RESUME
On serait tenté de croire que Tesprit du minislre se sent frappé de quelques sinistres augures , tant ses paroles sont amères.
« Celte reine du monde qu'on a appelée l'opinion, sera personnifiée pour nous : Nous l'avons ; ce sont les journaux qui la proclament , il ne reste plus qu'à s'y soumettre... Cette prétendue reine du monde, est une puissance sans doute, mais non pas une puissance invincible; c'est une puissance qui, pour être renversée, n'a besoin que d'être envisagée sans crainte. » ( Étoile , du 24 avril. )
11 dit : et soudain , le plan combiné par lui-même, contre la reine du monde, est amendé , est annulé plutôt , et ne passe néanmoins qu'à la majorité de vingt voix.
C'est que la reine du monde , en dépit de la révolte des gardiens du sérail , ne perd jamais ses droits.
C'est que l'opinion, long-temps expulsée desCliambres et réduite a courir les rues, est rappelée à l'empire.
C'est que l'effervejcence populaire , poussée au delà de toute mesure, en rappelant des temps orageux, a jelé un trait de lumière.
Les suites sont faciles à prévoir.
Or , la question relative aux journaux , ne pouvait être entendue par ceux-là qui ont agité la France pendant
( 46) quatre mois, qui ont fatigué une Chambre et soulevé l'autre, pour rien.
Elle reste entière, car le projet de loi n'avait servi que de thème. Elle attend plus de faveur, de la nouvelle administration.
Chose étrange ! on ne veut pas du gouvernement des journaux, oligarchie honteuse autant que funeste : et ce sont les ministres qui l'ont fondé , en mettant toute une nation, en hostilité ; ce sont les Chambres qui les outienneiit, en prohibant les luttes de la concurrence.
En vain la vérité se présente devant les pouvoirs, forte du droit qui lui fut donné, de saisir, d'enlever les esprits : elle porte la conviction et la conviction ne règle pas la conduite.
En vain l'erreur prodigue en artifices, flatte, égare, tourmente les peuples : la loi se plaît à l'investir du monopole, a la couvrir contre les assauts de la vérité.
Eh bien ! avec des pouvoirs qui laissent aller , avec des peuples qui se laissent mener , l'Etat languit et périt. Si le cœur ne bat plus , si l'estomac ne digère plus , quels pronostics "!
Cependant la règle a été posée eu 1 8 j -y par M. le vicomte de Bonald , a été accueillie par tous les bons esprits, a été confirmée par la leçon des temps.
(( La liberté illimitée de penser et d'écrire devint un axiome du droit public de l'Europe , un article fondamental de toutes les constitutions, un principe enfin de l'ordre social. »
Et dans les premières parties de cet écrit, les moyens d'exécution ont été esquissés.
Eu ivtabllssanl la libcrtc de publier des journaux, en abolissant le cautionnement et le timbre, en réduisant le tarif de la poste et permettant tout autre mode d'envoi, en assurant le même accueil aux bureaux de service :
On aura des journaux à trois fois par semaine ; des journaux dans une forme nouvelle; des journaux du soir extraits des autres; des journaux rivaux dans la même opinion ; des journaux critiques, cpiaTit aux feuilles opposées; enfin des journaux en errata.
En abrégeant la peine de prison et laissant toute latitude pour les amendes , en appliquant la suspension et la suppression, en poursuivant en justice la réapparition, en donnant le droit de suspendre l'autorisation, en conservant la censure , sauf à rendre compte des motifs :
On aura une répression prompte, exacte, rigide, par les cours de justice; sous le coup de laquelle cesseront tous lesécarlSj tous les excès, tous les périls; àl'abri de laquelle s'accompliront les vœux, les conseils du célèbre écrivain
« Il faut prendre un gouvernement tout entier ;
« On doit laisser au citoyen quelque abri contre un pouvoir si illimité ; '
« L'Etat peut périr par ce qu'ils ne disent pas (les journaux ) ;
« La libre circulation des journaux est la sauve garde de l'État;
K Ce n'est pas trop du public tout entier pour balancer un pouvoir immense;
K L'intérêt de la nation est que ks ministres soient éclairés ;
u L'opposition des journaux amuse les partis et trompe les haines :
« Les partis ne se croient pas perdus tant qu'ils peuvent parler ;
« L'autorité devrait plutôt punir pour ne pas tant surveiller j
« La répression légale des journaux est préférable à la surveillance ;
« Il faudrait que la justice fît la police, et non pas que la police fît la justice. »
FIN
A. PIHAN DELAFOREST,
Imprimeur de M. le Dauphin et de la Cour de Cassation , rue des Noyers , n^ 37.