‹ Dernier trait de la censureChapitre 15 sur 37 · IMPRIMEUR DE LA COUR DE CASSATIOW · texte numérisé non relu

IMPRIMEUR DE LA COUR DE CASSATIOW

rue des Noyers, no 87 .

Si un peuple auquel, par malheur, aurait été donnée la faculté de lire par les yeux , bien qu'il fût dépourvu de la capacité de lire par l'esprit, allait aliéner son opinion , laissait confisquer son jugement , à la merci de quelques feuilles volantes ; s'il ne voyait plus , n'entendait plus , ne pensait plus, qu'à travers cet organe factice , ce semble superposé à l'intelligence, intercalé eulre les sens et les sensations ; ce serait un signe certain que les pouvoirs du cœur et de la tête manquent à son organisation, ou du moins qu'étant mal constitués et n'étant plus excercés , ils sont a la veille de faillir tout-à-fait. Un cas pareil ne s'était vu encore que dans les gorges du Valais. Il y a abrutissement ; il y a opprobre, ignominie.

De même que dans l'Afrique, c'est le fétiche; en France, c'est le Journal, dont les oracles sont invoqués, sont implorés pour enseigner aux gens comment il leur faut vouloir , agir

L'opinion, qui ne voit pas à se conduire, ne manque jamais de se laisser mener; et, passant au pouvoir de quelque faction, devenant un instrument servile, est entraînée par des suggestions étrangères , au-delà du terme où se serait arrêtée la passion même.

11 faut donner à la nation française , en imitation du grand exemple de l'Angleterre , l'éducation du bon sens ; il faut l'amener peu à peu a saisir la vérité des choses et à se défier de l'éclat des phrases; il faut obtenir qu'elle se fasse une opinion , que son opinion tourne en volonté , que sa volonté entre en action.

Enseignez à lire , excitez à lire, fournissez a lire. Dans les sciences physiques , un mot comprend tout : voir. En morale , en politique , ce mot est ainsi traduit : lire.

Lire, invite à comparer , à réfléchir , empêche de s'aveugler soi-même et d'être trompé par les autres.

Lire mal. est synonyme de lire peu; lire bien est identique avec lire beaucoup. Un peu de science , a dit un grand homme, éloigne de la rehgion; beaucoup de science

y ramène.

( Des Journaux , 182';;. )

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Généralement , les hommes religieux et royalistes, car ces mots sont à peu près synonymes ; n'ont point été aux élections.

Dieu ^arde de les y avoir engagés!

Sans doute , c'est un tort.

D'abord, en ce que la royauté ayant disparu de la scène , il restait à sauver la religion , les moeurs , la société, et l'humanité même.

Puis , en ce que leur absence devant agiter et inquiéter , tendait à augmenter les obstacles , comme à diminuer les moyens , dans le sens de leurs vœux instinctifs.

Mais ce n'est pas un mal.

Les douleurs sont trop fraîches , trop vives. Du sein des regrets poignans , jaillissent les espoirs éblouissans : compensation obligée dans la nature humaine.

Aux collèges de majorité royaliste,' on n'eût élu que des membres de Textrêrae droite.

Ceux-ci , dont le dévouement avide de se sacrifier , méconnaît qu'il lui est défendu de sacrifier les autres.

Ceux-là , trop communs en ces temps, qui déjà ont perdu ce qui était et perdraient encore ce qui serait, ne faisant qu'une affaire, ne se faisant qu'un métier , de leur rôle politique.

Dans les collèges de minorité , tantôt l'humeur eût fait porter les voix sur les meneurs les plus exagérés de l'opposition : tantôt le ralliement en faveur des candidats modérés , aurait éloigné d'eux, une quantité d'esprits méfians et haineux.

Ainsi la gauche apparaissait plus forte en nombre , dès l'ouverture.

Et la droite si faible, s'exaltait, s'emportait d'autant en paroles trop vaines , repoussant de banc en banc , les sections du centre , jusqu'à l'extrémité opposée.

Toutefois , il importe de discerner quels ont été , dans cet acte d'ilotisme , non pas les motifs patens de l'opinion , mais les mobiles occultes de la volonté.

Car , en y voyant le premier pas d'une marche vraiment raisonnée , l'inquiétude pousserait à des mesures acerbes , qui seraient propres à amener les risques dont on s'effraie.

Car enfin , soit que la France reste monarchie ou devienne république , l'ordre quelconque ne tiendra qu'autant que la classe dissidente y aura été ralliée : sauf que l'on prenne le parti de l'exterminer.

Eh bleu , ces mobiles, ces motifs , s'il plaît de les appeler ainsi , sont frivoles , sont futiles au dernier degré.

Certes, la formule revêtue, on ne sait pourquoi , du titre de serment , n'y entre pour rien.

Elle engage seulement l'homme à ne pas attaquer le trône à main armée.

Elle n'engage nullement le citoyen : attendu que le souverain même, à l'unanimité moins une voix, est sans pouvoir sur la volonté récalcitrante.

Et cependant, cette formule illicite , a vicié en principe , l'oeuvre des élections : en ce qu'elle en a éloigné tel ou tel des ayans-droit.

La loi a pris son devoir, à rebours.

Son devoir , et par conséquent son droit , son seul droit , serait d'obliger tout homme admis aux fonctions électorales , à se rendre aux collèges, à donner son vote.

L'électeur a charge d'ames : la force des choses l'a fait le représentant d'une infinité d'hommes semblables à lui.

S'il s'abstient , il les trahit.

Comme aussi , lorsqu'on l'en écarte, on fraude la société , on se joue de la souveraineté , on simule la majorité.

Lày oii tous ne sont pas en fait ^ il n'y a personne en droit.

Au lieu d'une prescription répulsive , c'était une amende coercilive , égale au montant de la cote , qu'il fallait infliger.

Le Correspondant , feuille douée à la fois de sagacité , de loyauté , de fermeté , met à découvert les causes de la conduite.

<•( La position du parti , comme parti , est assez

difficile. Si on Tole en masse pour l'opposition, or pousse à l'anarchie , et l'on cherche le triomphe de son opinion dans les déchlremens du pays. Au contraire , soutient-on les hommes du ministère , on est érigé en adorateur du juste milieu , et méprisé comme ambiteux sous tous les régimes.

(c Ce n'est pas tout : il a paru essentiel que les royalistes fussent unanimes dans leurs raouvemens. Une portion d'entre eux se refusait absolument aux élections : les uns, à laison du serment qu'ils ne pouvaient se décider à prêter; d'autres par une certaine paresse récalcitrante qui se trouve heureuse de rencontrer un prétexte^ d'autres pour attendre la fin de leur douleur; d'autres sans doute, pour se conserver lout-à-fait purs et intacts pour une prochaine restauration; d'autres par crainte, et qui, l'imagination effrayée des symptômes de l'horizon , évitent tout ce qui peut attirer l'attention sui" eux, et se font ausbi petits que possible , pour passer entre les doigts du comité public qu'ils voient venir; d'autres enfin, qui en se retirant, boudent le pays pour le punir d'une révolution qu'il a faite ou laissé faire.

ce Tous ceux-là donnaient donc leur démission de citoyens. Dès-lors ceux qui se portaient en avant et s'engageaient dans une nouvelle route , se crurent obligés de rétrograder, pour ne pas se voir abandonnés. Peut-être doit-on expliquer de cette manière un changement de système, d'ail-

(7 ) leurs inexplicable par l'idée du devoir ou par l'amour du pays. )) {Le Correspondant^ 21 juin).

Ainsi chez les uns, la volonté s'est laissé entraîner par des molifs dÏA^ers, étrangers, accidentels, insignifians : chez les autres, la volonté s'est laissé détourner par l'influence de la fausse honte.

Dans les premiers temps, la presque totalité avait le dessein de se rendre aux élections : au dernier moment, la grande majorité en avait en-' core le désir.

Il ne se rencontre que des gens qui disent naïvement ou niaisement : J'y aurais été, si on y avait été.

Le point d'honneur exploité par quelques plumes cupides ou ambitieuses, a dompté la pensée, la conscience, la volonté même.

En vain, l'émigration du pays excitée par des moyens pareils, est maintenant blâmée du bord le plus extrême.

Il faut que Témigration de la cité ait lieu en semblable façon, allant aussi au-devant du blâme bientôt unanime.

Or ces faits ne montrent que la puérilité des esprits, que la pusillanimité des caractères.

Il y a des vœux sans doute : à peine il y a des espou^s :il n'y a point de projets, de complots.

Voilà ce qu'il faut comprendre ; car en supposant ce qui n'existe pas, on fait naître ce qjii a été supposé.

(8) Qu'on attende seulement ; le regret, le repentir ne tarderont pas à instruire.

Tel est l'homme.

11 agit d'abord; il réfléchit ensuite.

Rien n'est plus rare que la conscience sache ce qu'elle doit, que la raison fasse ce qu'elle veut.

La conscience , la raison, ces précieux dons du ciel , distinguent l'homme de l'animal ; et ét^pt rebutées , les laissent se confondre. * Le plus souvent, la conscience dénuée de lumières, passe à la merci des passions.

Le plus souvent, la raison dépourvue de puissance ? cède à la voix des instincts.

Ainsi , le refus de se rendre aux collèges , n'a e'té ni dicté par celle-là , ni résolu par celle-ci.

La conscience n'a qu'un mot à dire : la raison parle de même à tous.

Et la discussion s'est prolongée ; les dissensions se sont élevées.

La raison observe , balance , prononce ; puis pe change pas, ne bouge plus..

Et l'opinion a varié, s'est promenée en divers sens.

C'est que deux sentimens de l'ordre instinctif ont seuls influé : Devant se combattre enlr'eux; devant triompher l'un de l'autre , à raison de leurs forces respectives.

La honte , la peur : voilà leurs noms.

La peur prééminente aux premiers momens,

( 9 ) après que les présages menacans ont manqué ou tardé à s'accomplir , s'est presque évanouie.

Le peur enfantée par les mesures arbitraires et entretenue par les émeutes , alors que le pouvoir tentait d'être juste et ferme à la fois , a disparu peu à peu.

L'homme libéré de la peur ne se défendra plus de la honte.

On sait trop de quel coin surgit , sur quel bord agit , l'empire tyrannique de la honte , du respect humain.

Les têtes exaltées , les cœurs dépravés l'usurpent : les esprits faibles , les âmes simples le subissent.

Surtout au sein du royalisme , l'ascendant se montre indomptable.

L'absence des collèges en porte la preuve.

« Le serment n'est qu'un prétexte : la plupart des journaux s'étaient prononcés pour qu'on le prêtât ; ce sont les mêmes journaux qui ferment maintenant la porte des collèges. Le serment n'est donc pas ce qui arrête?» {Le Correspondant, 21 juin. )

Eh mais ! qui ne se rappelle comment les émigrés , afin d'être reçus en France , comment les propriétaires , afin d'être maires de paroisse , s'empressaient de prêter le serment ?

Bien que ce fût alors un serment d'homme lige ; un engagement envers l'être assis sur le trône ; une promesse faite en pleine liberté ,

( lo ) faite en retour d'un certain prix, faite pour le cours entier de la vie.

Eh mais! qui doute que la république survenant et entraînant à sa suite les suspicions , les emprisonnemens , les condamnations , chacun aussi ne consentît à jurer fidélité , obéissance ?

Bien qu'en ce cas, les craintes personnelles dussent seules déterminer.

Sous l'empire, on jura pourretrouver ses biens, pour se ressaisir des places.

Sous la république, on jurerait pour sauver sa propriété, pour garder sa liberté , pour assurer sa sécurité.

Motifs valides peut-être : et pourtant motifs tout-à-fait égoïstes.

Quelle erreur , ou quelle faute , ou quelle tache n'est-ce donc pas ?

En vue de soi-même, de soi seul, rien ne gêne, ne coûte , ne pèse.

L'honneur , le dévouement sont éliminés soudain.

Tandis qu'en vue de la société , en vue de la patrie , les obstacles , les empêchemens naissent ou renaissent.

Et l'honneur, le dévouement sont réinstallés aussitôt :

Là c'était faiblesse : ici c'est lâcheté.

11 y a lâcheté, par cela que le profit n'attire pas et que la peur n'entraîne pas , de se refuser fi ce qui fut , à ce qui serait accordé autrement.

Il y a lâcheté , par cela que le pouvoir n'use pas ou n'abuse pas de sa force, à s'en prévaloir pour se tenir en état de récalcitrance.

Disons plus.

Des grâces sont dues au pouvoir tel qu'il soit, qui maintient l'ordre social.

Même l'aide est due au pouvoir tel qu'il soit, en tant qu'il travaille à cette oeuvre , et d'autant qu'il rencontre de l'opposition.

« L'autorité est de première nécessité ; si bien que dut-elle passer en des mains infernales, tous les voeux commandés par les besoins , se x'ésigneraient à la soutenir. » (Les Conseils de 1828,)

Or, qui dira à quel point, la ligne suivie par les anciens royalistes, se jette à la traverse des voies ouvertes devant le gouvernement ?

Les uns peuvent y voir , les autres veulent y faire voir le signe d'une confédération générale , le premier trait d'une conspiration permanente.

De là, le gouvernement, soupçonné par les uns , menacé par les autres , se trouve impuissant à prévenir ou réprimer les actes'anarchiques, se trouve contraint peut-être à prendre des mesures arbitraires.

Sa force diminue , sa vue se trouble.

La nécessité de se défendre , de se sauver lui-même , l'empêche de protéger , l'entraîne à persécuter.

On lui impose la plus fatale condition : et on s'irrite qu'il soit dominé par elle.

Prenez donc un homme , liez-lui les mains et les pieds , placez-le au gouvernail.

Puis mettez-vous en colère, si le navire dérive au gré des courans et se brise sur les écueils.

Encore s'il existait des projets , des complots , des espoirs 5 du moins cela ne serait pas absurde.

Telles fins , tels moyens : telles chances, tels risques. Rien n'est plus rationnel.

Mais il n'y a point de fins ; mais ce ne sont pas des moyens.

Nulles conceptions , nulles combinaisons n'ont eu lieu.

Seulement l'humeur disposait ; et l'intrigue a décidé.

Deux coteries vouées à notre ruine et fermées au repentir , se promenant des revers aux rêves , ont agi , ont crié surtout.

Et la honte a commandé au nom de l'honneur; et le respect humain a mis sous le joug, la consciencCc

On va voir comment la raison avec toute sa puissance, comment la vérité dans toute son évidence ont été non pas battues et vaincues , mais tournées et débordées.

On va le voir : il restera à le croire.

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c( Toute situation a ses devoirs. Vous êtes électeur , dès-lors vous avez pour devoir de vous rendre aux élections , afin de donner votre suffrage à un député, tel que le demandent les besoins du pays.

Et ce devoir est rigoureux, car il faut considérer que le nombre des électeurs , se trouve restreint à une catégorie, hors de laquelle se trouve une infinité d'hommes semblables à vous , et dont la force des choses vous a fait le représentant

D'ailleurs, demain la mort pourrait rendre impossible la combinaison sans laquelle on parait décidé à ne pas vouloir marcher, et sans laquelle pourtant il faudrait marcher. Certes, la légitimité est un moyen de prospérité important, mais non pas indispensable, puisqu'on peut être contraint de s'en passer, et qu'apparemment la France ne descenderait pas dans le tombeau d'une famille ....

On a craint de voir le parti royaliste se dissoudre et s'annuler en tant que parti : mêlés aux affaires, les royalistes se créaient des habitudes, des sympathies et des antipathies en dehors de leur camp. C'eût été en quelque sorte une armée

débandée dont les soUlats perdaient leur esprit de corps. Le point important a été pour les chefs d'éviter cette dispersion. Ils ont préféré condamner une masse d'honnêtes gens à l'inaction • ils parquent leurs troupes comme pour les défendre delà contagion. [Le Correspondant , 21 juin.)

Ce sont toujours les mêmes fautes. En 178g, on disait: c'est bien; laissez faire la révolution: elle aura peur d'elle-même, elle se jettera dans nos bras. Et, pour hâter ce dénouement, les châteaux boudaient, les grands propriétaires émigraient, les officiers e{uittaient leurs corps. Protester, c'était le mot d'ordre. Protester, entendezvous? c'était bien plus efficace que de combattre. Et il y avait là des hommes d'esprit qui chansonnaient la révolution : et la révolution leur semblait la chose la plus plaisante du monde ; et pendant qu'ils riaient, la révolution lanternait leurs amis, brûlait leurs maisons; et ils répétaient, c'est bien ! encore quelques excès et nous sommes sauvés. Et les excès ne manquèrent pas : il y eut massacre dans les prisons, massacre sur les champs de bataille , massacre sur la place publique.

Et le mal continua d'engendrer le mal. Et pour y mettre un terme, il a fallu ce que l'histoire n'avait point encore vu. Et voilà comment, au bout de 25 ans, l'excès du mal produisit le bien.

J'entends répéter autour de moi, restons chez.

( i5 ) nous, laissons passer la république : le jour viendra où les libéraux modérés se repentiront, et ils viendront nous chercher. — Soit; mais quand ils frapperont à votre porte, beaucoup d'entre vous qui parlez, n'y serez plus. Vous attendez; mais attendre , c'est livrer votre tête, et non pas seulement la vôtre, mais celle de vos mères, de vos femmes, de vos sœurs, de nous tous * qui sommes solidaires de vos fautes

Qu'importe, disent quelques-uns: notre sang, nous le donnerons s'il le faut. — Mais avez-vousle droit de donner le nôtre? Et d'ailleurs, voyez à qui ont profité les mitraillades de Lyon, les noyades de Nantes, les meurtres de Paris? Le 9 thermidor a-t-il relevé ce trône gisant sous la guillotine? IN'y a-t-il pas eu vingt années de confiscations, de proscriptions et d'exactions de toute espèce ? Et à qui faire accroire que 1793 a fait j8i4? (Le Correspondant^ 1" juillet.)

Les uns attendent une restauration prochaine qui rendra à la famille de nos rois, le trône de ses père.v, et la plénitude de sa puissance^ son budget d'un milliard, sa cour et la disposition des pairies et des préfectures. Ces hommes se persuadent très sérieusement que toute la France, même Paris, se ralliera au panache blanc, par la même raison qu'ils crurent que Charles X n'avait qu'à monter à cheval pour triompher de tous les obstacles, et pour faire rentrer dans l'abîme, l'hydre révolutionnaire ( style du temps ).

En vain , leur objecteriez-vous que la France est corrompue jusqu'à la moelle des os, et que dans une société corrompue, il n'y a pas plus de restauration que de république possible ; qu'une royauté n'est forte qu'autant qu'elle est l'expression des sentimens et des croyances religieuses et sociales des masses ; et qu'en France, les croyances religieuses sont altérées , les croyances sociales encore davantage peut-être.

On ne vous répond pas; mais l'on hausse les épaules et l'on vous soupçonne véhémentement de penser mal, La Quotidienne n'est-elle pas là, affirmant qu'il suffit de ne rien faire pour réussir, et de ne pas aller aux élections, pour assurer l'avenir de la France et le triomphe du principe monarchique? d'ailleurs, ne lit-on pas chaque matin, des bons mots charmans , des épigrammes d'excellent goût, des odes et des élégies monarchiques? il est donc clair que nous aurons bientôt une restauration, prédite d^^illeurs par toutes les prophéties. { Le Correspondant^ 5 juillet. )

Ils voient les Imprudens, l'hydre républicaine relever ses têtes sanglantes; ils le voient, et ne cherchent point à conjurer un nouveau gS. Ils s'isolent, ils remettent à la Providence plus puissante que tous les efforts humains, le soin de noire salut commun. Mais la Providence leur crie r j'abandonne ceux qui s'abandonnent. Et ces cris

( '7 ) «lu ciel n'mrlvenl point jusf|!.i'à eux: et, s'enveloppant (lu manteau de César, ils atlendent une nouvelle dissolution de la société. La république est inévitable, disent-ils. S'il est dans les desseins de Dieu que la France soit de nouveau décimée , que le niveau révolutionnaire passe une seconde fois sur son sol, nous ne saurions l'emoécber.

Et ils ne sentent pas que c'est prêcher la doctrine du fatalisme, que c'est revendiquer la stupidité mahométane. O cœca mens hominuiv. 1 {Gazette duMidlf 125 juin.)

Hommes de la droite , qu'irions-nous faire aux élections, dites-vous en riaiiî? — Ah ! riez, riez. — Imprudens, le jour des re£;;rels et des larmes approche. Qu'iriez-vous faije? JN 'entendez-vous pas ces rugisseraens qui répandent l'effroi , comme la sinistre voix de l'orage? Écoutez! écoutez ! reconnaissez vous ces cris et ces chants? î^'esl-ce pas \-à l'odieux concert qui accompap;nait vos pères à Téchafaud et qui saluait l'incendie de vos habitations ?

La république ! aux cris de ces furieux , elle a répondu par un mugissement sourd qui , d'échos en échos, a porté l'allarme par toute la France ; et déjà la terre tremble des efforts qu'elle fait pour s'arracher du tombeau, où elle dort depuis trente ans, sous les ossemens de ses innombrables victimes. Elle en sortira , car les bons citoyens regardent et se taisent j cw de je ânes fous s'elforeent de l'en tirer.

Tîommes de la droite, r.ue lénublique \\eiil niissl avide, aussi insatiable que sa devancière : et vous voulez l'attendre sur vos chaises curules, Les enseigneraens du passé sont donc stériles pour vous ; vous vous obstinez à suivre la même route que vos pères : Où sont-ils ailes? où allezvous? (Le Berniyer^ 24 juin.)

Si Louis-Philippe, notre roi actuel , ne remplit pas les promesses consignées dans la charte, s'il ne peut vaincre l'anarchie prête à déborder sur nous, si la société doit encore rouler dans l'abîme , peut-être qu'un jour le peuple français, pourrait tourner les yeux du côté de ce cher enfant, comme vers une chance de salut et de repos. Mais cette espérance sera déhuite à jamais, si ceux qui s'en proclament les plus ardens partisans , s'abstiennent des élections. En se séparant de la cause de la nation française au dix-neuvième siècle, ils rompent eux-mêmes avec l'objet de leurs affections; car la société, pas plus que la religion , ne veut rétrograder au siècle de Louis X.1V; et tout souverain ne peut régner aujourd'hui en France que par les volontés explicites des citoyens, par conséquent sous la foi jurée de défendre leurs libertés. [L'Union de Nantes, 1" juillet.)

INoiis l'avons dit : avec le principe delà souveraineté populaire, le serment de l'électeur n'a

( ^9 ) point cle lendemain. L'élection terminée, l'électeur, malgré le serment qu'il vient de prêter, n'est ni plus ni moins lie envers le pouvoir existant, que tout aàlre citoyen qui n'en a prêté aucun : ce serment, tout de circonstance, cesse ainsi que ses elFets , avec la cause qui l'a fait naître

La jeune France qui nous est spécialement chère, n'a ni précédens à justitier ou à désavouer, ni vieux erremens, ni engagemens quelconques à soutenir. Le passé est en son pouvoir, comme un vaste livre où elle puise ses leçons : mais eiie n'est pas au pouvoir du passé. Entraînée, coran.e le reste, par ce mouvement général qui pousse le monde à des destins nouveaux, elle marche avec son siècle

jNous disons qu'il n^est point permis de s'en remettre au mal du soin de produire le bien 5 que cet essai fait il y a 4o ans, coûta trop cher et réussit trop mal pour qu'on puisse le tenter de nouveau ; qu'il n'y a qu'uti fatalisme absurde et impie, et ce qui est plus honteux, qu'un lâche égoïsme, qui puisse porter des hommes à chercher les élémens de leurs succès dans les désastres de leurs frères. ( Courrier de l'Europe, 5 juillet. ) On nous a parlé du parti royaliste, comme on nous en eût parlé il y a un an. On dirait qu'aucun orage n'a passé sur nos têtes; et voilà de vieux préjugés, des opinions égoïstes qui se croient le di-oit de nous jeter dans le même cercle d'erreurs, où déia laFrance fut ai)imée pendant trente années...

Que nous importe qu'on dise que nous nous séparons du parti royaliste ? si cela était, nous plaindrions le parti royaliste, tel qu'on le fait du moins, carc'est lui qui serait séparé des doctrines sociales que nous défendons, de la religion d'abord, et puis de toutes les règles de droit public qui découlent de cette haute et sainte origine...

Il est difficile d'entendre que la victoire puisse s'obtenir autrement que par une guerre civile, ou par une invasion, ou par un combat légal et parlementaire. On peut bien s'abstenir de ces trois moyens à la fois; mais alors que resle-t-il? le fjinatisme du derviche , qui attend les bra.s croisés, à la porte de sa demeure, que la providence ait résolu quelque chose, que la tempête passe, que l'incendie ait tout dévoré...

Après cela, de quel parti royaliste est-il question? est-ce du parti royaliste tel que les coteries l'ont fait à leur profit, ayant à sa tête quelques grands seigneurs qui, au jour du danger, cachent leur épée, mettent une grosse cocarde et courent à la chambre des pairs, au risque d'y rencontrer la république, l'empire ou Louis-Piiilippe...

Au reste ^ avertissons les royalistes, qui sont de bonne foi dans leurs opinions, qui se croient obligés en conscience de nous reprocher les nôtres. Il est à craindre que, sans s'en douter, ils ne soient les instrumens de quelque ambition inconnue d'eux-mêmes! 11 y a des hommes en effet qui doivent repousser ce combat en champ clos

et en plein soleil. jNous n'en disons pas davanlage. Qu'on sache seulement que si le royalisme est destiné à reprendre quelque jour les affaires de la France , ce sera un royalisme neuf, national, populaire, lequel n'aura de force et d'autorité que parce qu'il se sera produit au grand jour, avec des pensées généreuses. (JLe Courrier de i^ Europe, 4 juillet. )

« Les principes sont immuables et éternels dans leur essence; mais en s'appliquant aux choses humaines, ils deviennent les sujets du temps et du changement. L'aj)plication des principes se prescrit dans ce qu'ils ont de relatif à des créatures changeantes et mortelles, quoique le principe absolu vive toujours. 11 n'y a que des questions de temps chez les hommes ....

Il ne faut point se faire illusion sur les évènemens et sur les hommes : il y a dans l'histoire , de ces temps difficiles, où il faut faire violence à ses affections et à ses sentimens, et où la re'alisation des vœux les plus légitimes, devenant impossible, il faut les sacrifier sur l'autel de la patrie ....

Alors le royalisme forcé de se soumettre, serait comme une honnête femme qui , contrainte de renoncer à l'espoir d'être unie à celui qu'elle aime et forcée de contracter d'autres liens, se résout par nécessité à donner sa main à un homme qu'elle n'aime pas, qu'elle n'aimera jamais; mais envers lequel elle s'engage d'être fidèle ; non parce qu'elle affectionne celui à qui elle se lie , mais parce qu'elle se respecte elle-même. ( Qun!idif-;nr , i 8 mai.)

Au moment où la prochaine ouverture des collèges élecloraux va rendre sans objet une discuscussion qui peut-être a e'té trop prolon?e'e, nous croyons devoir la fermer pnr une dernière observation, dont les royalistes de toutes les nuances sauront, nous aimons à le croire, apprécier l'ip.^ tention loyale et toute fraterneTe.

Dans la résolution prise par l'immense majorité des royalistes de s'abstenir cette année de prendre part îiux élections, il y a à la fois une affaire de conscience et une question de parti.

Nous n'avons rien à exiger des consciences. Chacun dispose de la sienne: chacun est maîîre de lui obéir ou de lui résister (car au fond la conscience n'a qu'une voix).

Mais il n'en est pas de même de la raison politique. Lorsqu'un parti adopte avec maturité une résolution à laquelle il croit son honneur et ses intérêts attachés, cette résolution engage tous les membres. Si donc quelques-uns adoptent une résolution contraire, par ce seul fait, ils se séparent de leur parti et se placent sur un mauvais terrain; d'abord parce qu'ils y sont en minorité; en second lieu , parce qn'ils suivent une ligne de conduite iinpossible à défendre par les principes, et très difficile à justifier par les résultats.

Dans tous les cas, il est bien évident* que s'ils entraient à la ciiambre, ils ne pourraient pas v porter la prétention de représenter un parti politique qu'ils ont abandonné; sachant très bien que

ce parll tnlenualt rcsit-T, au luoiiis en ce momenf, coiistiSué en dehors de la chambre et en presenct? des evènemens. ( Quotidienne du 2 juiliet. )

fi. Le sern:ent est un acte de religion, où celui qui jure prend Dieu à témoin de sa fidciité en ce qu'il promet, ou pour juge et veni^eur de son infidéhté, s'il vient à y manquer. » Cette définition du serment , dont nous empruntons les expiessions à Domat, appartient à tous les pays et à tous les temps.

Aussi C'est en levant la main sur le livre dépositaire de la religion révélée, que l'on prêtait serment dans toute la chreiienté. La révolution d'Am n^iciuc ne changea rien à cet aniique usage. Quelque désir qu'eut la république naissante d'appeler de toute part , de nouveaux citoyens , elle ne conféra les droits politiques qu'à ceux qui pouvaient prêter serment sur les saints Evangiles.

Mais en France, où la révolution avait été préparée par la conjuration d'une philosophie impie, la religion fut bannie de l'Etat. Dès-lors le mot serment, dans le nouveau langage politifjese, n'eut plus auciuî sens; car là où il n'y a pas de religion de l'Etat, aucun engagement envers l'Etat ne peut avoir pour sanction cet acte religieux qu'on appelle serment.

<c C'est luie formule insiguifiante ( dit le Globe ). Il n'y a de serment que devant Dieu, et !c scrmcitt

( 25 ) ns «aitrall élre o1)ligaloire que lorsqu'on croit au Dieu devaul lequel on jure; or, aujourd'hui, la société' n'a point de Dieu. y> (F. du 27 avril.)

(( A présent, dit le National^ c'est le peuple souverain ou les électeurs qui nomment leur président : comme il n'a reçu mission que de ses égaux, qu'il leur demande ou qu'il ne leur demande pas le serment , les élections ne s'en feront pas moins. Si on avait maintenu ce serment contre la conscience d'an parti , quel honnête homme voudrait en réclamer rigoureusement l'exécution? Aussi , comme on le demande et comme on le prête ! (}n vous passe un petit carlon sur lequel il y a des mots imprimés; vous les dites ou vous ne les dites pas, ou vous dites autre chose : personne ne vous écoute, parce que cela est tout-à-

fiiit inutile Dans la question du serment, nous

n'avons pas fait entrer de considérations religieuses, parce que ce qu'on appelle serment en France n'a pas plus de sanction religieuse que de sanction légale : c'est un mot qui nous est venu d'un temps qui n'est plus le nôtre. » (F.tlu i3mai.)

Mais, dira-t-on, si la religion permet de faire le serment ou la promesse demandée, l'honneur ne le défend-il pas ? On pourrait d'abord répondre en citant l'opinion de Grotius, de Puffendorff et de tOL^es les voix par lesquelles l'Europe a parlé (pour nous servir des expressions de Montesquieu). Nous nous bornerons à considérer

cette question telle qu'elle se pieserUs actuellement en France.

Selon l'expression du publlciste le plus accrédite' (lu parll dominant, a 11 n'y a plus de sujets en c( France, mais seulement des citoyens : le roi « lui-même est un citoyen, et l'on ne peut pas (c demander un serment sérieux d'un citoyen à « un citoyen.... 11 serait absurde de prendre un « à un les citoyens, et de les sommer de pro- <( meltre par serment que ce que l'immense mate jorité a fait un jour, cette même majorité ne le « puisse pas défaire tôt O! tard, si elle est autrece ment inspirée. » (Le National.)

La souveraineté n'a pas passé de Charles X à Philippe i*'^, mais au peuple souverain, représenté, en vertu de la loi de 1817, par les collèges électoraux de tous les déparlemens. Tout le pouvoir est donc dans la représentation nationale, pouvoir bienfaisant ou funeste , sage ou insensé, selon les membres qui la composeront. Ce pouvoir, nous ne l'avons pas usurpé, nous qui n'avons pas eu part à la révolution de juillet ; il nous a éîé conféré malgré nous ; mais enfin nous l'avons , nous en sommes chargés ; et dès-lors ne sommes-nous pas responsables du choix des députés, qui ne trouveront que dans leur probité, les limites de leurs pouvoir? JNon-seulement l'honneur, mais les intérêts les plus chers de notre patrie, de notre religion, nous font un devoir de ne pas faire une retraite si imprudente devant les factions. ( Gazelle de France, 5i mai .1 85.i . )

On n'a pas fait jusqu'ici une observation importante : c'est que le serment politique , tel qu'il est institué en France, ne saisit pas l'homme et ne saisit que la fonction. Cela est si vrai, que chaque clëlégation nouvelle entraîne un serment nouveau, en sorte que toute interruption anéantit l'engagement. » [GazHic^ 5 juin.)

Le ministère a fait une faute en ordonnant la saisie de la déclaration du sens dans lequel les électeurs de la droite entendaient le serment prêté à Louis-Philippe ; car, si ce sens du serment nVst pas admis, il s'ensi.ivra que les électeurs royalistes ne paraîtront pas dans les collèges électoraux; et alors tout ce qu'on a vu en 91 se reproduira. Ecoutons Madame de Staël :

« Une crise démocratique est devenue beaucoup plus probable (juand tous les hommes employés dans la monarchie ancienne ont abandonné leur pays L'absence des nobles ébranlait

la sécurité générale : les propriétaires n'offrant aucun soutien à la liberté, la force démocratique a pris le dessus. Les nobles quittèrent leur pays en masse, et allèrent se joindre aux étrangers. Cette résolution funeste a. rendu la monarcbie constitutionnelle impossible, puisqu'elle en a détruit les élémens conservateurs. )>

Une émigration forcée à l'intérieur produirait le même effet; et le serment en serait cause. {^Gazf/;^, 6 juin.)

Il y aura évidemment dans la chambre non-

velic, un clément ue moins qui a tenu une très grand'c place dans noî affaires parlementaires : cet éiëment est le centre droit. J! résullera de sa disparition que le centre gauche qui, depuis quatre ans, s'était uni an cenlre droil par des concessions mutuelles, ne trouvera de ce côté que quelques liommes de l'extrême droite^ pour lesquels sa repulsion sera très forte. ÎjC centre gauche restera donc livré sans aucun contrepoids, à l'action continue delà gauche; et dans cette donnée apparaît la certitude d'un ministère de gauche. [Gazette^ juin.)

JNous avons dit que les hommes de la droite qui iraient aux élections pour voter en faveur des cenires, seraient des défectionnaires et des renégats. {Gazette^ 8 juin.)

k'W»,X%'»i VT»A'VV%'W**^'%Tk'*/*^-V'-*rA'V'4,tV^-VXV%. VVLX/VVV'V, ■\/\'\ !/%,•% •V*-^,

En vain , dans plusieurs journaux , s'est exprimée la conscience armée de raison : et dans les autres, la vérité a percé , en dépit des vœux.

En vain, l'homme de bien (M. Ciauselde Coussergues) est apparu , refusant de juier au prix d'une place de i5,oco fr., consentant à jurer à l'appel du pays, à l'ordre du devoir.

C'est le sort de l'honneur d'élre pris pour dupe ; l'histoire apprend par qui il est toujours dupé.

Deux feuilles ont tout fait : dont le caractère fut ainsi signalé à la veille des ordonnances.

(( Ce n'est pas ce que veulent les royalistes de métier, ces êtres dénués d'ame et de sens, qui se font une affaire privée , des. affaires publiques. »

(( Ecoutez-les : il semblerait que notre roi va renier sa foi, retirer son œuvre, ressaisir son ancien pouvoir.

ce Ils parlent seuls ; ils sont seuls entendus. ))

a Qu'on les fasse taire, ou qu'on en laisse parler d^uutres. (C {Le retour â la chartp, juillet ]83o).

Feuilles marquées du sceau fatal, dont l'alliance apparente a perdu la dynastie, dont l'aide malencontreuse écarte toutes les chances du temps.

Féuilies, que le remords enfin, ((ue la pudeur seulement devaient ensevelir dans le silence.

Depuis le 8 août 1829, la Quotidienne, la Gazelle se sont complues :

A exciter , à encourager le cabinet, qui certes n'en était pas tenté alors , à entreprendre des coups d'Etat, à reprendre les voies de l'absolutisme ;

Et à irriter, à exaspérer Topinion , en propageant l'idée, qu'il le devait, le A^oulait, le pouvait.

Depuis le 19 mai i83o, la Gaz^/fe s'est attachée à démontrer que le refus de l'adjonction de M. de Yillèle, annonçait le dessein de sortir de la ligne parlementaire.

Il faut croire à cet égard , celui-là même qui parvint, bien que trop tard , à la ramener dans un sens meilleur.

Il faut croire sur les autres points, celui qui ne se lassa jamais d'exposer aux ministres , quels périls résultaient d'un tel langage. (Voir l'appendix. )

Ici , toute vérité est à dire . ménager l'homme privé, ce serait trahir la chose publique.

Qu'est ce que la Quotidienne! non pas la feuille de l'illustre fondateur; non pas la feuille du successeur immédiat.

Deux fois la propriété , deux fois la rédaction ont changé de mains j toujours moyennant finance.

Le couteau de Jeannol n'était pas autre : usant

deux manches , deux lames , et restant le même.

En mettant le digne gérant hors ligne, le dividende , le salaire font la loi, et dictent les principes , ébauchent les phrases.

La Gazette talonne de près , envahit de plus en plus; il n'y a pas à jouter pour le talent ; il faut la dépasser, la déborder quant aux opinions.

L'exagération ne suffit pas : on a recours aux déceptions.

A l'Intérieur, à l'extérieur, ce n'est qu'un feu roulant de mensonges.

En décembre, par deux fois, Louis Philippe saisi de peur s'est enfui à iNeuilly.

En février, l'esprit public tourne à la h'gitirailé; et l'auguste veuve envoie cinq cents francs pour la quête de S. -Germain.

Chaque jour, le ministère est accusé de rudesse envers les émeutes, de lâcheté vis-à-vis les puissances.

Et les crises locales sont provoquées; et le sang coule vainement.

Qu'importe cela ?

Comme en parodie de la fameuse sentence des jacobins , cette maxim.e est ce semble adoptée : périsse la France piulôt que notre cliejitelle.

Telle est la feuille qui vient proclamer la loi suprême.

(C La résolution est prise par l'immense majorité des royalistes de s'abstenir cette année de prendre part aux élections. »

i( Lorsqu'un parti adopte avec maturité mie résolution à laquelle il croit son honneur attaché , cette résolution engage tous les membres. >»

c( On sait très bien que ce parti entend rester constitué en dehors de la chambre et en piésence des évèneraens. » {Quotidienne ^ 2 juillet i83i.)

Mais qui donc constata la majorité, et garantit la maturité ? Qui donc comprend que le parti royaliste reste constitué entre quatre murs ?

Certes la Quotidienne n'en sait rien. Seulement elle le dit , afm qu'on le croie.

A tromper sans peine, avec profit, quel sot s'y refuserait?

TS'obles gens , simples gens , ainsi on se joue de votre l'ai s on , de votre conscience, de votre volonté même.

Ainsi on donne lieu à supposer que vous no rêvez que désastres et ravages et massacres.

Or, quelle erreur serait la vôtre? écoutez plutôt.

ce Que de choses dans le fait de la révolution, dans le mot de la souveraineté !

ce ]Non, nul ne l'avait prévu.

(( Il faut prévoir maintenant.

(c Le fait impose les larmes, récuse les armes.

« En le combattant, de même qu'en y connivant , les suites ne se laissent pas apercevoir.

<c Le désordre et la licence , les désastres de toute sorlQ sont trop constans.

« Le mal précède : le l)len siiccéclera-t-11 ? ou «tt sait.

c< Encore clans l'ordre ma'.ériel, le temps a des remèdes contre les maux au temps.

c( Sauf néanmoins les tètes qui sont tombées, îe calme relève , répare les existences : et l'ouîj'i qui accourt, étanclic les regrets , cicatrise les plaies.

(c JMais dans Tordre moral , point de curatifs î à peine des palliatifs !

« A travers les crises sociales , la lie monte il'abord et encroûte la surface : puis la masse entière se corrompt , se putréfie.

ce Qu'on ne bouge pas l'homme. Sa vertu est de routine . d'inertie : le mouvement, le frottement en ont la un. » ( La Loi des circonstances , octobre i85o. )

A Dieu ne plaise que la Gazette soit comparée à la Quolidienne !

ici , la fortune est certaine et progressive , est cautionnée par les talens les plus éminens.

On ne court pas après les abonnés ; ils accourent d'eux-mêmes.

De là, point de déceptions , point d'excitations.

Pour tel royaliste qui se sent le cœur et se donne le temps de lire deux journaux , la Gazette porte l'antidote , donne Verratuni de la Quotidienne.

Une vue droite et saine , montre trop les périls iTune crise quelconque , montre assez peut-être l'erreur des ferventes espérances.

On en appelle au temps qui promet tout ce qui plaît ; on prend repos sur les miracles de l'avenii-.

Toutefois, dans l'attente inquiète des décrets ignorés de la Providence , l'homme ne se retient pas , ne s'abstient pas d'aller en avant, au gré de sa frêle idée.

Mais tout est vanité et vanité des vanités.

Les moyens travaillent contre les fins.

Ainsi que plusieurs feuilles royalistes, la Gazette pi êclie le suffrage universel.

ISe voyant pas que dans les classes inférieures surtout, le citoyen ne se croit plus sujet, et le menibie du souverain ne conçoit plus l'obéissance à la loi.

Ne voyant pas que tout être investi de droits politiques , alors que les mœurs se perdent et que les habitudes sont brisées , passe inévitablement à la merci des suggestions perfides , et se livre aux flatteuses tentations de la licence publique et privée.

iNe voyant pas que d'autant les citoyens actifs sont en plus grande masse , sont de plus basse sorte , d'autant la majorité se trouve pauvre en lumières , et se laisse mener par une minorité de plus en plus faible.

\^?i Gazette y \omiv\nQ autre thèse. Sautant à re- Ciilons par-dessus quarante années, elle prétend

( 55 ) mmener la France à l'âge d'or ue 1789 , et ressusciter, après deux siècles, l'omnipotence des étaîsgéneraiix :

Comme si une telle idée , enfant gâlé du génie créateur , pouvait recruter , dans quelque rang que ce soit , plus d'un ou deux esprits fantastiques :

Comme si celle idée ne devait pas au conlralre, et refroidir les auxiliaires en dévoilant la vanité des desseins ; et enflammer les adversaires, en repoussant les vœux les plus légitimes.

Présages trop décisifs !

Au moins , pendant le combat , les libéraux se montrent unis et ralliés : tandis qu'après la défaite, cîiacjue royaliste forme son plan d'allaque à part.

Tellement que te parti , brisé en fragmens , broyé en poussière, n'offre plus de noyau d'ai^régation , n'exerce plus qu'une force de répulsion.

C'est ce qui arrive quant aux élections.

Deux ou trois feuilles invilentinstamment à s'y rendre j une feuille le prohibe obstinément.

Une dernière feuille,lors des élections partielles, en dissuade d'abord, y engage ensuite; et lors des élections générales, d'abord y pousse, ensuite en écarte.

Deux causes ont iniîaé, l'une trop patente, l'autie à peine secrète.

Qu'on lise seulement la Gazelle.

(Octobre i83o) Depuis l'abaissement de l'âge ^

f 3^ ) nous devons tliieque M. <lc Genoucieest ëiii^ibîr. ( 2 juillet i85i } M. de (iciioude ne s'est pas m:s sur les rangs, pour la chambre actuelle. Est-ce assez clair?

Et, il est démontr(', ce semble, qu'une inllueuce persistante, qu'une intrigue persévérante, sont intervenues : deux fois, rebutées sous îe cliai-nic des espérances- deux fois accueillies sous le coup des mécomptes.

Tout l'annonce.

L'homme de maliieur, dès lon:;-lemr.s surnommé ainsi , est expulsé de la scène et lient encoie les fils, au fond de ia coulisse.

L'homme de m;)lîîeur (jui trouva une France royaliste, a laissé une France libérale.

L'homme de nniUieur qui perdit la dynastie, n'a plus qu'à perdre la patrie.

itlais écoutez , comment du foyer des palinodies, s'élève la formidable sentence.

(( Les hommes de la droite qui voteraient en faveur des ccnires, seraient des défectionnaires et des renégats. » ( Gazette, 8 juin. )

Vous l'entendez : le centre droit est compris, est confondu avec le centre gauche. L'extrême droite est seule en grâce.

Or, à quelle fin est lancée cette prohibition? (( Le côté droit a disparu : le centre cauchc sera en majorité. 3.Î us le centre gauche^ moins le centre droit , sera bientôt rejeté duiis le sens du côlé gauche. )) ( 9 juillet. )

Donc il ne fallait pas de cenire droit.

Donc , ceux qui en nommant des royalistes ou même des libéraux modérés , tentent d'éviter un ministère de gauche, et d'écarter ainsi les risques de guerre étrangère et intérieure, d'anarchie sociale et morale, sont des renégats.

Des renégats! mais à quoi et en quoi?

Certes, non pas aux doctrines de la Gaz(?f le qui ont varié de jour à autre, qui ont été réfutées par leurs conséquences même.

Et non plus, à ses félicitations, lors de la mesure du licenciement, dont elle vient de faire amende honorable (i).

(i) Tout le monde dit aujourd'hui que si la garde natiolionale avait été organisée Joi'S de l'insurrection de juillet , la révolution n'aurait pas eu lieu, et que tout aurait fini par une transaction entre Paris et Fiajxibouillet. ( Gazette, 16 avril. )

« Si la garde nationale eût été alors sur pied , les rues auraient été préservées du désordre : la résistance aux ordonnances se serait faite par d'autres moyens

« Tout aurait fini par le ministère Mortemart que demandait l'opposition, et par le triomphe de la charte , au nom de laquelle on résistait. ( Gazette , 18 avril. )

(c A Paris , la garde nationale est tout : loi, justice, pouvoir; épéé, bouclier et rempart. Otez-la , tout tombe dans la confusion,

(c Qui nous dira ce qu'aurait produit son existence au tîg juillet? aurait-on poursuivi devant elle une attaque furieuse et une défensive imprudente? aurait-on culbuté ses

Certes, non pas aux intérêts vitaux de la royauté, qu'ils ont défendns constarament, contre ses faux amis, contre ses francs ennemis.

Et non plus aux besoins essentiels de la socie'fé, qui reste seule à sauver, qu'il faut sauvera tout prix, par toute voie.

N'importe! ce sont des renégats; ils seront honnis.

Fort bien. Mais alors, ce sont des fidèles, alors ils seront honorés; ceux-là qui n'ont cessé de spéculer en argent , en pouvoir, en crédit, sur les chances de la politique.

Tanîôt érigeant ie renouvellement intégral, essavant le remboursement des rentes, inventant les lois du sacriîf'i^e eî d'aînesse, imaginant la loi sur la presse.

Tantôt admirant le licenciement , appuyant la censure, accueillant la dissolution de la chambre, approuvant la dégradation de la pairie.

Eux honorés! nous honnis! l'un suit l'autre.

profondes colonnes , soit pour aller souiller le Irtnie aux. Tuilleries, soit pour faire triompher à l'iJotel-tle-Viile lesoiftlojinances du 25 juillet? ( Gazette j 20 juin. ) »

La Gazette est en retard de quatre ans : en mai 1827, cela même avait clé dit ou prédit; dans l'écrit Intitulé : Un honn.ie de trop.

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