CONCLUSION
Nos pères, en 1789, nous ont transmis un héritage que nous ne laisserons pas capter par ceux qui tenteraient, vainement du reste, de nous ramener vers un passé à jamais disparu. La démocratie est comme un fleuve : elle ne remonte pas à la source, mais elle n’oublie pas son origine.
La révolution a commis des fautes et des abus, ce qui était inévitable à un moment de transformation violente où un monde nouveau succédait à unmonde trop vieux. Mais ses conquêtes ne disparaîtront pas. C’est à nous, ses fils, qu’il appartient de les perfectionner, de les adapter à notre génie national, de les rendre pratiques et de les concilier avec les progrès accomplis.
La République est l’idéal d’un gouvernement ; les états-majors sont la négation de la démocratie. La République, comme la Révolution, a commis des abus et des fautes et il est temps, non pas de revenir en arrière, mais de tenir compte de l’expérience et des enseignements.
Elle a contracté, par sa victoire de septembre 1889, un nouveau bail, et ce bail doit englober tous les Français de bonne volonté, tous les patriotes qui, sans arrière-pensée, mettront leur dévouement, leur activité, leur énergie, au service de la Patrie.
C’est que la grandeur et l’indépendance de la France doivent être notre première, notre unique préoccupation, car les circonstances peuvent exiger, avant longtemps peut-être, que la France soit une , comme nous la voulons indivisible, en face de la triple ou de la quadruple alliance.
Quand je regarde à l’extérieur, quand je vois la coalition se nouer autour de nous et nous menacer, mon cœur de patriote me trace ma conduite. Je ne discute plus et je demande ma place au foyer où peuvent s’asseoir tous les fils d’une même mère.
Mon pays avant tout !
Le chef de la famille d’Orléans ne pense pas ainsi. Il attaque à l’étranger, au Canada, devant les sujets de la reine d’Angleterre, le gouvernement français qui, demain, traitera d’égal à égal avec la reine d’Angleterre.
C’est là une action criminelle.
Il est vrai que le comte de Paris est coutumier du fait.
Qui ne se souvient de ses tentatives de rap-
prochement avec T Allemagne, en 1883 ? Le Pester Lloijd les dévoila sans être démenti et, quelques jours après, un journal de Berlin, le Tageblatt , racontait dans les termes suivants l’accueil fait aux avances de Philippe VII d’Orléans :
L’accueil excessivement froid et négatif fait aux tentatives d’agents orléanistes, à l’effet de sonder le terrain à la cour d’ici, a provoqué un vif étonnement parmi les partisans des princes d’Orléans, qui croyaient pouvoir compter sur les grandes sympathies de notre Empereur pour la famille de Mecklembourg.
... Les grandes sympathies de l’Empereur pour la famille de Mecklembourg ne s’étendent plus, depuis un certain nombre d’années, aux princes de la Maison d’Orléans en tant que ceux-ci sont alliés à la famille de Mecklembourg, c’est-à-dire au comte de Paris et à son frère,
Ce revirement s’est produit après la guerre de 1870-
Le caractère de notre monarque a été blessé de voir que les d’Orléans réclamaient leurs biens à un moment où la France se trouvait dans la plus grande détresse par suite d’une guerre malheureuse et du paiement des cinq milliards.
C'est à partir de ce moment que toutes les sympathies antérieures pour les enfants delà princesse Hélène d’Orléans se sont complètement éteintes.
Fallait-il que la conduite du comte de Paris fût ignoble pour qu’elle scandalisât le roi de Prusse !
La leçon était dure et méritée : elle ne fat pas comprise. Quelques années plus tard, le même comte de Paris cherchait encore à se rapprocher de la cour de Berlin et faisait des courbettes devant le prince impérial d’Allemagne !
Aussi habitué qu’on soit aux infamies des d’Orléans, on demeure confondu par tant d’inconscience et de lâcheté.
Et ces gens-là ont la prétention de gouverner la France !
Mais ils n’ont rien appris et rien oublié ; ils ont porté les armes contre leur Patrie; ils sont rentrés dans les fourgons de l’étranger et, en attendant qu’ils fassent leur entrée triomphale sur un char attelé de chevaux poméraniens, je suis de l’avis des royalistes purs qui pensent que l’avancement de cette famille à moitié allemande serait la fin de la France : Finis Galliæl
Il y a quelques années, je terminais ainsi un ouvrage sur la guerre de 1870*1871 :
La France disparaître ?
Jamais !
Ses fils, jeuneset vieux, accourront pour combattre jusqu’à leur dernier souffle.
Chacun prendra un fusil.
La grande nation élèvera nos enfants, nourrira nos veuves si nous succombons ! La grande nation reconstruira nos chaumières, nos maisons, si les boulets ennemis les éventrent, si on les incendie.
Et la victoire, ramenée enfin sous le drapeau trico-
lore planté dans nos provinces reconquises, couronnera les efforts de tout un peuple levé pour son indépendance et pour la défense de la civilisation menacée.
Gela se passera ainsi parce que, au jour du danger, à l’appel de notre chère France, tout le monde répondra :
— Présent !
La République appelle à elle tous les enfants de France pour faire une France unie et réconciliée, je réponds :
— Présent !
Octobre-Novembre 1890.
TABLE DES MATIÈRES