Roi. Ce droit Jeur fut rendu par un arrêt du Conseil du 1 5 janvier 1671, où Ton se réfère à des lettres-patentes conformes, de 1648. Ils y furent encore confirmés par un arrêt du Conseil, du 16 août 1700 (1).

Us étaient exempts de tutelles et de curatelles, des gardes des portes, guets et sentinelles (2) ; de tous péages, des droits de mueson (3), des droits d'aides de Ville (4). Au xvnr» siècle encore, même quand ils tenaient boutique ouverte, ils étaient dispensés du logement des gens de guerre. On admettait en leur faveur la compatibilité du commerce avec leurs fonctions a la Monnaie. Ainsi en futil jugé par le Conseil d'Etat, contrairement à l'avis de l'Intendant : il fut reconnu que les exemptions desofhciers monnayeurs et autres ouvriers d'estoc et de race, employés dans les Monnaies, leur avaient été accordées, sans que, à raison de leur commerce, ils pussent être empêchés dans Pexer-

(1) Arch. de la S.-Inf. F. de f Intendance.

(a) Voir ordonnances du duc de Montausicr, gouverneur de Normandie, a mars 1606, 10 juin 1666; du marquis de Beuvron, lieutenant général pour le Roi en Normandie, chiteau du Vieux-Palais, 7 déc. i666 \ imprimés, aux Archives de la ville de Rouen.

(3) Droit sur le vin venant à Rouen. (Arch. de la S.-Inf. G. 1 104.) A ce sujet, ils eurent un procès avec le Chapitre de la cathédrale.

(4) On prétendit y assujettir, en i3ç)i, 4 monnayera estorcurs et 7 monnayera tavemiers (Dé)ib. de la Ville de Rouen, a5 janvier 1390 (v. s.). — Même exemption pour la contribution au prêt de 10,000 |. à faire par la Ville au Roi. (Ibid. t 9 août 1 5 1 3^.

cice de leurs marchandises, ni contraints de les quitter (i).

Us étaient aussi exempts des charges de maître de confrérie, de garde de métier et de marguillier de paroisse. Us résolurent de faire valoir cette exemption, dans une assemblée tenue ù la Monnaie de Rouen, le 19 janvier 1668, pour la défense de leurs immunités. Us signifièrent leur délibération aux Trésoriers de la paroisse de Saint- Maclou, le 3i mars 1668 et le 3 avril 1703, à propos de la nomination qui avait été faite de monnayeurs aux charges de cette paroisse {2).

Farin, dans son Histoire de Rouen, nous apprend qu'autrefois ils portaient une médaille d'or ou d'argent pour se faire connaître, et qu'on y lisait ces mots : « Barriers, péagicrs, pontaniers, laissez passer les monnaieurs. •

Ces privilèges étaient fondés • sur ce que les monnayeurs étaient sujets de quitter leurs familles et trafic toutes fois et quantes qu'il plaisait au Roy les mander ou les envoyer en autre province; — sur ce qu'on demandait d'eux journellement un grand et pénible travail, même après avoir supprimé les droits à eux attribués en qualité de commensaux et d'officiers de la maison du Roi, ainsi que les gages qui leur étaient anciennement payés par chacun jour férial et non férial. »

Mais il est certain que ces privilèges, même sans gages, donnaient lieu a certains abus. Dès 1491, on constatait qu'il y avait alors quantité de monnayeurs et ouvriers des Monnaies, « dont la plus part étoient gros marchans riches et puissans et qui taisoient grand faict de marchandise ; dont les autres, bourgeois, praticiens, ne besognoient aucunement ès Monnoies, # n'en recherchant que les privilèges. Par une Déclaration datée de Paris, 28 mars 1491, le Roi voulut que • tous ouvriers et monnaieurs du serment de France, avant que jouir d'aucun privilège, fussent

(1) Arch. de la S.-lnf. F. de l'Intendance.

(a) Ibid., F. de la Fabrique Saint-Mnclou.

tenus de faire leur csprcuve et chef-d'œuvre, qui seroit approuvé par les Généraux maîtres des Monnoies, et de servir actuellement et continuellement, quand on y besogneroit. » (Enregistré a Rouen, le 4 mars 1495) (1).

[/abus persista et fut plus d'une fois signale.

Le 12 février 1 5 38, commission était adressée à Jean Duprcy, garde de la Monnaie de Saint-Lô, pour informer de ceux qui abusaient du privilège de monnayeur. On savait que « plusieurs marchands riches et autres de divers états, qui pouvoient paier tailles et aides, trouvoient moyen, par faveur, amis et autrement, d'estre reçus en aucunes des Monnoies du Roi, jaçoit qu'ils fussent purs ignorans et non congnoissans au fait des monnaies, qu'ils se faisoient biffer des rôles, et que, dès qu'ils a voient été reçus, ils retournoient à leurs villages et paroisses sans ouvrer aucunement aux Monnaies (2). »

En 1SS1, les Etats de Normandie portaient plainte • contre plusieurs qui obtenoient lettres de provision de monoycurs pour estre deschargés de l'assis de leurs tailles, ne résidoient à Rouen, labouroient les terres, étoient fermiers et receveurs (3|. •

Les plaintes n'étaient que trop fondées, puisque, le 22 avril 1 59S, il fallut faire rendre une Déclaration contre ceux qui • pensoient indirectement frauder le paiement des tailles; contre un nombre infini de monnoieurs et ouvriers,... ne connaissant rien aux monnaies, gens de pratique, officiers du Roi, bons laboureurs. • Il fut ordonné que « désormais aucun monnoieur ne jouiroit des privilèges et exemptions, sinon qu'il fût vray monnoieur, de métier, qualité et vacation conformes audit estât, besognant actuellement, résidant en la ville et lieu où étoit la Monnoic

(i) Arch. de la S.-Inf. Mémoriaux de la Cour des Aides. U) Ibidem.

(.<) Cahiers des Etats de XormanJie sous le regnt de lient i II!, I, 162.

dont il étoit monnoyer, et sans qu'il pût labourer les terres. » On interdisait le déplacement des monnayeurs d'une Monnaie à une autre (i).

Ce personnel, composé, par droit héréditaire, de gens de tout état et de toute condition, ayant des privilèges au lieu de gages, ne remplissait pas, sans doute, toutes les conditions requises pour un travail aussi important que la fabrication de la monnaie.

Dans une lettre adressée à l'Intendant de la Généralité, le 22 mars 1775, le Directeur fait allusion aux difficultés qu'il avait avec les monnayeurs et ajusteurs, * tous gens riches, marchands occupés, auxquels le travail de l'ajustage était fort à charge. » — « Ils y viennent, disait-il, le moins qu'ils peuvent. Mon prédécesseur a été obligé de recourir à l'autorité de l'Intendant pour les y faire venir. •

Le témoignage de M. Lambert, Directeur en 1791, leur est plus favorable.

Le 2<> mai de cette année, il écrivait à l'Administration départementale : « Les offices et l'art des monnaieurs étaient héréditaires dans certaines familles des citoyens les plus aisés de la ville ; les bénéfices de la fabrication des espèces étaient tellement inférieurs au prix du temps qu'ils donnaient à ce travail, que l'Administration n'avait droit d'attendre que de leur patriotisme de plus grands efforts. » Il exprimait la confiance « que ces artistes recommandablcs se porteraient d'eux-mêmes à admettre et à former des externes, qui, cédant à l'attrait d'un gain proportionné à leurs labeurs, parviendroient aisément à frapper 1,000 pièces en trois quarts d'heure ».

Je dois pourtant noter qu'à cette époque on accusait la Monnaie de Rouen « d'avoir fabriqué des pièces de 12 cl de 6 deniers, on ne peut plus mal frappées ».

L'atelier monétaire de Rouen eut toujours une importance exceptionnelle. Il prit une part active à tous les tra-

(1) Enregistré à la Cour des Aides de Normandie, »5 mai 1598.

vaux de fabrication ou de refonte des monnaies (i).

Nous ne doutons pas que ia fabrication n'y ait été considérable sous Philippe le Bel, lorsqu'une ordonnance de 1294 eut défendu à ceux qui avaient moins de 6,000 1. de rente de conserver chez eux de la vaisselle d'or et d'argent, et eût enjoint à ceux qui en avaient d'en porter au moins le tiers à la Monnaie (2).

Au mois d'avril 1 365, un mandement fut adressé aux gardes et maîtres de la Monnaie de Rouen pour faire ouvrer des deniers d'or fin, qui seraient appelés deniers aux /leurs de lis, lesquels auraient cours pour 20 s. pièce <3) % et des blancs deniers, qui auraient cours pour 1 d. pièce.

Au mois de janvier 1384 (v. s.), la Monnaie de Rouen était en chômage à cause de la grande caution que l'on exigeait du maître; cette caution fut réduite à 2,000 1. (4).

Le 22 av. 1393, après Pâques, des lettres-patentes fixèrent le prix à payer à Jean Du Fay pour chaque marc de billon monnayé sur les coins de Bretagne, qui serait livré en la Monnaie de Rouen. 11 s'était engagé à livrer 2,000 marcs d'argent, dont on devait faire de grands et de petits blancs à l'écu (5).

7 juin 141 3, mandement ordonnant de fabriquer à Rouen desdeniers gros d'argent, qui auraient cours pour 20 d. t. |t>).

Au mois d'oct. 141$, la Monnaie de Rouen reçut une grande quantité d'or et d'argent provenant des églises. Le

(1) Nicolas Orcsmc, doyen du Chapitre de la Cathédrale et l'un des principaux conseillers de Charles V, était bien placé à Rouen pour étudier les monnaies. 11 leur consacra un traité spécial, lorsque le Rot songea à assurer la stabilité des monnaies.— Ad. VttT»Y, Etudes sur le régime financier de la France, 11, 3»8 et suiv.

(a) Or à. des Rois de France, I, 324.

(3) lbid., IV, 5 4 5.

(4) Ord. des Rois de France, VII, 104.

(3) lbid., 5ôo, 36 1.

(o) lbid., X, i3o, i5i.

7 de ce mois, le Chapitre de la cathédrale, qui se trouvait à bout de ressources, y faisait porter 1 1 marcs 2 onces qui restaient de la fierté de Notre-Dame (1).

Par lettres du 16 juin 1420, Henri V, duc de Normandie par droit de conquête, ordonna aux gardes de la Monnaie de Rouen d'y fabriquer des gros, de 20 d. pièce, en argent.

Plus tard, par d'autres lettres du 6 mai, an 9 de son règne, il leur transmit un nouvel ordre de faire de la monnaie d'or, de 66 d. de poids au marc de Paris, qui aurait cours pour 22 s. 6 d. t., dont il se réservait d'envoyer le nom, des deniers blancs d'argent de 20 d., appelés gros, et des demi-gros, en mettant pour différent, en chacune de ces monnaies d'or et d'argent, tant du côté de la croix que du côté de la pile, un petit point sur la première lettre 12).

Cette monnaie fut frappée, non seulement en Normandie, mais en France, conformément au vœu des trois Etats du royaume, assemblés à Paris le 6 déc. 1420, après que le roi d'Angleterre, devenu l'époux de la fille de Charles VI et d'Isa beau de Bavière, se fut fait déclarer régent et héritier du royaume, au préjudice du Dauphin.

- Pour mettre sus cette monnaie et avoir matière pour la forger, on fit un emprunt forcé, dit aide de marcs d'argent, sur tous, de quelque état qu'ils fussent, ayant puissance d'y contribuer, qu'ils fussent gens d'Eglise ou marchands (3) ».

Pour la fabrication de cette monnaie, que l'on qualifiait de forte, par opposition à celle qui avait cours et qui était d'un titre inférieur, les Généraux des Monnaies adressèrent leurs mandements, le 26 av. 1421, conformément aux lettres du Roi du 19 déc. précédent. Cette monnaie devait entrer en circulation le 26 juin (4).

(1) Arch. de la Scine-lnféricurc, G. aiaa.

(i) OrJ. des Rois de France, XI, 91.

(?) Rôles de Bréqtrigny, (t*Y.i.

(4) 7 août 14a!, adjudication de la Monnaie de Rouen à Godin Dureaumc, changeur, pour un an. « Sera tenu faire 40 mil de

Mais le Dauphin, depuis connu sous le nom de Charles VII, s'étant avise de la contrefaire, le roi d'Angleterre arrêta la délivrance des écus d'or, et par lettres données à Paris en nov. 142 1 , ordonna de faire des deniers d'or fin, appelés saints, qui auraient cours pour 2 5 s. la pièce, des demi-saluts à 12 s. 6 d. ; des deniers blancs, appelés doubles, à 2 d. (1).

En i562, les protestants s'étant emparés de la ville de Rouen, firent porter à la Monnaie l'or et l'argent des églises. Lorsque la ville fut rentrée sous l'autorité du Roi, Nicolas Delisle, maître de la Monnaie {2}, fut emprisonné et eut à répondre aux réclamations des communautés religieuses dépossédées.

Pendant les guerres de la Ligue, la Monnaie de Rouen fut transférée dans la ville de Dieppe par ordrede Henri IV. Mais il est à croire qu'il resta à Rouen assez d'ouvriers pour la fabrication de la monnaie au nom du cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, qualifié Charles X, roi de France.

La Monnaie de Rouen prit part à la refonte des monnaies et à la fabrication des louis d'or de 20 1. et des écus de 5 1., en 1709 et 1710. En prévision de cette opération,

marcs d'oeuvre à 2 deniers 1 2 grains, argent le Roi, et sera tenu payer le droit de scigneurage. Aura pour chacun marc d'oeuvre S s. 2 d. Sera tenu payer aux ouvriers, pour chaque marc d'oeuvre, 20 d., et en 3o marcs une once de déchié. . . . Aux monnoyers, 10 d. 1. pour livre de gros. » Tiib. de Rouen. (1) Rôles de Bréquigny, n J io58.

(a) Reliques de la cathédrale de Rouen monnayées par Nicolas Delisle pendant les troubles. (Arch. de la S.-Inf., G. a35vS). — Mention de l'emprisonnement de Nicolas Delisle, 17 déc. t3f>a.— Kxtrait de papiers trouves en la possession du président d'Kmcndrevillc, constatant le poids des objets d'or et d'argent de la cathédrale, portés à la Monnaie (Ibid., G. joôô). — Le proco intenté par le Chapitre à Delisle durait encore le 1 < oct. 1 5Ô4. (Ibid., Rcg. capitul.).

certains travaux y furent entrepris sous la direction du frère N. Bourgeois, augustin. Jean Langlois, fondeur en cuivre, fournit des platines aux moulins ; l'ajustage se fit par Jacques Darré, maître balancier à Rouen.

Le 8 et le 1 3 janv. 1709, on envoya à la Monnaie de Rouen 4,451 marcs et 1 53, 122 livres à fabriquer, afin de répandre à Rouen, au plus vite, les nouvelles espèces. « Les manufactures de la Généralité, lit-on dans un mémoire du temps, étaient alors près de tomber; le mal n'avait jamais été si pressant. Peu s'en étoit fallu que tous les ouvriers eussent été congédiés, ce qui eût mis à l'aumône plus de 3,ooo âmes autour de Rouen. Plusieurs avaient envoyé leur vaisselle d'argent pour payer leurs ouvriers. L'argent ne circulait pas. Il y avait urgence à mettre en mouvement le travail de la Monnaie, à fondre surtout des pièces de 20 s. et de 10 s.

L'Intendant écrivait, à la date du 22 juin 1709 : f Le travail de la Monnoye va mieux qu'il n'alloit; mais il ne va pas encore aussi bien qu'il devroit, parce qu'on est obligé de refondre souvent les mêmes pièces qui sont défectueuses, ce qui n'arriveroit pas, si le Directeur étoit plus instruit qu'il n'est. Vous m'avez fait l'honneur de me mander que vous envoieriez icy une personne qui pourroit mettre pendant quelques jours ce travail en train. Je croy que cela seroit absolument nécessaire. •

Le 2 janvier 1710, M. Cottard, directeur, représente les espèces et matières d'or et d'argent, qui étaient dans les coffres et mannes des bureaux de la Monnaie, les cisailles et llaons. Le total de la recette des matières d'or et d'argent, du i« r mai 1709 au 2 janvier 1710, avait été de 0,308.269 1. 1 1 s. 7 d.; il avait été passé en délivrance 8,401,423 1. 14 s. 8 d. Il restait, de fonds en la Monnaie, 966,845 l. 6 s. 1 1 d. Le profit que le Roi retirait du travail de la Monnaie était évalué à 639,205 1. (1).

(i) Un arrêt du Conseil d'Etat du Roi avait réglé le prix pour

4 juin 171 1, lettre du contrôleur général Dcsmarcts : « Le travail des monnaies a produit des fonds assez considérables qui appartiennent au Roi. La Monnaie de Rouen est employée pour 3io,ooo 1. (1) »

Le malheureux système de Law donna, pendant quelques mois, une activité exceptionnelle à l'Hôtel de la Monnaie, et l'on y vit se reproduire les scènes de la rue Quincampoix, à Paris.

Le procès-verbal dresse par l'Intendant de Gasville nous paraît mériter d'être rappelé comme un document curieux pour l'histoire de notre ville.

• Ce jour d'huy, 12 oct. 1722, Nous Jean-Prosper Goujon, chevalier, seigneur de Gasville et de Coutte, baron de Chàteauncuf, conseiller du Roy en ses Conseils, maître des Requêtes ordinaire de son hôtel, Intendant de justice, police et finances en la Généralité de Rouen, en exécution de l'ordre à nous donné par la lettre de S. E. Mgr le cardinal Du Bois, du 8 de ce mois, nous sommes transportés en l'hôtel de la Monnoye de Rouen, où nous avons demandé au s r Duval, Directeur de la dite Monnoye, la représentation du registre qu'il a dû tenir des distributions d'espèces par lui faites au public pendant les six derniers mois de l'année 1720,6! notamment celuy des distributions qu'il a faites par nos ordres, tant pour le service du Roy, qu'aux particuliers; à quoy led. s r Duval nous a répondu qu'il n'a point tenu un registre particulier des distributions faites par nos ordres, mais seulement un registre général, dans lequel il a porté toutes les distributions qui ont été faites pendant les six derniers mois de 1720, soit par nos ordres, ou autrement, et nous a prié de nous ressouvenir qu'ayant reçu deux ordres, les 6 et

lequel les louis d'or et ccus de l'ancienne fabrication seraient reçus dans les bureaux de recette et dans les Monnaies jusqu'au 1" fév. 1710, comme aussi les prix des matières d'or et d'argent, (t) Arch. de la Seine-Inf., C. 876.

i5 janvier 1720, de M. Law, lors Contrôleur général des finances, d'employer tous les fonds de sa caisse, tant d'or que d'argent, même les vieilles espèces, a acquitter indifféremment tous les billets de banque qui luy seroient présentés, il a, conformément à ces ordres, lesquels il nous a représentés en originaux, et qui n'ont point été révoqués, payé exactement et à tous venans les billets qu'on luy a présentés ; que dans le commencement des six derniers mois de 1720, il vint à la Monnoye une si grande afHuence de peuple pour faire convertir ses monnoics en espèces que nous fûmes obligés de nous y transporter plusieurs jours de suite et de faire payer devant nous les billets, afin de contenir la populace par notre présence, et de faire cesser ses plaintes, parce qu'elle se prévenoit que les riches étoient préférés; — qu'ensuite le concours du peuple augmentant à chaque jour, et la foule étant si grande qu'il y avoit des gens étouffés à la porte, nous fîmes garder par la mareschaussée et des soldats du Vieux-Palais, qui ne laissoient entrer les gens par un côté qu'à mesure qu'ils en sorloient par un autre côté; mais que cette précaution n'ayant pas encore sufly, et le peuple murmurant hautement en menassant de piller et forcer la Monnoye, si on ne luy convertissoit point ses billets, ce qu'il disoit être d'autant plus juste qu'il n'y avoit a (a Monnoye que les propres espèces qu'il avoit été forcé d'y apporter par l'autorité des arrests qui defendotent, sur de grosses peines, de garder aucunes vieilles espèces, ny d'en avoir de nouvelles au deia de 5oo livres, nous primes le pjrty d'engager M. le premier président. M. le procureur général, les otlieiers municipaux et MM. de la Chambre de commerce à s'assembler chez nous pour examiner ensemble ceux qui aumieni le plus de besoin d'argent, d'arrêter des listes trois et quatre t'ois par semaine, de au\ à qui il senut convciti des. billet de banque, et de taire imprimer et atlicher ces listes, afin d'écarter par U de la Monnoye une infinité de gens, mal intentionnés, qui

augm^ntoient la foule et cherchoient l'occasion de faire naître quelque émotion, afin de piller la Monnoyc, s'il leur étoit possible ; qu'outre les distributions portées par ces listes, dont la précaution a été approuvée par S. A. R., suivant les lettres de M. Lepelletier des Forts et de M. Law, du 12 juillet 1720, il se faisoit encore des listes particulières et considérables de sommes que l'on donnoit chaque semaine aux manufactures, tant de la ville de Rouen que des autres villes du département, de crainte que leurs ouvriers ne fissent du désordre, s'ils manquoient de travail, et qu'on ne laissoit pas tous les jours de donner à différentes personnes, que l'on n'avoit point compris dans les listes, des espèces pour des billets, les listes n'ayant été faites que pour diminuer le grand concours de peuple qui assiégeoit la Monnoye lorsqu on payoit sans liste; enfin, que partie des ordres que nous avons donné audit sieur Duval, de fournir des espèces pour des billets, soit pour la subsistance des troupes et fourrages de la cavalerie, soit pour le service de la marine, ouvrage des ponts-et-chaussecs, voitures et emplacements des sels, appointements des commis de la Romaine, qu'autres dépenses relatives au service du Roy, luy ont par nous été donnés verbalement, nous etans souvent contentés de le mander ei luy ordonner, en luy montrant les ordres que nous avions reçus pour ces différentes dépenses et luy en donnant coppic. d'y satisfaire et de fournir les sommes nécessaires et portées par ces ordres, tous lesquels faits ledit sieur Duval nous a prié de certifier véritables par le présent procès-verbal, ce que nous croyons être obligé de faire pour sa décharge, n'y ayant rien dans tout ce que dessus qui ne soit exactement conforme à la vérité. Après quoy, pour exécuter ce qui nous est prescrit par S. K. Mgr le cardinal Du Bois, nous avons examiné le registre qui nous a été présenté par ledit sieur Duval des payemens d'espèces par luy faits pendant les six derniers mois de 1720 pour des billets de banque, lequel registre nous

avons trouve en bonne forme, composé de 5o feuillets, cotté et paraphé sur chacun d'iceux par le juge garde de la Monnoye, et tous les payemens écrits de suitte, jour par jour, sans aucune transposition ni blanc, lesdits payemens commençants du i* p juillet 1720 et finissant au 28 octobre suivant, auquel jour nous avons arrêté ledit registre, ensuite du dernier article, après lequel il a encore été écrit un payement de 90,000 1. fait par notre ordre au Trésorier des troupes pour la subsistance du mois de nov., suivant l'ordre qui nous en avoit été donne par M. Lcpelletier des Forts, le 1 3 oct. précédent. Et, par le dépouillement et calcul que nous avons fait faire dudit compte, il s'est trouvé que les payemens y portés, tant ceux faits sur nos ordres verbaux ou par écrit, que sur ceux faits sur les listes imprimées ou autrement, montent à 4,200,296 l. Nous a aussy ledit s r Duval représenté le compte qu'il a rendu à la compagnie des Indes pour la Monnoye, par lequel il nous a apparu qu'il est en règle à cet égard; dont nous avons dressé le présent procès-verbal, qui a été fait double et signé par ledit s' Duval avec nous (1).

» De Gasville. Duval. »

lorsque, en 1759, c le Roi, pour augmenter le numéraire de son royaume, ordonna la fonte de la vaisselle d'or et d'argent et sa conversion en espèces, toutes les Monnaies travaillèrent, et celle de Paris, ne pouvant suiHre à sa tâche, envoya une partie de ses matières ù celle de Rouen, qui les mit en œuvre. Par suite de cette mesure, la province vit augmenter son numéraire. La concurrence du travail dans toutes les Monnaies, le partage qui se fit entre elles du superflu de la Monnaie de Paris, eut pour conséquence une répartition égale du numéraire dans les diverses parties du royaume. •

(1) Arch. de la S.-lnf. Nouvelles acquisitions.

A l'époque de la refonte générale des louis d'or sous l ouis XVI, l'Hôtel des Monnaies de Rouen ne fut pas d'abord admis à cette fabrication. Cette exclusion donna lieu à des plaintes de la part des négociants, de la Chambre de Commerce et du Parlement.

Voici le texte de la Requête qui fut adressée à M. de Villedcuil, Intendant de la Généralité, par les négociants et habitants de Rouen :

• Les suppliants ont l'honneur de représentera Monseigneur que la Déclaration du Roy du 3o oct. dernier, qui ordonne une refonte généralle des espèces d'or, a pour but le bien de l'Etat en rapportant la proportion du marc d'or à celui d'argent, pour arrêter l'exportation à l'étranger. Pour y parvenir, S. M. a arresté, par l'art, a, que toutes les monnoyes d'or ayant cours actuellement seront reçues jusqu'au i" avril prochain sur le prix de ybo 1. le marc.

> S. M., par l'art. 6 de la même Déclaration, a nommé cinq Monnoyes pour faire ce travail, et s'est réservée en termes exprès, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonne, de nommer d'autres Monnoyes, pour y faire de concurrence la fabrication.

» Les négociants de L'Isle et de Limoges, ainsi que les chefs de ces provinces, ont fait parvenir leurs représentations aux pieds du Trône sur la nécessité de la fabrication dans leur ville, et S. M., y taisant droit, a ordonné, par lettres-patentes du u déc, présent mois, que lesd. Monnoyes de L'Isle et de Limoges feraient concurremment le travail de l'or, par le même article i«, S. M. se réservant d'ordonner la fabrication en d'autres Monnoyes.

» Les suppliants ont le malheur que jusqu'à ce jour la Monnoye de Rouen n'a point été comprise pour y faire la fabrication ordonnée par les Déclarations et lettrespatentes sus-datées. Le commerce de la Ville, de la Province, et le public, en général, feraient une perte immense,

si Monseigneur, protecteur du peuple, ne prenoit cet objet en considération, et ne portoit lui-même leurs justes représentations aux pieds du Trône.

• Les suppliants se borneront a faire l'analyse de la perte que le commerce pourra faire, si la fabrication n'est pas faite à Rouen. Monseigneur, par ses lumières, suppléera aux autres représentations pour l'intérêt de la nation de cette province.

• La Normandie est, sans contredit, une des plus riches provinces du royaume; Rouen en est la capitale; ses citoyens dévoient se flatter qu'ils jouiroient de l'avantage accordé aux villes où il y a Hôtel des Monnoyes. Cctoit celui de ne rien payer pour le change des espèces d'or dont ils sont propriétaires. Si la Monnoye de Rouen eût été mise au nombre de celles désignées pour la fabrication des nouvelles espèces d'or, alors le particulier, en portant son or à la Monnoye, n'auroit payé que 6 d. pour marc pour droit de contrôle, tandis que, forcé de le porter au change, il est tenu, aux termes de l'arrest du 10 nov. dernier, de payer au changeur 7 liv., 16 s., 3 d., pour droit, sur chaque marc d'or, évalué à 750 1.

» Cette différence est trop sensible pour permettre aux suppliants de garder plus longtemps le silence. En effet, l'espoir d'un bénéfice sur l'or actuel se trouveroit en partie anéanti, tandis que, si la Monnoye de Rouen étoit mise en activité, la ville et ses environs profiteraient en entier du bénéfice annoncé par la Déclaration du Hoy. S'il en est autrement, il est a craindre que le particulier pretere de garder son or plutôt que de le réunir a la mavse de l'Liat. De cette conséquence il en sort nécessairement une autre, c'est que. le bien de IKtat ne pou\ant exister sans le bien particulier, le premier but manque, le second souffre nécessairement la même altération. Plus la refonte sera gei.er.de, plus l'Mtal y gagnera. Il seroit donc du plus grand intérêt pour I Ktat et pour le public que toutes les Monnoyes fusant employées j la nouvelle fabrication des

espèces d'or. Ce serait le seul moyen d'arrêter l'exportation, fuisquc le bénéfice de 3o 1. par marc seroit tout entier au profit de ceux qui porteroient de l'or aux Hôtels des Monnoycs.

• La Normandie (et Rouen en particulier) mérite quelques égards par l'étendue de son commerce et par le nombre d'espèces d'or qu'elle seroit en état de porter à la refonte. »

Le Roi fît droit à la réclamation de la ville de Rouen.

Les lettres-patentes du 1 8 janvier 178Ô, art. 1 1 , portaient : • Pour accélérer la refonte et la fabrication des louis, nous ordonnons qu'elles se feront, à compter du jour de la publication des présentes, dans les Hotels des Monnaies de Rouen, Montpellier, la Rochelle et Strasbourg, concurremment avec les Monnoies de Paris, Lyon, M eu. Hordeaux, Nantes. Lille et Limoges, que nous avons designées et choisies par notre Déclaration du 3o oct. et nos lettres-patentes du 1 1 déc. dernier, exclusivement à nos autres Hôtels des Monnaies. >

Il fallut faire quelques travaux de réparation aux laboratoires de la Monnaie de Rouen, notamment au inouliu à l'or. Mais on poussa trop loin l'économie, et la fabrication s'en repentit ^i).

I c ditlcrent ou signe v .ctéristiquc de la Monnaie de Rouen avait été un point -us le U du mot UcncAictum.

A partir de l'ordonnance Je François L f , du 14 janvier

(1) 17.V). — «• M. le pnxui nr ^éiural Je Li Cour des Monnayes, avant passe a Ruucn, . t, it l'examen le plus étendu du travail de la M<<nno;c. . . Il a v •. ;t icconnu la nécessite dj reLire les ccroua, et avoit mwm: voulu inieiairc absolument le travail d-j 1 balanciers... Les terou» t unt tiu um.s, les vis >( vo.eni tr<p de jeu, et il tt'.it très dithcile de ir.ipj cr cg.demeui La luii.s, en Sorte qu'il sortait de dessous les prêtes nombre de pjetta dvkctueuse* par le seul défaut des b d-mcieis. » Arcli. de la b.-lnt., F. de l'Intendance.

1 539, ce fut la lettre B qui servit de différent ; la lettre A était réservée à la monnaie de Paris.

Bien que consacrés spécialement au service du Roi, ii n'était pas interdit aux monnayeurs de se charger de quelques travaux pour le compte des particuliers.

Guillaume Ancel, tailleur de la Monnaie, tailla une coupe dorée destinée à porter le Corpus Domini pour la parroisse Saint-Cande-le-Jeune de Rouen, en 1554.

Le même, en 1575, raccommoda la custode et raccoutra la croix de la paroisse Saint-Eloi.

Antoine Regnault, autre tailleur de la Monnaie, en 1 5oo, fit « les sceaux du siège archiépiscopal vacant, où étaient insculpées et gravées les figures des 2 y mages de N. D. et S. Jean, et fournit l'argent et les pommes d'ivoire de ces sceaux. » (Quittance du 2 juin 090, G. 2476).

Le même, raccoutra^ en Ô94, le ciboire de Saint-Eloi.

Le même, en 1590, fit pour le Chapitre, à 35 s. par cent, S, 000 méreaux à l'usage du Chapitre, de 5. 6, 9, j t, 12 deniers; de 3, 4, 5, 10 sous, où étaient ■ merchez, d'un côté, une image de N. 1)., et. au dessous, le numéro de la valeur, et, aux deux côtés d'icelle image, une R.; a l'autre coté, le numéro de Tannée i5<>5; au dessous, le numéro de la valeur du méreau » (G. 2284).

En 1622, le même Chapitre adressait h M. de Pipcrev, Général pro\incial des Monnaies, une requête pour être autorisé a faire fabriquer à la Monnaie de Rouen, ainsi qu'en tel cas il était requis, 0,000 méreaux de cuivre (G. 31241.

En i»«32, les chanoines payaient encore à M e Hubert Renault, tailleur héréditaire pour le Roy en la Monnaie, 5<> 1., « comme avance sur le travail qu'il s'étoit engage à faire pour l'église. » (G. 232 1).

Les méreaux étaient d'un usage si commun autrefois, qu'il y a tout lieu de supposer que leur fabrication ne manqua pas d'importance. Nous ne doutons pas que la

Monnaie de Rouen, en particulier, n'en ait souvent accepté la commande.

Il est à croire qu'il en Tut de même des jetons. Mais, dans les deux derniers siècles, la fabrication de* jetons, ainsi que celle des médailles, ayant été réservée à l'Hôtel des Mcdaillcs et du Louvre, ce lut là, a n'en pas douter, que furent fabriqués tous ceux qui intéressent notre ville, même les jetons des monnayeurs, dont plusieurs types nous sont connus.

MONNAIE DE ROUFN APRtS ! A REVOLUTION.

\jà juridiction de la Monnaie avait été supprimée par l'art, ij de la loi du 7 septembre 1700, en même temps que la vicomte, la maîtrise des caux-ct-lorcts, l'amirauté, les juives consuls, le grenier a sel.

L 11 autre loi, du 27 mai de l'année suivante, eut pour objet une nou\elle organisation des Monnaies, la surveillance et la vérification du travail de fabrication des espèces d'or et d'argent. Mlle fut rendue sur un décret de l'Assemblée nationale, des i<> et 21 mai précédents.

Cette loi portait qu'il serait établi, dans chaque Monnaie, un commissaire du Roi, un adjoint de ce commissaire, un directeur, un evayeur et un graveur.

Pour Rouen, 0:1 nomma d'aboi d Uo septembre 17M 11 commissaire du Roi Jacques-Guillaume Le Saye, ancien juce-j;ai\ie ; adjoint de ce commis aire, Jean-Jacques Jean Chrvsostomc Ueiol, ci-devant lieutenant de la compagnie des Monnayeurs \n. lis fuient installes, le i*' octobre suivant, par MM. Le Va\ass C ur et Rondeaux, Uele-

(1) Il Junna sa déaiiM»i- -'i, le it vice. 1791, et fut remplacé, le io janvier 17 u, par sua trère Nicol.ib-k'ruspcr Cki^t, qui était employé a la Monnaie kr» Je la refonte Je s louis. On lui donna la préférence sur Baluorne ^François-Salomon), ci-Je\ant général provincial.

gués à cet effet par l'Administration départementale (i).

A aucune époque la Monnaie de Rouen ne fut plus active que dans les premières années qui suivirent la Révolution.

L'Assemblée nationale avait d'abord invité toutes les communautés religieuses à porter à la Monnaie toute leur argenterie qui ne serait pas nécessaire à la décence du culte.

Plus tard, par la loi du 27 mars 1791, art. I er , elle décréta que l'argenterie des églises, chapitres et communautés religieuses, jugée inutile au culte, serait envoyée aux hôtels des Monnaies par les Directoires des Districts. Les tissus d'or et d'argent fin. les galons et les broderies provenant des églises cathédrales et des chapitres convertis en églises paroissiales, ou bien ceux des églises régulières, des congrégations et associations religieuses supprimées, toutes ces riches et innombrables dépouilles furent apportées à la Monnaie, et brûlées en présence de deux commissaires du Directoire du Département et de deux orfèvres. Les lingots d'or qu'on en tira furent transmis à la Monnaie de Paris.

Le 24 novembre 1791, on constatait qu'on avait fondu à la Monnaie de Rouen, en argenterie, 11,217 marcs 4 onces.

Si l'œuvre de destruction fut considérable, la fabrication ne le fut pas moins; mais l'art n'y fut que faiblement intéressé.

Le 21 mai 1791, l'atelier de monnayage était garni de six balanciers. Chaque balancier pouvait frapper 1,000 pièces à l'heure et même les monnayer avec beaucoup de

(1) Prudents à rinht.ili.ui.m : Fréinwnt (François-Antoine), cidevant jucc-pir.le; Lambert (.Koeph), directeur; Jacques (Jean- Ja qucs-( laude), graveur; 'J urgis (Michel-Nicolas', prévôt des muiinayeuis ; De I.espine (Ourle*), prevùt des ajusteurs ; liesuquet (Llicrinc), lieutenant de la même compagnie. Delà Londe (Pierre-Romain), ci-devant Contrôleur, était décédé il y avait deux mois.

perfection. On monnayait 6,000 pièces à l'heure, 66,000 pièces par jour, représentant un numéraire de 3,3oo 1. par jour, de 19,8001. par semaine.

Le travail commençait à six heures du matin et finissait à huit heures du soir.

Les balanciers chômaient une heure pour le déjeuner des ouvriers, deux heures pour leur dîner. Le travail se réduisait donc a onze heures par jour, à six jours par semaine.

Il revenait au directeur deux et demi pour cent sur le produit de la fabrication.

Le 11 août 1791, M. Lambert était en mesure de remettre, d'après l'ordonnance du Directoire du Département, au commissaire des classes de la marine, 5o,ooo 1. en espèces de cuivre, qui furent chargées sur une gribanne de l'Ltat, à destination de Brest.

Pendant les huit premiers mois de 1702 on fabriquait par jour, à la Monnaie, de 6 à 8,000 1. d'espèces.

Pour sullire à cette fabrication, on utilisa les cuivres et les cloches, <ans en excepter les belles grilles de la cathédrale et la cloche Georges d'Amboise.

Le 4 octobre 170», on comptait que le total du métal de cloches à utiliser dans le District de Rouen s'élevait à 70 milliers, en y comprenant (ïcorges d'Amboise.

La fonderie de Komillv (1). plus tard celle de Maromme

(1) Par le traite fait entre M. Le Cout.'ulx et le Ministre, les fonderies Je Komillv devaient envoyer, en métal de cloches ou, au défaut de ce métal, en cuivre pur, chaque semaine, jo,ooo marcs â la Monnaie de Kouen, pour le service des départements qu'elle devait approvisionner ; i5,oo.> marcs à la même Monnaie, pour le »er\ue de la manne; pareille quantité à la Monnaie de Paris (lettre de M. l e Couteulx, l'i nuv. 1701). Komillv alimentait aussi la Monnaie d'Orléans. Les fonderies eurent peine à tenir leurs engagements. Dans les mois de février et de mars 1 7 < » 4 , la fourniture avait été de 1 '"-0,000 marcs à peine, au lieu d» 3oo,ooo marcs.

alimentèrent de flaons la Monnaie de Rouen. C'est dans ces fonderies que vinrent finir une grande partie des cloches du Calvados, de l'Eure, de la Manche, des Côtcs-du- Nord et du Finistère. Le partage des espèces fabriquées à la Monnaie de Rouen, se faisait entre ces départements conformément a une loi du 6 août i 79 1 (1).

Un arrêté du Conseil exécutif provisoire, du 20 décembre i"<»2, donna la place de directeur à M. Lambert, qui dut f>urnir une caution de 80,000 1., celle d'essayeur ù M. Pierre-Denis Le Cœur. M. Claude Jacques fut conservé comme graveur.

Le jour même de l'installation du commissaire et de son adjoint, les délégués du Département avaient arrête les registres et en avaient dressé l'inventaire.

A partir de ce moment, le contrôleur contregarde et les ajusteurs celèrent leurs fonctions, et le directeur, l'essayeur, le graveur et les monnayeurs ne durent plus exercer les leurs que conformément aux nouvelles dispositions de la loi.

• La fourniture et l'entretien des balanciers restèrent seuls à la charge du Trésor public ; les autres ustensiles qui servaient ;iu monnayage furent pris par les monnayeurs à leur compte. Les compagnies des ajusteurs et des taillcresses étant supprimées, les frais de l'ajustage étaient mis a. la charge du directeur (2).

Vint la loi du 20 plmiose an II, qui portait qu'il n'y aurait plus d'autre atelier monétaire que celui de Paris. ! .n conséquence de cette disposition, le 2 prairial de la même année, on procéda au bris et a la déformation des anciens coins, poinçons et matrices de la Monnaie de Rouen.

(i) Le 2Ô mai 17*»!, la fonderie Je Maromme n'avait pns encore été admise à fournir des iLu-nt. à la Monnaie. Mais, en juin de la même année, lés directeurs de cette fonderie, MM. Le François l'ère et ld>, .iv.neut dej.'i obtenu cet auinuge.

(1) Lettre vie M. Tarbé, du 20 sept. 170.1.

Cette opération fut effectuée en présence de deux délègues du Conseil général révolutionnaire de Rouen, les citoyens Fr. Baudry et Berard, et du graveur de la Monnaie (i).

Elle s'appliqua aux écus de 6 livres (4 Génies, 3 poinçons pleins, 3 poinçons évidés, 3 matrices de lettres, Hcurons et Coq, 2 modèles de perfection); aux écus de 3 livres (4 Génies, 2 matrices, 1 modèle de perfection); aux pièces de 3o sous (4 Génies, 2 matrices, 1 modèle de perfection) ; aux pièces de i5 sous (3 Génies, 1 matrice, 1 modèle de perfection); aux pièces de 24 sous (3 Génies, 3 poinçons de revers pleins, 3 poinçons évidés, 2 matrices, 2 modèles de perfection!; aux pièces de 24 deniers (2 poinçons pleins des Droits de l'homme, 2 poinçons évidés, 2 poinçons de la Balance, 2 poinçons évidés, 2 matrices, 2 modèles de perfection) ; aux pièces de 12 deniers (2 poinçons de la Table de la loi. 2 poinçons évidés, 2 matrices de lettres, deux modèles de perfection, 2 poinçons de la Balance, 2 poinçons évides); à un différent de direction et à un dillércnt de graveur; à 7 carrés de Génie, 5 carrés de la Couronne civique, 7 carrés de la Table de la loi, 6 carrés de la Balance, i53 enrrés unis, 24 autres carrés, en tout 224 carrés.

Le 3 prairial an 11, le Comité des assignats et monnaies de la Convention, considérant qu'il existait, dans les différents Hôtels des Monnaies et ateliers monétaires supprimes, une grande quantité d aciers dont l'emploi était précieux pour la fabrication des armes, arrêta ce qui suit :

* Art. i et . — Les poinçons, mortiers, carrés et coussinets des Hotels des Monnaies et ateliers monétaires, supprimés par la loi du 2Ô pluviôse dernier, seront employés à la labrication des armes.

0) Suppression de In Monnaie de Rouen, par arrêté du Comité de salui public, du 18 thcrmi.t- r an U. Kn vertu de cette loi, les Administrateurs des Districts durent adresser dorénavant à l'akher de Tans les matières d\.r et d'argent, les galons en tissus tins provenant de» églises ou des émigrés.

» Art. 2. — Les commissaires nationaux près les ci-devant Hotels et ateliers monétaires, feront faire l'inventaire du

nombre et du poids de ces différentes pièces Ils le*

feront parvenir difformes, dans le plus court délai, dans les fabriques d'armes les plus voisines de leur arrondissement. Copie du procès-verbal de réception par les fabriques d'armes servira de décharge aux commissaires près les ci-devant Hôtels et ateliers monétaires.

» Signé : B. Barrérc, Carnot, R. Lindet. »

Conformément à ces dispositions, le i or messidor an If. les Commissaires ci-dc>sus nommés, les citoyens Fr. Isaudry et Berard, firent déformer, à la Monnaie, 10 paires Je coussinets pour les écus de 6 livres, 3 paires pour ceux Je 3 livres, 3 autres paires pour ks pièces de 4* sous et un pour les pièces de 24 sous.

nuekpies jours après (17 r. . siJor), les citovens Le Chien et Roscl se fusaient livr. tout le métal qui pouvait eue employé à l'atelier des an • de Suint-Oucn.

Cependant l'Hôtel de la Monnaie resta habité par le commissaire national, par le directeur, par l'ancien i;ra- \eur, par l'ancien essayeur et par le caissier, dans le* derniers temps adjoints nu commissaire national. Ils avaient été bien inspirés de ne point chercher de logements ailleurs. Car la Monnaie de Rouen fut rétablie en exécution d'une nouvelle loi. celle du 2 2 vendémiaire an IV. Kde entra en activité le quatrième jour complémentaire de cette aimée, date du premier procès-verbal, tait par le co nm. ,;i e n 1 1 ï >n il. Je la vei iîicatimi et réception Jetltoîisq-.ji Un lurent livres par les citovens Le Français, entre • ■ e n e a : s de s !■ >n .! e: ie • Je M a 1 1 >m:r. c 1 r 1 . ( )n y env o\ a, en the: m: J ir. quatre c- >:•;<> vie balanciers c imis de !cur> eC'»':-. vis et connues, auio q;:e huit :\irrcs garnies de

fn Vifs V j pn,r:d an V, les sieurs l e Fr. m .. -is avaient hvre a la M< >rn ;c i ." < t a: :!s vie ti .1 ■ ■ ri s> .

leurs boulets en plomb, et bientôt après les carrés qui devaient servir à la fabrication.

On ne fabriqua dans cet atelier que de la monnaie de cuivre. La monnaie d'or ou d'argent avait été réservée à huit ateliers seulement, et celui de Rouen n'était pas du nombre <i).

En l*an VI, on revint a l'idée de supprimer la Monnaie de Rouen.

Dos le in brumaire de cette année, l'Administration départementale, instruite de ce projet, adressait en ces termes sa réclamation au Directoire exécutif :

« Nous sommes informés indirectement que vous avez pris un arrêté portant suppression de l'atelier monétaire de Rouen. Sans nous écarter du respect que nous devons A toutes vos décisions, nous pensons qu'il est de notre devoir de mettre sous vos yeu\ les résultats affligeants de cette suppression et de répéter aujourd'hui ce qu'ont dit avant nous nos concitoyens, membres des diverses autorités constituées en cette commune.

• La pureté de nos intentions, les intérêts de nos administrés, nous t'ont une loi de vous exposer les dangers de cette suppression pour une commune très peuplée, cheflieu d'une manufacture considérable et très active; qui a les halles et les marchés les plus fréquentes de la Republique; qui est le centre d'une multitude de fabriques en tout

(i) Cette exclusion donna lieu à quelques observations de la put du directeur de la Monnaie Lettre de ce fonct onnaire au Ministre des Finances : « Divers négociants de cette place m'ortrent journellement des parties de piastres très considérables. I n é.artant la Monnaie de Rouen, pour la fabrication des espèces d'or et d'ares ni, on n'a pas ;is>e/ n':léchi que le port de Rouen, par si situation cV< graphique et ses relations commerciales, entretint les communications les plus actives avec la mer; que la ville de Rwuen est naturellement l'entrepôt principal de toutes les matières métalliques qui arrivent dans les ports de mer de I Seinc-lnféneurc. •

serre, répandues dans un srand nombre de communes,

don: les ouv::c-> f.: -ment une population immense. »

T iut ce c'ùV.n put obtenir, ce fut une courte prolonsc-rion Je v.e. L'ateuer monétaire Je Rouen fut. en effet, conservé «qu'en i'ju VIII. Mais à cette époque il fut <upp-:.r.c\ ma.crc Le< plus vives e: les plus énergiques réclama:; ^ns Je !' Vumimstrattor. départementale, qui, dans p:u -leurs ie::rcs ju Minière, ri: valoir, sans succès, toutes les r;;;-or;< qui m:*::a:er.t pour l.i conservation de cet etaHtssevr.er.: : son au:;p .ut., qui le fusait remontera neuf sièeles au m mis. su r u iut es intérêts des administrés. « On ne peut >c J:^:: T :.u'.cr. écrivait-elle, que les marchandées françaises ont X u»ours lutté a\ec désavantage contie celles des î.u-ricues étrangère*. Lui moindre entrave, dontu m lieu a la plus '.ecere augmentation dans les dêpcn>es du m .-un u facturier, peu: lui cter tout espoir d'obtenir un jour, sir.vn !a préférence, au moins !a concurrence avec r.ov v-auns. La >iti:;itt- m heureuse de la commune de Rouen permettait Je se p-oeurer ,noc économie les matieie> m .-ta; '.'ou es ; les piastres arrivaient à Rouen des colonies ii an. ai-es et étrange "es. ires fréquemment, et souvent en quantités très consi d évalues. Cette \ille était l'entrepôt du cuivre qui \enait du nord pour être transporté a Paris; dans ses environs étaient le> importantes fonderies de Marom ne et de Komiily. ♦ Il imp. niait de faciliter à l'artisan, au manufacturier, à l'armateur, les moyens d'obtenir, sans irais, par ta voie du cl'.m^c, les monnaies françaises il or, d'aruent, de luMwn et de cuivre, l.e département de la Seine-ln'erieure. comparé aux autres départements, pour la circulation du numéraire, était dans la proportion de 5 a t. II (allait, de plus, considérer que plusieurs département-, entre autres le Calvados. l'Lure, la Manche, les Cotes-Ju-Nord. le Finistère, et, d'un autre côte, la Somme, ne puissent pas leur numéraire ailleurs qu'A Rouen.

De- réclamations du même uenre lurent adressées au Corps législatif, le 2 brumaire an VIII.

Mais rien n'y fit. Le 17 pluviôse de cette année, Guillaume Delaistre , Commissaire du gouvernement près l'Administration centrale du département de la Scinc-Infericure, se faisait livrer par le citoyen Lambert, ex-directeur, 45 barils de métaux pesant 33 milliers ou 1750 mvriaiirammcs destines à la fabrication de la monnaie de billon, qui furent transférés par eau h Paris.

Le io prairial an XI i3o mai iXo3t, parut un arrêté du gouvernement, portant règlement sur l'administration des nvmnaies. Il désignait pour ateliers monétaires, pendant trois ans, seize localités parmi lesquelles celle de Rouen était nommée, avec un commissaire, aux appointements de 5,ooo 1., un contrôleur aux appointements de 2,400 1., un caissier aux appointements de 3 ,000 1.

L'Hôtel «.les Monnaies fut remis en état l'année suivante, ainsi que nous l'avons dit. au commencement de ce mémoire, par M. Le Maison, ingénieur en chef des ponts-etch uissées, et par Pierre-Adrien Jouin, maître maçon.

Il resta en activité, nuis seulement pour les pièces de cuivre, jusqu'en 1X4^.

Supprimé à cette époque, il fut momentanément rétabli, avec M. Dumas fils comme directeur, lors de la refonte de la monnaie de cuivre en i$yz.

Cette opération terminée, il fut définitivement supprimé.

On avait si bien renoncé à l'ivléede le rétablir que. quelques années après, on proclamait la vente à ctlectuer, le <> novembre i s 5s, ;iu\ enchères publiques, en deux lots, Je l'ancien Hôtel des Monnaies, rue Herbiere, n u 17 bis, et s'étendant jusqu'à la rue Saint-Lloi, où il porte le n" 3o, sur la mise à prix de -jX.ooo fr. pour le premier lot; de 3i,oo-> fr. pour le second.

Les enchères ne furent pas couvertes, et l'Hôtel fut converti en caserne pour les douaniets.

On a tout yen de croire que ce ne sera pas si dernière transformation; mais, quoi qu'il advienne, il serait assuré-

ment très fâcheux de voir disparaître un monument auquel se rattachent tant de souvenirs historiques.

Généraux-Maîtres des Monnaies

Edouard Thadelin, général maître des Monnaies Je France, c tait présent à Rouen, le r r juin 1 366, aux ordonnances que firent les changeurs de cette ville touchant le f.iit du change (i). Il n'était pas alors question de gênerai particulier avec résidence fixe à Rouen ou dans !a province.

C'est encore un général maître des Monnaies de France, mais pour Henri VI, roi d'Angleterre, qu'il faut voir dans honorable homme sire Jean Le Gouppil, sieur du Me-ml- Dot. Au mois d'octobre 14-3. Raoul Tesson, che\alic sieur du Grippon et de Dangic, lui vend, pour 4:0 !.. .'1 lui et à ses ayant cause, durant ia vie de ùeu\ personnes ii désigner par l'acheteur, une rente annuelle de S j 1 ■ L Kn i4aS, Le Gouppil, comme maître des Monnaies de France, convoque, en assemblée générale. les corn, lignons, ouvriers et monnayeurs de la Monnaie de Sunt- Lo, pour qu'ils eussent à délibérer entre eux des affaires de leur communauté i3i. I.e 18 nov. 14*3 1, il acheté Je Jean d'Fstcllant le fief de Milleville \y. l'n acte du o v ep:. i4>o le qualifie naître des Monnaies à Rouen o». lann indique sa sépulture à Saint-Sauveur de Rouen, et îu; ilonne pour armes : « l)'a/ur à trois croisettes d'or et un chevron de gueules, chargé d'un croisant d'argent. »

(i . (hj. Je* AV/v Je Ft\tna\ IV. 6 .-S.

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