LES PLANETES
Dans nos noirs firmaments, deux des mondes maudits,
Sombre loi, les enfers pèsent aux paradis.
Chacun de ces foyers que Tombre a dans ses voiles.
Qui de près sont soleils et de loin sont étoiles,
A des fourmillements de globes ténébreux.
Terres, lunes, anneaux, mondes noirs et nombreux,
Mêlés aux longs fils d'or de sa vaste lumière.
Morne expiation d'une faute première !
Tous ces grands chevelus des feux et des rayons.
Les soleils à la face énorme, ces lions
De l'abîme, accroupis au seuil des bleus pilastres.
Dans leur crinière immense ont des vermines d'astres.
SVEDENBORG
Svedenborg prit un jour la coupe de Platon, Et, pensif, s'en alla boire à Tazur terrible. 11 entra sous le porche obscur de Tinvisible £t disparut.
Où donc alla-t-il? Qui le sait?
Peut-être aux lieux sacrés où Socrate pensait, Où, dans l'ombre, effleuré de Turne des llomères, Le yin de Tidéal sort du puits des chimères.
Peutr-étre égara-t-il ses pas plus haut encor, Jusqu'au gouffire inconnu, jusqu'aux pléiades d'or, Jusqu'au ruissellement des fontaines d aurore, Jusqu'à l'ombre où l'on voit l'inexprimable éclore. Là sont les cuyes : sève, esprit, immensité ; Là vit, abonde et croit la vigne de clarté
Où Ton ne trouve pas un seul astre qui dorme, Où les créations font leur vendange énorme, Où la grappe de vie à flots ruisselle, ayant La pierre du tombeau pour pressoir effrayant ; Là sont les infinis, la cause, le principe.
L'être qui s'évapore en mondes, se dissipe En astres, et s'épanche en ciel démesuré.
11 revint éperdu, chancelant, effaré.
Ployant sous la lueur farouche des étoiles ; Voyant l'homme à travers des épaisseurs de voiles Et de tremblants rideaux de lumière où, sans fin Multipliés, flottaient l'ange et le séraphin ; Ayant dans son cerveau l'ombre et tous ses délires, De ses doigts écartés cîierchant de vagues lyres. Nu, bégayant l'abîme, et balbutiant Dieu; Rapportant cette joie étrange du ciel bleu Qui fait peur à la terre et trouble les fils d'Eve, Et laissant voir, ainsi que le monde du rêve. Dans de blêmes rayons tombés on ne sait d'où, Un paradis sinistre au fond de son œil fou.